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Conférence donnée par Bernard Fournelle  le 2 novembre 2011 à Lac Mégantic dans le cadre de l’Université du 3e âge de l’Université de Sherbrooke.

Les 10 célébrités québécoises de tous les temps - 2.11.2011

Si on voulait synthétiser l’histoire du Québec en 2 minutes et 30 secondes  la chanson  Dégénération de Mes Aïeux décrirait assez bien notre évolution.

Nous sommes passés des Belles histoires des Pays d’En-Haut et de la Famille Plouffe aux Bougon en passant par  La Petite Vie en plus ou moins 50 ans.

Un exercice intéressant et enrichissant, c’est de prendre un vieux manuel d’histoire et de comparer son contenu avec les manuels de Jacques Lacoursière.  Si vous avez la possibilité de mettre la main sur l’Histoire du Canada selon François-Xavier Garneau, ça aussi c’est une autre lecture.

Jacques Attali qui fut conseiller de François Mitterrand affirmait que relire l’Histoire nous éviterait de répéter les mêmes erreurs que nos ancêtres.  Ce qui s’est passé, il y a 100, 200, 300 ans a tendance à se répéter.  Si Hitler avait lu attentivement  les écrits de Napoléon sur la campagne de Russie, que serions-nous devenus aujourd’hui ?

Le Québec fait partie de l’énorme centre commercial planétaire.  Nous pourrions décrire le Québec comme une boutique spécialisée et exotique.

Aujourd’hui, nous aborderons le Québec en nous attardant sur certaines personnalités qui ont marqué son histoire.

En 2 heures, on essaiera de parcourir près de 500 ans d’histoire.

Nous sommes ACTEURS, OBSERVATEURS, SPECTATEURS : nous avons créé un ensemble qui se veut “à la fine pointe des idéologies“, mais nous avons  vécu trop longtemps sur les intérêts de ce développement accéléré, maintenant nous avons tendance à utiliser le capital qui à la longue diminue dangereusement.  Jacques Grand’maison, un des derniers penseurs québécois,  soulignait dans un de ses bouquins que si nous devions refaire une nouvelle révolution, ça se passerait entre les périodes de la partie de hockey des “Méchants mardis“ sur RDS ou encore durant les pauses commerciales de “Tout le monde en parle“ ou de “Star académie“.  

Enfin, rappelons-nous que La Presse, au printemps 2010, rapportait une étude affirmant que les québécois étaient les plus poches en histoire au Canada.

Nous avons mis au monde un modèle unique et novateur  mais nous avons oublié de l’entretenir.  L’important n’étant pas d’atteindre les sommets, c’est relativement facile; mais se maintenir au sommet, c’est plus difficile et exigeant. Nous voulons le meilleur système d’éducation, le meilleur système de santé, les plus belles routes,  et que sais-je, mais en même temps, nous exigeons les impôts les moins élevés. 

Et la nouvelle devise du Québec est maintenant “Pourquoi faire simple, lorsque l’on peut tout compliquer“.

Ceci étant dit…..

1) Je ne vous apprendrai  rien de nouveau, comme moi, vous les connaissez nos grands personnages…

2) Tout au plus, je vous les rappellerai à votre mémoire…

Définitions de Histoire

L'histoire est à la fois l'étude des faits, des événements du passé et de l'ensemble de ces faits, de ces événements.  Elle pose des repères, elle indique des ruptures qui traduisent un changement.

Comment Napoléon définissait l'histoire

“L'histoire est un mensonge que personne ne conteste“ 

“La vérité historique est souvent une fable convenue“

“La vérité de l'histoire ne sera probablement pas ce qui a eu lieu, mais seulement ce qui sera raconté“

Le changement vs l’évolution – des mentalités

Il ne faut pas confondre les termes de changement et d’évolution, comme s’ils avaient le même sens. On parlera de “l’évolution des mentalités depuis les années 1960“, exactement dans le même sens où l’on parlerait de “changement des mentalités depuis les années 1960“.

Les mots n’ont pas la même signification : Un changement est un passage d’une chose, d’un état à un autre qui est neutre. L’eau se change en glace. La glace se change en eau. Cela n’a aucun sens de dire que l’eau “évolue“ en glace, que la glace “évolue“ en eau, ce n’est qu’un changement d’état d’un composé chimique.

