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Analyse sociale et politique
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Conférence prononcée le 25 septembre 2005 à Québec (Québec), en tant qu'expert représentant le Québec, au Congrès de l'Observatoire franco-québécois de la santé et de la solidarité (OFQSS).  Congrès ayant pour thème "Vieillissement et santé : idées reçues, idées nouvelles".

Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître - 25.09.2005

C'est ainsi que je pourrais intituler mon intervention.  Au Québec, nous pouvons facilement meubler nos rayons de bibliothèque avec tous les rapports des commissions d'enquête qui se sont succédées depuis 1960 au niveau des services de santé et des services sociaux et ainsi nous vanter d'avoir une des plus complètes bibliographies de ce qui s'est écrit sur ce que devrait être la meilleure façon de répondre aux besoins de notre population.  C'est comme si tout nouveau ministre titulaire voulait laisser à la postérité un rapport inédit ou une quelconque réforme. Je suis assuré qu'il y a des experts québécois qui ont fait carrière strictement en siégeant sur les diverses commissions d'enquête.  Dans ce sens, les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître tout ce qui s'est écrit et dit sur ce réseau en perpétuelle transformation. 

L'historique de l'hébergement au Québec

À travers l'hébergement au Québec nous pouvons voir l'évolution des valeurs de la société québécoise, les actions déployées et l'attention portée face au vieillissement et à la perte d'autonomie de certains de ses membres. Et dans ce sens, nous devons humblement constater que ce n'est pas une priorité actuellement pour la société québécoise.   La société québécoise met la personne âgée sur une voie d'évitement, mais je n'absous pas la personne vieillissante qui se place délibérément sur la voie d'évitement au lendemain de sa retraite.

Du Rapport Boucher au Rapport Clair

Je m'en voudrais de ne pas faire un petit retour historique.  Je ne veux que vous citer quelques recommandations faites, il n'y a pas si longtemps:1) élaborer une politique économique et sociale d'ensemble orientée vers la solution des problèmes; 2) que cette politique économique et sociale soit coordonnée et cohérente; 3) permettre à l'individu et sa famille la satisfaction de ses besoins essentiels; 4) planifier le placement des personnes âgées et autres adultes en établissement; 5) établir une régionalisation ainsi qu'une délégation efficace des pouvoirs; 6) établir la responsabilité des municipalités; 7) développer des services préventifs et curatifs à domicile.

Dans ce sens, le tout demeure d'actualité. Le rapport  s'attarde sur le rôle de l'État dans le domaine du bien-être public, il dénonce  le rôle supplétif de l'Etat et son incapacité à s'adapter aux circonstances nouvelles provoquées par les  changements économiques, politiques et sociaux.  Il parle de centralisation et de concentration des décisions à Québec au détriment du niveau local.  Il parle d'addition successive de services sans égard aux besoins réels de la population.  Finalement, il situe le rôle de l'État "entre une souplesse fondée sur l'imprécision et une rigidité capable de neutraliser les initiatives les mieux motivées". (Comité d'étude sur l'assistance publique, 1963: 212).  Enfin, la commission souhaite que l'État établisse des modes de collaboration plus harmonieux entre le public et le privé et qu'il s'attarde à l'épanouissement de la famille.  C'est ainsi que le Rapport Boucher déposé en juin 1963 entrevoyait les orientations prochaines de l'Etat.  Et depuis nous avons connu la commission Castonguay-Neveu, la commission Rochon, la commission Clair pour ne citer que les plus célèbres.  Autres temps, autres mots mais sensiblement les mêmes recommandation

Les choix politiques, électoraux et financiers

Le taux d'institutionnalisation au Québec est fixé par des experts du Ministère de la santé et des services sociaux au gré de choix politiques et non en fonction de la réalité de la population et d'un territoire donné.

On construit et on ferme des places selon les échéanciers électoraux.  Aujourd'hui, nous parlons de moins de 3%.  Il a déjà été de 7% et ce pourcentage représente les ressources publiques d'hébergement seulement.  Si nous ajoutons les ressources privées, nous parlons de 15% au moins.

Le taux d'institutionnalisation est fixé à partir d'une réalité comptable et financière et nous développons par la suite une théorie socio-communautaire pour justifier ce choix. En bout de ligne,  l'hébergement est toujours pondéré à son désavantage.  C'est plus "glamour" parler des urgences, de maintien à domicile que des milieux de vie institutionnelle.

