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Analyse sociale et politique
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Présentation faite par Bernard Fournelle, le 4 mars 1995, à la Commission des aînés sur l’avenir du Québec à Québec au nom de l’Association québécoise de gérontologie

Un Québec vieillissant autonome... l’autonomie d’un Québec vieillissant -  4.03.1995

Un Québec vieillissant

Au Québec, nous nous dirigeons vers un vieillissement  sans précédent de la population d’ici l’an 2021.  L’ensemble des experts le reconnaissent unanimement.  Les deux tableaux sur l’évolution de la pyramide des âges de la population du Québec, à l’Annexe I et à l’Annexe II,  illustrent très bien la réalité que nous aurons à vivre dans les prochaines décennies.  Cette prévision doit être constamment présente à l’esprit de tous et chacun dans l’élaboration des orientations que nous donnons à la société québécoise.

Dans ce sens, l’Association québécoise de gérontologie (A.Q.G.) veut attirer l’attention, des membres de la Commission des aînés sur l’avenir du Québec,  sur certains éléments qui devront apparaître dans une prochaine loi sur la souveraineté du Québec.

“ Le problème de la vieillesse, qu’on a beaucoup trop négligé jusqu’à maintenant est devenu l’un des problèmes sociaux les plus formidables de notre époque; et il n’est pas du tout certain, loin de là, que l’on soit conscient et même que l’on veuille en prendre conscience.  On s’est contenté de n’en étudier sérieusement qu’un aspect: celui des ressources financières; mais on n’a pas voulu aller au-delà pour en voir et en bien connaître toutes les dimensions.  Par indifférence ? Peut-être.  Par oubli ? Peut-être aussi; mais surtout parce qu’au fond, on a peur de la vieillesse, on a peur de sa propre vieillesse”.

Ceci pour le bénéfice de nos lecteurs et de nos lectrices n’a pas été écrit récemment.  C’est un extrait de l’Annexe 17, page 161, du rapport déposé en 1971 par la Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social, mieux connue sous le nom de Commission Castonguay-Nepveu.  Commission qui, pour beaucoup d’intervenants et d’intervenantes, demeure la pierre angulaire de notre système de santé et de services sociaux, même en 1995.

Notre intention, comme Association,  est d’identifier certaines avenues qui assureront au Québec de demain de se maintenir à l’avant-garde des nations  dans les domaines de la santé et des services sociaux et d’améliorer la qualité de vie de sa population.

Le vieillissement d’une population n’est pas une maladie, c’est à travers le cheminement de la vie et de ses expériences, l’enrichissement d’une histoire.  La jeunesse représente l’avenir et l’espoir d’un peuple mais la personne vieillissante en représente la maturité.  Comme le soulignait Jean Ethier-Blais,  “ La société occidentale ne retrouvera son équilibre que lorsqu’elle aura réussi à intégrer dans le mouvement général de sa vie collective les hommes et les femmes qui, de plus en plus, vieillissent à ses côtés”.

L’Association québécoise de gérontologie  

L’Association québécoise de gérontologie, fondée en 1978, est un organisme à but non lucratif  qui s’intéresse aux différents aspects du vieillissement. L’Association québécoise de gérontologie regroupe près de cinq cents membres individuels: intervenant(e)s, professionnel(le)s, chercheur(e)s, professeur(e)s, bénévoles et près de cent membres corporatifs, principalement des  établissements des réseaux de la santé, des services sociaux, de l’enseignement collégial et universitaire ainsi que des organismes oeuvrant dans le domaine des services aux personnes âgées. 

D’une façon plus particulière, notre Association voit  à la promotion  de la qualité des services offerts aux personnes âgées et à la promotion de la formation des personnels oeuvrant dans le domaine de la gérontologie.  Elle favorise la recherche en gérontologie et stimule la circulation de l’information entre les personnes et les organismes s’intéressant au vieillissement.  Elle analyse, inspire et critique les politiques et les législations gouvernementales relatives au phénomène du vieillissement.

Au fil des ans, l’Association québécoise de gérontologie a été l’organisme promoteur du développement d’une formation collégiale et universitaire de haut niveau en gérontologie au Québec.  Par ses actions soutenues, notre Association, a su développer une connaissance gérontologique distincte de la gériatrie et ainsi assurer au Québec une place de choix sur le plan international.

Des avenues à définir

Comme nous l’avons souligné précédemment, l’Association québécoise de gérontologie souhaite cibler des avenues qui assureront un mieux-être à la population québécoise.  Dans ce sens, nous vous en livrons quelques-unes et nous ne pouvons qu’espérer que le législateur verra à les intégrer, éventuellement,  dans une loi sur la souveraineté du Québec.

La charte des droits et libertés de la personne

Le Québec, avec sa Charte des droits et libertés de la personne, a consacré par une législation les principes fondamentaux qui régissent l’individu dans notre société.  Comme le soulignent plusieurs auteurs, ce document exprime la soif de liberté et l’optimisme d’un peuple en pleine expansion.  Il est annoncé dans l’Avant-projet, à l’article 3,  que nous retrouverons  la Charte des droits et des libertés de la personne incluse dans la nouvelle constitution.  Nous ne pouvons qu’exprimer notre satisfaction face à cette intention. 