Par contre, parler d’une évolution comporte un processus complexe.

On peut facilement soutenir que le monde change, mais que l’homme reste le même et qu’il n’a guère évolué socialement.

Par contre, nous avons un intérêt à croire que les mentalités évoluent. C’est une manière de se donner bonne conscience et de se donner une supériorité par rapport aux époques précédentes. “Aujourd’hui, on a évolué“.

Cela ne veut pas dire grand chose, mais cela meuble la conversation. C’est une manière de nous rassurer sur le fond, car nous souhaitons tous que notre vie évolue. Nous n’acceptons pas aisément que le changement puisse être une simple répétition qui n’apporte rien, et nous acceptons encore moins que le changement puisse être une détérioration, une dégradation. Il y a bien une voix de l’âme en nous qui désire une évolution.

Auparavant l’histoire se maintenait dans le champ thématique de l’histoire antiquaire:  ce qui méritait de figurer dans un livre d’histoire, c’était en gros seulement des traités et des batailles. Les seuls héros de l’histoire étaient des politiques et des militaires. Le peuple n’était pas considéré comme acteur de l’histoire et la vie quotidienne n’était pas considérée comme racontable dans un récit historique.

La nouvelle histoire opère une rupture nette avec  l’histoire antiquaire et entend libérer la thématique du récit historique pour inventer de nouvelles formes de l’histoire: on veut connaître l’histoire de l’art, l’histoire de la sexualité, l’histoire des peuples, l’histoire des mentalités.

On veut apprendre des rudiments sur ce que mangeaient les hommes d’autrefois, ce qu’ils buvaient, avec quels tissus ils pouvaient s’habiller et dans quelle couleur, ce qu’ils utilisaient comme décoration, quelles étaient leurs formes de politesse, comment ils se lavaient, quelles étaient leurs pratiques lors d’un deuil, comment ils concevaient l’orientation, l’organisation d’une maison, s’ils avaient des choix en matière de symbolique des couleurs et pourquoi etc.

Dans un monde  tel que le nôtre qui prône l’abolition des règles, il est tentant de se replier sur le passé pour trouver des repères. Dans le tourbillon de l’actualité et de l’éphémère, on cherche ce qui mérite d’être perpétué, ce qui donne leur valeur aux traditions.

Notre attitude face à l’histoire

Une attitude est une tendance à émettre une opinion ou à adopter une conduite déterminée. Résultat de mon insertion sociale, de mon histoire personnelle, de ma personnalité, elle n’est pas totalement consciente. Elle oriente ma perception, mon jugement et mon action.  Nous avons tous une paire de lunettes et notre paire de lunettes  est différente de celle de notre voisin.

Le Régime français

Selon l’Histoire des Frères des Écoles Chrétiennes, toute l’histoire de la colonisation de la Nouvelle-France reposait sur l’évangélisation des indigènes.   Mais soyons clairs, la France cherchait avant tout  une route vers l’Asie et toutes ses actions avaient un caractère commercial.  C’était vrai en 1534, c’était vrai avec la mise sur pied par Richelieu de la Compagnie des Cent-Associés en 1627.  La traite des fourrures a toujours été la pierre angulaire de la colonisation.

Le Régime anglais

L’Acte de Québec en 1774 achète la paix de la colonie française catholique.  L’Angleterre veut s’assurer de la loyauté des canadiens-français dans l’éventualité de la révolution américaine.

À l’hiver 1775-1776,  nous sommes des sujets américains pour plus ou moins six mois.

Le 28 février 1838, Robert Nelson proclame l’indépendance du Bas-Canada et, entre autres,  la séparation de l’Église et de l’État.

À l’hiver 1838-1839, Mgr Lartigue de Montréal dénonce le Rapport Durham dont le but est d’angliciser les canadiens-français.

En 1845, François-Xavier Garneau devient notre premier historien.

Le Canada

Le 15 juillet 1867, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau devient le premier “premier ministre“ du Québec, c’est un conservateur.

En décembre 1897, le gouvernement de Félix-Gabriel Marchand projette la création d’un véritable ministère de l’éducation.  La Loi sera adoptée, mais elle sera rejetée par le Conseil législatif sous les pressions épiscopales et celles de Mgr Bruchési, évêque de Montréal.