Tout choix politique comporte des objectifs avoués, publicisés et des objectifs inavoués, secrets. Aujourd'hui, nos gourous sont financiers.

La notion de ghetto à la réalité institutionnelle: le public vs le privé

On peut se faire croire et se donner une belle jambe que le réseau public reçoit moins de clients (48 000 personnes - 40%).  Mais le réseau privé a rapidement pris  la relève et est en sur-développement (72 000 personnes - 60% : + 500% depuis 1989).  C'est quoi en bout de ligne la différence entre la Résidence ou les Appartements du Bel Âge, où l'on retrouve 150 locataires et le CHSLD de St-Honoré des Pompons, où l'on retrouve 150 usagers.  C'est un propriétaire qui vous prend en charge au lieu d'être  un intervenant.  Qui plus est, on institutionnalise à la baisse la notion du vieillissement.  Vous êtes maintenant dans l'âge d'or à 50 ans.  Vous avez maintenant accès à un modèle institutionnel d'hébergement à partir de l'âge de la pré-retraite.

La réalité actuelle: "des cages à poules"

Historiquement, nous avons attaché la notion de ghetto à la réalité institutionnelle.  Là aussi nous devons constater une dérive de la pensée.  Ghetto pour ghetto, c'est quoi la différence entre vivre à notre Résidence ou à nos Appartements du Bel Âge, du domaine privé; ou dans le CHSLD de St-Honoré des Pompons, du domaine public ou encore d'être confiné à domicile depuis dix ans au troisième étage sans ascenseur.

La médicalisation du vieillissement et de la perte d'autonomie

Il faut se rappeler qu'au Québec les services et les soins pour les personnes âgées se sont développés depuis la nuit des temps à partir du modèle médical traditionnel.  Dans ce modèle, l'hôpital se veut le centre des activités.

Les mots-clés sont maladie, malade, guérir, limites, prescriptions, plan de soins, traitement, être biologique, pathologie.  C'est  l'univers de la maladie aiguë où l'on peut attendre une rapide guérison: le modèle médical est fait pour guérir.  D'un modèle d'intervention axé sur la spécificité d'un problème, la maladie aiguë, le vieillissement y fut assimilé. Cette étape naturelle de la vie devint une maladie.  Ainsi toute les notions et les structures du modèle médical furent appliqués à soigner la vieillesse.  Or le transfert systématique de ce modèle - diagnostic, traitement, guérison - en milieu d'hébergement et son application intégrale  suscite des heurts et des insatisfactions: d'une recette éprouvée en milieu de soins aigus, ce modèle démontre des lacunes sérieuses en milieu d'hébergement, ses objectifs ultimes ne sont pas les mêmes. 

L'application du modèle médical dans un centre d'hébergement se heurte à celui-ci dans son essence même, différent du monde hospitalier. Un CHSLD est un milieu de vie et un CH est un milieu de soins.  C'est une évidence.

Un centre d'hébergement: un milieu de vie ou un milieu de soins

Le centre d'hébergement est toujours  interpellé.   Une situation nouvelle ?  Non, c'est sa réalité existentielle.  

Commissions d'enquête, réforme, reconfiguration, redéploiement: ce sont des réalités que vivent les centres d'hébergement depuis plus de trois décennies.  Ils ont vécu une panoplie de nouvelles structures, de nouveaux programmes, de nouvelles orientations. Ils sont passés du "Club Med" pour personnes âgées à des milieux de vie pour adultes en perte d'autonomie importante.  Ils sont médicalisants, socialisants, communautaires.  Ils ont fait de la ségrégation, de l'intégration; ils sont des milieux ouverts, de jour, permanents, temporaires, résidentiels, intermédiaires.  Pour certains, ce sont des ghettos, des "mouroirs", des bouts de ligne, des hôpitaux, des hôtels. Pour d'autres,  ce sont des milieux de vie.  Pour plusieurs, ils ont une clientèle trop lourde et pour d'autres, une clientèle trop légère.  Ils ont répondu à toutes les demandes gouvernementales du 7% en 1980, du 5% en 1990, au 3% de l'an 2000.  Mais une chose est évidente et  c'est l'élément premier et incontournable de leur mission: fondamentalement, ils doivent être des milieux de vie.