John Humphrey, illustre québécois et principal artisan de la Déclaration universelle des droits de l’homme, déclarait il y plusieurs années  “ qu’une telle charte est un critère  pour juger de la conduite d’une nation et que c’est  l’opinion publique qui fait bouger un gouvernement “.   Il n’excluait pas, non plus, qu’un jour nous puissions y retrouver une section traitant explicitement des droits des personnes âgées.  Dans ce sens, nous encourageons le législateur à initier un tel débat, à savoir,  s’il est approprié ou non d’introduire dans la constitution québécoise une telle section. Par contre, nous mettons aussi humblement en garde le législateur de ne pas verser dans un autre excès et de protéger puérilement les personnes âgées.  Les personnes âgées sont des membres à part entière de la société québécoise et il n’est point nécessaire de les contingenter dans un office quelconque de protection.

Nous nous permettons de suggérer certains éléments qui pourront alimenter ces discussions:  la qualité de l’intervention, la dignité, la qualité de la vie, le choix d’une fin de vie harmonieuse, tout en reconnaissant le contenu émotif de ce dernier élément.  Nous sommes assurés que plusieurs autres associations ou regroupements pourront bonifier ces débats au niveau  de la Charte des droits et libertés de la personne. 

La décentralisation et la régionalisation

Il est écrit dans l’Avant-projet de Loi, à l’article 3, que “ La constitution prévoira la décentralisation de pouvoirs spécifiques aux instances locales et régionales ainsi que des ressources fiscales et financières adéquates pour leur exercice”. 

Nobles intentions, dirons-nous.  D’une façon particulière le réseau de la santé et des services sociaux du Québec vit depuis plusieurs années une telle décentralisation. Nous croyons être en position privilégiée de réflexion. La réussite de toute décentralisation repose sur la réelle volonté politique de décentraliser jusqu’à la base et non pas de limiter cette opération à un niveau intermédiaire.  Les expériences récentes de décentralisation peuvent laisser songeur et sceptique de nombreux intervenants et de nombreuses intervenantes.  Dans la présente situation financière dramatique, situation qui devrait perdurer quelques années, l’Etat, sous de nobles objectifs, repasse à d’autres instances décisionnelles, telles les M.R.C., les municipalités,  les régies régionales, les commissions scolaires et les établissements toutes catégories,  la responsabilité d’application des grands objectifs d’universalité, de gratuité et d’accessibilité.  Par contre, il se réserve le contrôle budgétaire et la définition des grands objectifs, ce qui représentent le pouvoir politique.  Dans ce sens, la décentralisation et la régionalisation sont synonymes de réduction du déficit budgétaire de l’Etat.  Sans plus.  Pour plusieurs, toute décentralisation à l’heure actuelle est présentée comme la solution à l’échec idéologique et à l’impasse pratique de l’Etat-Providence.  Finalement, les régions et les territoires locaux auront à choisir entre soumission, opposition et concertation.

La décentralisation et la régionalisation peuvent être des éléments dynamiques.  Mais encore faut-il que les différents paliers: national, régional et local assument pleinement leurs rôles, aient les moyens de les assumer et laissent à chacun ses réelles responsabilités.  La décentralisation et la régionalisation ne doivent pas être des coquilles vides.

L’accessibilité

En corollaire à la décentralisation et à la régionalisation, les problèmes d’accessibilité aux services sont les éléments avec lesquels les personnes vieillissantes sont quotidiennement confrontées.   Nous ne reprendrons pas les situations déplorables et les arguments présentés dans la totalité des rapports et des commissions.  Que l’on pense au Rapport Boucher en 1963, à la Commission Castonguay-Nepveu en 1971, au rapport du Ministère des Affaires sociales en 1985  “Un nouvel âge à partager”,  à la Commission Rochon en 1987,  au rapport du groupe d’experts sur les personnes aînées en 1991 “Vers un nouvel équilibre des âges”,  aux orientations ministérielles de 1989, à la politique de la santé et du bien-être en 1992 ou au dernier rapport du Ministère de la Santé et des Services sociaux “Santé et bien-être, la perspective québécoise (1994)”, tous sont unanimes pour souligner les difficultés d’accessibilité des services pour les personnes âgées.  Ceci est vrai au niveau du logement, du transport, du loisir, des services de santé, des services sociaux, etc...

Il ne sert à rien d’élaborer une charte des droits et libertés de la personne, de l’inscrire dans une constitution et de vouloir dynamiser les régions si en bout de ligne les personnes âgées, qui représenteront près de 15% de la population au tournant de l’an 2000,  sont laissées pour compte.  C’est plus d’un million de personnes.