En 1915, l’abbé Lionel Groulx sera l’un des premiers à décrire la Conquête comme un désastre pour le peuple français d’Amérique

En décembre 1917, le député Joseph-Napoléon Francoeur propose rien de moins que le Québec se sépare de la Confédération canadienne.  La crise prend une telle ampleur,  que la Gendarmerie royale du Canada, qui ne peut plus contenir les foules de manifestants, appelle l’armée en renfort. 

Le 1er et 2 avril 1918, l’armée fait feu sur les manifestants : 4 sont tués, plusieurs sont blessés et la police procède à 58 arrestations. 

En 1932, l’Ontario et le Québec s’opposent au rapatriement de la constitution canadienne à un point tel que le projet reste en plan.  Ils craignent qu’une constitution canadienne donne trop de pouvoir au gouvernement fédéral.

Le 24 juin 1940, le premier ministre Mackenzie King déclare : “Le gouvernement que je dirige ne présentera pas de mesure de conscription des canadiens pour le service outre-mer“.

Le 27 avril 1942, la conscription est adoptée lors d’un plébiscite.  Le  Québec répond NON dans la proportion de 71,2%.  Les 8 autres provinces disent OUI à 63,7%.

Le Québec

Le 22 juin 1960, élection de Jean Lesage et du Parti libéral qui préconise un réformisme hardi.

Le 20 avril 1968, élection de Pierre Elliott Trudeau, c’est le début de la trudeaumanie.

Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1970, Pierre Elliott Trudeau décrète la Loi des mesures de Guerre.

En juin 1971, le gouvernement fédéral soumet aux provinces, lors de la Conférence de Victoria, un projet d’entente constitutionnelle. Pierre Elliott Trudeau tente de rallier Robert Bourassa à sa cause.  Il passera bien près de réussir, mais, refusant de lâcher du lest dans les revendications sociales [et sécurité du revenu], Pierre Elliott Trudeau fournit au Québec la raison de son refus.  Trudeau ne lui pardonnera jamais cet affront, traitant Robert Bourassa avec morgue, le qualifiant même, un jour de dépit, de mangeur de hot-dogs

Les 4-5 novembre 1981, après 117 ans d’histoire, le concept de deux peuples fondateurs que la Grande-Bretagne avait reconnue implicitement dans l’Acte de Québec et dans le rapport Durham disparaît dans la nouvelle constitution canadienne.

Le 17 avril 1982, sans le consentement du Québec, le Canada, en présence de la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, promulgue officiellement la nouvelle constitution.

Le 9 mai 1987, le ministre québécois Gil Rémillard énonce cinq conditions minimales  et fondamentales pour que le Québec appose sa signature à la constitution canadienne:

1) Reconnaissance du Québec comme société distincte; 2) Droit de veto sur tout changement à la Constitution; 3) Garanties concernant la nomination de juges québécois à la Cour suprême du Canada, un tiers des juges doivent être québécois; 4) Garanties aux provinces refusant de participer à des programmes fédéraux de recevoir des compensations financières, c’est la limitation du pouvoir de dépenser d’Ottawa;   5)  Prise en charge complète par le Québec de l’immigration sur son territoire.

En juin 1987, fin des pourparlers autour de l’Accord du lac Meech qui se terminent à Ottawa. On propose d’octroyer au Québec cinq des revendications traditionnelles: 1) les sénateurs et les juges de la cour suprême seraient nommés par les provinces;  2) les provinces pourraient prendre part à la politique d’immigration; 3) les provinces auraient le privilège de réclamer une compensation financière si elles ne se joignent pas aux programmes fédéraux dans leur domaine de juridiction; 4) la formule d’amendement prévoirait que la règle d’unanimité s’étende pour couvrir les institution centrales; 5) le Québec jouirait d’une reconnaissance de société distincte en matière de langue, de culture et de système légal. De plus, le Parlement fédéral et tous les parlements provinciaux doivent, pour qu’il fasse force de loi, entériner cet accord avant le 23 juin 1990.

Le 12 juin 1990, le député néo-démocrate manitobain Elijah Harper utilise les règles de procédures pour bloquer le dépôt de ratification de l’Accord de lac Meech.

Le 22 juin 1990, à Terre-Neuve, Clyde Wells refuse de ratifier l’Accord et ajourne sine  die les travaux du Parlement terre-neuvien.