Un centre d'hébergement et sa communauté

Certains centres d'hébergement avaient développé au fil des années une expertise unique et novatrice de ce qui devait être des milieux de vie pour la personne en perte d'autonomie. Cette mission s'est développé à travers la passion continue de ses intervenants.  Et cette chimie leur a permis d'avoir une vision de ce que devait être les centres d'hébergement et de soins de longue durée au tournant du millénaire. Mais la "structurite" à répétition a asphyxié cette passion.

Historiquement le centre d'hébergement a offert un continuum, plus ou moins discontinu, de services à travers ses milieux de vie.  Cette notion linéaire est plus souvent qu'autrement statique.  Le centre d'hébergement doit construire une mosaïque de milieux de vie.  Cette nouvelle dynamique répond aux attentes des personnes, aux besoins de la société québécoise et aux réalités contraignantes des finances publiques.

Cette réflexion, et de là, cette application nouvelle de la réalité des centres d'hébergement doit s'appuyer sur quatre éléments de l'environnement socio-politique: a) le développement de nouvelles solidarités locales; b) le décloisonnement des structures et des programmes; c) l'innovation dans les réponses à apporter aux besoins de la population; d) la responsabilisation des acteurs locaux. 

Depuis trop longtemps, beaucoup trop d'établissements oeuvrant auprès de la personne âgée refusent d'élaborer pour eux, pour leur personnel et surtout pour leurs résidants un modèle d'intervention qui au bout du compte pourrait améliorer leur milieu de vie.  Trop souvent, ils se contentent d'appliquer des normes, des directives, des décrets, des plans et ainsi administrer leur établissement comme le dépanneur du quartier.  Il est plus facile de répondre à des normes et des directives que de défricher de nouvelles avenues.

Le centre d'hébergement, acteur et partenaire de sa communauté

De plus en plus, nous demandons aux communautés locales de se prendre en main.  Par contre, cette demande de participation aux communautés locales a toujours comme corollaire le désengagement de l'État.

Mais encore faut-il que les composantes de cette communauté locale s'interpellent et se parlent.  Encore faut-il que les composantes de cette communauté locale se fassent confiance.   Encore faut-il que les composantes de cette communauté locale mettent en commun ses ressources.  Et c'est  par le développement d'un réel partenariat que surgiront les réponses aux besoins d'une population locale.  Ce n'est pas en légiférant  que le partenariat est la voie de l'avenir que toutes les communautés locales, à l'unisson, s'inscriront dans une telle démarche. C'est un exercice d'apprivoisement quotidien et pour l'avoir vécu, réalisable.  Le réseau public, le mouvement coopératif, le réseau communautaire, le mouvement syndical, le secteur privé, le monde municipal lorsqu'ils mettent en commun leurs savoirs, leurs motivations, leurs ressources réalisent de très belles choses.  Mais encore faut-il qu'il y ait une vision claire et dynamique de l'avenir.  Une vision claire et dynamique, c'est ce qui fait cruellement défaut actuellement au réseau de la santé et des services sociaux québécois.

L'innovation

La philosophie de gestion et le modèle  d'intervention, sont deux notions intimement liées.  Qui plus est, nous pourrions  et nous devrions ajouter une troisième notion: la structure organisationnelle.  Le centre d'hébergement doit  se construire sur deux univers incontournables: sa clientèle et ses personnels.

Fondamentalement, la signature d'un centre d'hébergement réside dans son modèle d'intervention.   Ce modèle se basant sur une vision du vieillissement comme étape de la vie et non comme une maladie. 

Cette philosophie se traduit dans une conception de la personne vieillissante comme un individu qui poursuit sa croissance en étant accompagné dans son cheminement par des intervenants qui le respecte dans ses droits fondamentaux et le considère comme un citoyen à part entière.

Il faut s'inspirer d'un modèle socialisant, plutôt que médicalisant, cette philosophie utilise une approche globale de type bio-psycho-sociale qui considère la personne dans son ensemble, comme un tout intégrant les dimensions interreliées des composantes physiologique, psychologique et sociale qui font d'elle un être humain unique par sa nature, sa personnalité, ses forces, ses limites, sa richesse intérieure, son histoire et par son expérience propre.