Une politique de la vieillesse

Comme nous le soulignions, au début de notre présentation,  le rapport de  la Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social (1971) représente encore aujourd’hui la pierre angulaire de tout notre système de santé.  Cette étude nous a permis d’établir l’un des systèmes le plus complet des sociétés industrialisées.  Ce rapport déposé au début des années soixante-dix représente l’analyse la plus sophistiquée de ce que devait être un système global.  Il a dépassé la simple question d’assistance financière pour nous introduire dans tous les éléments devant composer une politique d’ensemble. 

Au niveau du vieillissement, c’était l’une des premières fois que nous pouvions retrouver un ensemble intégré de politiques, de programmes et d’orientations. Face au vieillissement, on y retrouvait les éléments de sécurité du revenu, de la santé, de services sociaux et surtout une annexe portant sur une éventuelle  politique de la vieillesse.  Pour la première fois, nous y voyions apparaître la nécessaire planification entre l’aide à domicile, la santé, le travail, l’habitation, les loisirs, l’information, la formation du personnel et la recherche.  La Commission y dénonçait aussi la faiblesse du régime de sécurité du revenu.

Où en sommes-nous vingt-cinq ans plus tard ?  Où en sommes-nous après une multitude de rapports et de commissions ?  Nous sommes en attente d’une politique de la vieillesse.  Nous vous référons à l’Annexe II.  Attendrons-nous à l’an 2021 ?  Au début des années soixante-dix, nous demandions à l’Etat d’entreprendre, le plus rapidement possible, c’était urgent, une étude systématique sur le vieillissement de la population.  Plus ou moins vingt ans plus tard, le rapport de la Commission d’enquête sur les services de santé et les services sociaux (1987), présidée par l’actuel ministre de la santé et des services sociaux en arrive aux mêmes conclusions.

Le tout est semblable aux recommandations de la Commission Castonguay-Nepveu et, en d’autres mots, identique aux recommandations contenues dans le rapport de la Commission Boucher en 1963.

Alors, décentralisation, régionalisation, accessibilité, phénomène de vieillissement, formation, recherche; ce sont des éléments que nous connaissons.  Combien d’années devrons-nous attendre encore ?

Des droits, oui; des devoirs aussi

Droits et devoirs sont des notions intimement liées.   Nous avons comme citoyen et citoyenne la fâcheuse habitude de revendiquer haut et fort nos droits, plus silencieusement nous abordons nos devoirs.

Nous avons l’obligation de payer nos impôts, le Code criminel nous oblige à apporter notre concours à la police, nous devons participer à un jury, nous avons le devoir de voter.  Ce sont nos devoirs, comme citoyen et citoyenne, les plus connus.  Viennent s’ajouter des obligations morales que la société est en droit d’attendre que nous remplissions.  Quelquefois, il ne s’agit que de simples devoirs édictés par notre conscience. 

Sans tomber dans un angélisme désuet, nous souhaitons voir apparaître sous une forme quelconque, soit dans le préambule ou dans la charte des droits et libertés de la personne ou dans une section déterminée, les devoirs et les responsabilités du citoyen et de la citoyenne envers sa communauté. La nécessaire obligation de prendre soin de soi, de participer aux institutions, d’implication dans sa communauté, d’être utile à sa communauté, selon son état, quelque soit notre âge.

La formation, un outil indispensable

L’Association québécoise de gérontologie  a grandement influencé les milieux d’enseignement: collégial et universitaire, pour que ceux-ci développent et assurent une formation adéquate aux intervenants et aux intervenantes oeuvrant en milieu gérontologique.  Le Québec présente à l’heure actuelle une gamme impressionnante de programmes au niveau de la gérontologie. Du certificat à la maîtrise, nous pouvons afficher un sentiment de fierté bien mérité.  Mais il ne faut pas oublier que le développement de ce  champ de la connaissance est,  tout compte fait, assez récent.

Tout comme dans l’ensemble des autres secteurs d’activités de la société québécoise, nous osons croire que le législateur verra à inscrire dans la charte des droits et libertés de la personne, le droit à tout individu de recevoir et de parfaire une formation appropriée à ses capacités qui lui assurera une valorisation sociale et une sécurité existentielle. 

Tout particulièrement, nous souhaitons ardemment que le législateur voit à supporter l’Association québécoise de gérontologie pour que le Québec maintienne et améliore, encore plus, les différents programmes de formation en gérontologie ainsi que la recherche, tout spécialement, en gérontologie sociale.

Au tournant de l’an 2000

“On a tendance à croire que le vieillissement de la population va survenir dans un avenir lointain et que ce sera un phénomène subit.  Tant qu’on entretient cette illusion, on retarde les choix qu’on devrait faire dès maintenant...”  Ce n’est pas de nous, mais de monsieur Michel Clair, alors  directeur général de la Confédération québécoise de centres d’hébergement et de réadaptation.

Le population du  Québec aura un choix à faire sous peu.  Choix qui marquera grandement son entrée dans le XXIième siècle. 

L’Association québécoise de gérontologie, à l’intérieur de ses limites, a tenté bien humblement d’alimenter le débat tout en sachant que c’est la population jeune, adulte et âgée qui en sortira grande gagnante.