Le 22 juin 1990, Robert Bourassa déclare à l’Assemblée nationale: “Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement”.

Le 27 octobre 1995, entre 40 000 et 100 000 Anglo-canadiens viennent manifester à Montréal pour inciter les Québécois à voter NON au référendum. Ils bénéficient de 90% de rabais sur leur transport en avion ou en train.

Le 21 mai 1997, l’Assemblée nationale adopte à l’unanimité la résolution suivante : “Que l’Assemblée nationale exige de l’ensemble des hommes et femmes politiques du Québec qu’ils reconnaissent la volonté démocratique des Québécoises et des Québécois qui s’est exprimée lors du référendum du 30 octobre 1995 tenu en vertu de la Loi sur les consultations populaires, reconnaissant ainsi le droit fondamental des Québécoises et des Québécois de décider de leur avenir en vertu de cette loi“.

Le 18 novembre 1997, adoption de l’amendement qui abroge l’article 93 de la Constitution de 1867, celui qui faisait obligation au Québec de maintenir un système scolaire accordant des privilèges religieux aux catholiques et aux protestants. Cette abrogation permet la création des commissions scolaires [québécisme pour conseils scolaires] linguistiques plutôt que religieuses.

Le 10 décembre 1999, présentation d’un avant-projet de loi (C-20) par lequel le gouvernement fédéral déclare qu’il ne négociera jamais la souveraineté assortie d’un partenariat, jugera toujours insuffisante une majorité de 50 % plus une voix et exigera que les frontières fassent partie d’éventuelles négociations (accréditant ainsi la thèse partitionniste).  Dès le   16 décembre 1999, l’Assemblée nationale dépose à son tour un projet de loi (99) en réponse à celui d’Ottawa par lequel il affirme le droit des Québécois à disposer d’eux-mêmes, réaffirme l’égalité des votes et la règle démocratique fondamentale du 50 % + 1. “Il préserve notre liberté d’expression et notre droit de choisir, aujourd’hui et pour toujours, notre destin national“, de dire le premier ministre Lucien Bouchard.

Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Où trouver la trace des grands personnages aujourd’hui ? Dans les jardins publics où trônent leurs statues, à travers le nom des rues, des autoroutes, des ponts, des barrages ou des stations de métro.

Qui sont donc ces grands hommes ? Une écrasante majorité d’hommes politiques, un petit nombre d’hommes d’affaires, quelques écrivains, des scientifiques, des artistes.... Peu de femmes.

Somme toute, une grande diversité de personnages, dont les activités et les caractères divergent  autant que possible. Mais qu’est-ce donc qu’un grand homme ? Quels sont les points communs qui unissent tous ces personnages et font qu’ils sont aujourd’hui rassemblés sous cette commune appellation ?

Il pourrait apparaître que ce qui constitue l’essence d’un grand homme, c’est d’être un visionnaire, un pionnier, qui réussit à mettre ses idées en mouvement. L’image du grand homme c’est surtout une interprétation du souvenir : un grand homme est parfois grand par accident.

I- Ce qui constitue l'essence d'un grand homme

1) Le grand homme est un visionnaire qui porte "la marque de la grandeur"...

Au sens propre, ce qui est grand c’est ce qui est de taille élevée, donc qui émerge, qui dépasse la moyenne. Par conséquent, le grand homme peut voir plus loin que les autres et embrasse de son regard un vaste champ. Il voit "en grand". Il y a une idée d'amplitude, d'élan dans ce mot aux connotations très positives. Le grand homme est celui qui voit avant les autres, qui les devance. Il est l'homme en avance sur son temps, le visionnaire.

Les grands hommes sont ceux qui saisissent l’universel supérieur et en font leur but. Les grands hommes sont ceux dont les idées embrassent dans leur ampleur les tendances profondes d’une époque. Ils sont reconnus par les autres dans la mesure où ils incarnent la volonté cachée de tous et dépassent les idées de leur époque. Un grand homme influe sur la destinée d’un peuple, voire du monde. Il imprime sa marque sur son époque.

Aussi le grand homme n’est pas celui qui accomplit consciencieusement un travail de tous les jours, mais le découvreur qui bouleverse les vies. Être grand, c’est être un instigateur. Les grands hommes sont ceux qui apportent des idées nouvelles, refusant de considérer qu’une vérité puisse être immuable et donc définitivement établie. Un grand homme est indépendant d’esprit. Il s’affranchit des autorités personnelles et des idées préétablies pour aller de l’avant, pour progresser.