Ce modèle permet de préciser un cadre de référence à caractère psycho-social qui identifie l'approche spécifique d'un centre d'hébergement  malgré la perte d'autonomie importante de la clientèle.

Le centre d'hébergement doit affirmer haut et fort sa vocation sociale et communautaire et la préservation de l'accent mis sur la qualité de vie et le maintien d'un milieu de vie socialisant plutôt que médicalisant.  

C'est vrai que les personnes accueillies peuvent être malade et qu'il faille y porter attention, mais il ne faut pas pour cette raison ignorer les autres besoins de la personne. 

L'intérêt du modèle socialisant est qu'il fait appel à toutes les ressources de l'intervenant, celui-ci n'étant plus seulement considéré comme un simple dispensateur de services, il s'adresse à la satisfaction des besoins bio-psycho-sociaux de la personnes  hébergée.  Un tel modèle tout en stimulant les valeurs des personnes, est aussi exigeant car il remet en questions des pratiques, des attitudes, des comportements et des mentalités séculaires.  Ce modèle exige une réflexion et un cheminement sérieux, tout ce processus devant se développer dans une société, un réseau en modification quasi permanente.  Les ressources financières de l'Etat sont limitées, les ressources humaines à bout de souffle et les exigences de plus en plus grandes.

Un tel virage exige une volonté ferme et un goût du risque.    Le modèle psycho-social présente des avenues intéressantes, nous devons poursuivre à investir temps, énergie et passion dans son développement.  

Une équipe trans-disciplinaire, une approche systémique, une gestion participative

Cette recette comporte trois ingrédients.

1) un modèle social de l'intervention: entendre une illustration simple et originale de la réalité.  Par définition nous nous compliquons toujours trop notre réalité.  Nous devons avoir un outil utile et efficace et qui nous sert à l'action;

2)  une équipe dynamique: entendre des individus qui ont des rêves et qui sont prêts à relever des défis; cette équipe englobe tous les partenaires;

3)  une gestion ouverte: entendre que les objectifs soient clairs,  qu'il y ait une vision éclairée et dynamique de l'avenir et que nous utilisions au maximum les compétences de tous et chacun.

Plus scientifiquement nous pourrions dire que cette réalité doit se traduire par une approche systémique, une équipe trans-disciplinaire, un style de gestion participatif.

Cette chimie  donne des milieux de vie thérapeutiques et communautaires.   Alors nous parlerons de plan de vie, d'heures-vie et de milieux de vie faisant partie intégrante d'une communauté locale où se passe l'action.

De nouveaux modèles

L'identité du centre d'hébergement passe par l'affirmation de sa vocation sociale et la préservation de l'accent mis sur la qualité de vie, le développement et le maintien de milieux de vie socialisant plutôt que médicalisant.

Cette prédominance de la dimension psychosociale fait la spécificité et qualifie la mission du centre d'hébergement  tout en répondant aux besoins de la personne dans sa globalité bio-psycho-sociale.  Les centres d'hébergement sont les spécialistes des milieux de vie substituts.  L'article 83 de la Loi sur les services de santé et les services sociaux définit clairement cette mission.

Il faut voir à la mise en place d'une mosaïque de services qui assurent à la clientèle de personnes âgées et à la clientèle des adultes en perte d'autonomie  des milieux de vie adaptés à leurs besoins.

Il faut permettre à des clientèles diversifiées et  en perte d'autonomie de demeurer dans un milieu de vie le plus près possible du milieu de vie naturel en retardant ainsi l'institutionnalisation tout en respectant le regroupement de personnes présentant un profil compatible;

Il faut éviter  un placement en hébergement institutionnel, il faut orienter les personnes ayant un profil médical stable ou prévisible  vers une ressource plus légère;

Il faut améliorer la qualité de la vie de ces personnes tout en répondant aux besoins bio-psycho-sociaux et ce, par la création d'un milieu de vie adapté et stimulant pour cette clientèle;

Il faut favoriser l'implication de ces personnes en les intégrant de façon active dans les activités de la vie quotidienne tout en respectant leurs goûts, leurs valeurs, leurs capacités et leurs besoins;

Il faut promouvoir le contact familial et permettre une meilleure intégration sociale dans la communauté afin d'éviter l'exclusion sociale.

Pour ce faire, il existe certaines avenues qui ont déjà été explorées.

Des appartements adaptés

Ce programme s'adresse à des personnes en perte d'autonomie vivant en couple.  La notion de couple doit être entendue au sens large du terme: un couple traditionnel, deux soeurs ou frères, deux amis, etc...  La condition essentielle de ce programme étant qu'une des deux personnes du couple supporte la personne en perte d'autonomie.   Les personnes vivent dans un milieu de vie naturel.  Il se peut que ces personnes doivent changer d'appartement, mais ce nouvel appartement est le leur.  Le centre d'hébergement par l'entremise de ses intervenants assume l'assistance, l'accompagnement, le gardiennage et la sécurité 24 heures par jour pour ce couple. Des services professionnels (ergothérapie, physiothérapie, soins de santé) sont disponibles.  Le couple défraie une allocation supplémentaire pour ces services. Ces appartements sont adaptés aux besoins des personnes.

Ressources intermédiaires en  résidence privée

Ce programme s'inspire des articles de la loi sur les services de santé et les services sociaux.  La résidence privée reconnue reçoit, d'une façon temporaire ou transitoire,  des personnes en perte d'autonomie importante nécessitant des soins physiques et médicaux pouvant excéder 3h00 soins par jour.  À partir d'un contrat-type, la résidence privée doit être en mesure d'augmenter l'intensité de ses services et ainsi éviter, à long terme, le déplacement de la personne hébergée.  La résidence privée doit répondre à un ensemble de critères au niveau de l'accessibilité et de la sécurité de ses bâtiments.  Le centre d'hébergement fournit le personnel professionnel requis et conserve le contrôle et la supervision au niveau de la qualité des services et  le suivi des interventions. 

Résidence communautaire

C'est un modèle résidentiel à l'état pur.  C'est un milieu de vie naturel adapté pour une clientèle en perte d'autonomie importante.  À l'intérieur d'un pavillon nous retrouvons huit (8) personnes présentant un profil similaire. Souvenons-nous des foyers de goupe au niveau de la déficience intellectuelle.   L'emphase de ce programme est de maintenir et de faciliter l'intégration sociale de la personne.  Ce milieu normalisant permet à la personne hébergée d'assumer ses responsabilités sociales et de participer à la vie communautaire.  Le fonctionnement quotidien est développé et adapté sur le modèle du milieu de vie naturel.  Le centre d'hébergement assure l'accompagnement et l'ensemble des réponses aux besoins des personnes hébergées.

Le centre d'hébergement à l'intérieur de ses installations, reçoit une clientèle en perte importante d'autonomie.  L'entrée en hébergement institutionnel permanent  est rendue obligatoire à cause de l'épuisement du milieu naturel, de l'exigence trop grande en regard du programme de maintien à domicile, d'un besoin continu de surveillance au niveau des activités de la vie quotidienne,  de la mise en place d'un environnement sécuritaire et de l'absence d'un autre milieu de vie substitut adéquat.

Plus ou moins 25% de la clientèle hébergée en institution, actuellement,  d'une façon permanente pourrait bénéficier d'un hébergement en milieu substitut, tout en recevant les services requis par leur importante perte d'autonomie, si nous pouvions assurer le développement d'un nouvel environnement sécuritaire.  L'ensemble de ces clientèles requiert un programme de type institutionnel mais pas obligatoirement dans le milieu institutionnel traditionnel.  Le centre d'hébergement doit être le chef de file au niveau de l'hébergement par son modèle socialisant au niveau de l'intervention. 

Les services d'hébergement aux personnes en perte d'autonomie ont évolué depuis un certain nombre d'années.  Par contre, nous devons humblement avouer que les besoins ont évolués plus rapidement que les réponses apportées par le réseau de la santé et des services sociaux.  Nous avons encore le réflexe d'utiliser nos vieilles recettes face aux besoins nouveaux.  Nous utilisons, aujourd'hui, une grille d'analyse d'hier pour les besoins  que nous rencontrerons demain.

Le recours à des programmes alternatifs ou intermédiaires fera en sorte que le milieu institutionnel se consacrera exclusivement à des clientèles qui requièrent des services très lourds d'assistance dans un milieu de vie tout aussi socialisant mais développé en fonction des besoins de ces clientèles.

L'objectif ultime est d'assurer la mise en place d'un milieu de vie le plus normalisant possible.  Toutes les activités de la vie quotidienne doivent concourir à faire en sorte que la personne hébergée soit responsable, à l'intérieur de ses potentiels, de sa vie.

L'accent est principalement mis sur l'intégration sociale et le maintien de liens très significatifs avec les ressources communautaires.  La programmation de la résidence et des appartements adaptés ne doivent pas être des copies conformes d'un milieu institutionnel.  Il est évident que la vie en groupe impose des limites,  mais celles-ci ne doivent pas diluer  la réalité socio-communautaire des programmes. 

Les résidences et les appartements adaptés font partie d'un centre d'hébergement mais, avant tout, elles font partie d'une municipalité, d'un quartier, d'une rue.  Les services socio-communautaires doivent être exploités avant les services disponibles au centre d'hébergement.

Les résidences et les appartements adaptés sont sous la responsabilité directe et totale du centre d'hébergement.  C'est le personnel de ce dernier qui accompagne et intervient dans l'ensemble du programme résidentiel.  Il assure la supervision et le contrôle de la qualité.  Il voit à l'application du plan d'intervention des personnes hébergées dans ces résidences et dans ces appartements adaptés.

Selon les besoins identifiés, le personnel assure une présence continue sur la plan quotidien.  Le personnel fait en sorte de stimuler la participation dans les activités quotidiennes des personnes hébergées: ces dernières participent, à l'intérieur de leurs potentiels, au fonctionnement quotidien de la résidence et des appartements adaptés en plus de voir au maintien de leur intégration sociale.

Les résidences et les appartements adaptés ne sont pas un hôtel et encore moins un centre hospitalier.  C'est un milieu de vie qui répond aux besoins des personnes hébergées dans ces ressources.  De plus, le personnel prendra part activement au cheminement de la vie quotidienne: préparation des repas, lavage, entretien ménager, soins de santé et d'assistance, activités communautaires, etc...

Les résidences sont  en fin de compte des milieux de vie naturels où nous retrouvons plus ou moins dix personnes qui y vivent et qui doivent s'assurer d'une cohésion normale pour faire en sorte que la clientèle y trouve une réponse à ses besoins et à son développement.

Programme résidentiel de type unité de vie  en soins palliatifs et pour répit et convalescence en soins palliatifs

Compte tenu de l'épuisement du milieu de vie naturel de la personne vivant une phase terminale et ce malgré l'augmentation du support du réseau des CLSC, l'implantation d'un tel milieu de vie se justifie et sera  appréciée.  La mise sur pied d'un tel programme augmente la qualité de vie et assure à la personne une dignité à la fin de sa vie.

Ce milieu de vie s'adresse à la personne présentant une maladie incurable, terminale et stabilisée en privilégiant surtout une atmosphère d'écoute, de soutien et d'empathie pour que l'ultime étape de la vie soit vécue de façon paisible et positive tant pour la personne malade que pour ses proches.

Aucune expérience de ce type n'existe dans le réseau public de la santé et des services sociaux au Québec.  Les expériences dans le réseau communautaire sont limitées: la Maison Victor-Gadbois à Beloeil et la Maison Michel-Sarazin à Québec sont les exemples les plus connus.

Unité de vie en soins palliatifs

Par le biais d'un programme d'humanisation de soins et de soutien à la personne ne pouvant espérer une guérison et dont la maladie entraînera la mort à plus ou moins brève échéance;  une équipe transdisciplinaire est sur place pour offrir à chaque personne une approche personnalisée tant au niveau physique que psychologique et ce, pour lui-même ainsi que pour les proches qui l'accompagne dans les derniers moments de sa vie.

Unité de vie pour répit et convalescence en soins palliatifs

Permettre à une personne en phase palliative pour une période de convalescence, suite à des traitements et dont les ressources sont insuffisantes temporairement à domicile, de vivre dans un milieu respectueux et assurant sa dignité de fin de vie.  Ce programme peut permettre aussi une période de répit aux proches de la personne vivant une phase terminale.

L'hébergement, c'est dans la communauté locale que ça se passe

Je l'ai humblement dit à quelques reprises et je le réaffirme aujourd'hui.  Les services de première ligne répondant aux besoins généraux de la population doivent être initiés, décidés et contrôlés localement, à partir de balises nationales.  C'est ce que j'appelle "la MRCisation des soins de santé et des services sociaux".

Depuis trop longtemps, toutes les décisions sont prises bureaucratiquement hors du pouvoir des communautés.  Ce sont des décisions mur à mur qui reflètent très peu les réalités et les besoins des communautés.

Au fil des années, il y a eu la décentralisation,  la déconcentration, la délégation, la centralisation et nombre d'autres concepts à la mode.  Mais  toutes ces orientations dites nouvelles ont-elles abouti au niveau local ?  Le processus s'est toujours arrêté aux niveaux supérieurs.  En bout ligne, c'est Québec, Montréal ou Longueuil qui décide de ce qui devrait être bon pour un territoire local.  Qui plus est, ce qui peut-être satisfaisant pour Longueuil, Valleyfield ou Sorel, n'est pas obligatoirement  la réponse appropriée pour  Granby et Bromont.

Toute communauté doit reposer sur une solidarité, une interdépendance et une autonomie réelle.  Ces trois éléments ne doivent pas seulement exister comme vague concept théorique, mais nous devons les retrouver dans notre pratique quotidienne. 

Par communauté nous entendons n'importe quelle zone de vie commune, quartier, village, ou ville, ou comté, ou même une zone plus étendue.  Pour mériter le nom de communauté, la zone doit pouvoir être distinguée, d'une façon ou d'une autre de d'autres zones, la vie cummune doit revêtir des caractéristiques propres de sorte que les frontières de la zone aient quelque sens.    La communauté c'est un groupe humain, isolable géographiquement, c'est une aire naturelle.  C'est la distribution des individus et des institutions qui la composent.  Une communauté c'est le partage de choses essentielles à la vie en commun.

Une  communauté, globalement, se caractérise par la solidarité, par un centre d'intérêt commun et par une perspective géographique.  Le citoyen "civique" doit prendre son destin en main.

Les Offices municipaux d'habitation (OMH) peuvent servir de modèles pour structurer un réseau d'hébergement répondant aux besoins de la population d'une communauté locale.

Mettre fin à la "structurite"  

Le réseau de la santé et des services sociaux est atteint depuis quelques décennies d'une maladie chronique, la structurite aïgue.

Il est évident que les compressions budgétaires à répétition des quinze dernières années ont fait mal.  Il est vrai que l'atteinte du déficit zéro a aussi laissé des traces, mais il est aussi vrai que le mirage de la structurite comme réponse aux maux du secteur de la santé est en grande partie responsable de cette maladie chronique dont les symptômes sont facilement apparents.  Démobilisation des personnels, perte du sens de la mission d'une organisation, standardisation aseptisée des services, sclérose des organisations, chasse-gardée du pouvoir médical, corporations professionnelles blindées, sur-budgétisation des urgences, développements technologiques débridés, surconsommation des médicaments sont autant de facteurs qui font en sorte que le secteur de la santé est malade.

En fusionnant un CH, un CLSC et un CHSLD nous avons mis un cataplasme sur une jambe de bois.  Ce n'est pas en malaxant trois missions très différentes que va surgir une nouvelle mission santé; nous avons plutôt droit à une potion insipide, inodore et sans saveur qui n'a rien de magique et par surcroît qui s'éloigne de la communauté locale.  Il faut rapidement redonner la pleine responsabilité de sa mission au milieu de l'hébergement: les besoins des personnes âgées ou en perte d'autonomie n'ont rien de commun avec le programme prénatal ou les chirurgies cardiaques. Lorsque l'on s'attarde à revoir les structures en continue,  on oublie le sens réel de la mission. 

En conclusion,  nous ne devons pas oublier qu'un centre d'hébergement dans sa globalité est d'abord un milieu de vie, que le vieillissement n'est pas une maladie et que la personne âgée, que l'adulte en perte d'autonomie comme toutes autres personnes, ont des besoins bio-psycho-sociaux à satisfaire.  Il ne faut pas oublier que tout individu cherche à se développer quel que soit son âge et son état physique.