Un grand homme doit de préférence avoir raison. Il n'est pas sûr qu'un grand homme puisse se tromper... Sa grandeur réside justement dans son génie à prévoir les choses, à pressentir les idées qui sous-tendent l'évolution historique.

2) ... et qui réussit à mettre ses idées en mouvement

Le grand homme est celui qui réussit à réunir les hommes sous sa bannière pour donner réalité à ses idées. Le grand homme est un visionnaire mais pas un rêveur. Tous les hommes ont des souhaits, des volontés cachées, mais ils ne les réalisent pas forcément. Le grand homme est celui qui incarne ces pensées, qui pousse les autres à agir dans l’action collective. Il est celui qui rend les idées affirmatives. Le grand homme est avant tout un homme d’action, qui réussit à mettre ses idées en mouvements.

Le grand homme a vocation à rassembler, à diriger, à réunir les autres hommes sous ses idées. Il dégage généralement  un prestige qui lui donne un ascendant sur les autres. Il possède un pouvoir, une influence sur les peuples. Peut-être est-ce pour cela que l'image d'hommes politiques s'impose d'elle-même dès que l'on évoque les "grands hommes". Ne sont-ils pas ceux qui dirigent une nation, lui donnent ses principales impulsions et orientations, après avoir réussi à rassembler autour de leur nom un nombre suffisant d'électeurs ? Mais tous les hommes politiques ne sont pas regardés comme des grands hommes: beaucoup n'ont pas eu l'élan créateur, l'amplitude d'idées qui caractérisent la grandeur. Par contre, de nombreux autres hommes ont été reconnus par la postérité: scientifiques, artistes... Le pouvoir d'un grand homme n'est pas exclusivement un pouvoir officiel: c'est plutôt une influence subtile qui s'exerce par des origines irrationnelles, affectives, par un effet du charisme. Les grands hommes sont ceux qui inspirent la foi, en s'investissant totalement dans la poursuite de leur but. Ils ne représentent donc pas toujours un pouvoir officiel. On peut remarquer que les grands hommes ne sont jamais prédestinés par un milieu social ou l’héritage d’un ancêtre glorieux. Les grands hommes se font généralement seuls et s’investissent totalement dans la réalisation de leurs idées.

Selon Machiavel, le prince doit suivre la route qu'il s'est tracée sans s'en détourner. Ainsi, les grands hommes n’agissent pas pour satisfaire les autres, mais pour leur propre satisfaction. Machiavel explique que l’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’égoïsme, d’orgueil, de dureté et de ruse. L’accomplissement de son œuvre passe par l’utilisation de moyens qui sont opposés à la morale. Mais la justification est dans l’ampleur des idées qu’il a défendues et les mouvements qu'il a provoqués.

II- Mais n'est-il pas possible de devenir un grand homme par accident ?

1) Un grand homme est toujours lié à un contexte

La proportion d'hommes politiques est certes demeurée écrasante à toutes les époques. Avec la Révolution tranquille, on voit apparaître des artistes et des écrivains. Quant aux scientifiques, ils commencent à être reconnus.

Le contexte dans lequel apparaît un grand homme est ainsi toujours déterminant. Il faut qu'un élan novateur sous-tende la société pour que le grand homme la pressente et le mette au jour. Il faut que les événements se prêtent à l'émergence d'un grand homme, que celui-ci dispose justement des qualités nécessaires pour accomplir les grandes choses pour lesquelles on a besoin de lui. Il existe sans doute actuellement des hommes et des femmes "grands en puissance", qui révéleraient d'exceptionnelles qualités dans un contexte particulier. Ces qualités ne trouvant pas actuellement à s'exercer restent en dormance.

Selon certains, les actions d'un grand homme ne sont dues qu'à une suite de hasards historiques et de circonstances favorables. Celui-ci est poussé et porté par des événements sur lesquels il n'a pratiquement pas de prise. Son seul génie consiste à les exploiter à son avantage. À la rigueur, un autre que lui aurait très bien pu tenir le même rôle.

Le grand homme catalyse un mouvement préexistant, l'utilise. Il anticipe les forces motrices à l'œuvre dans une société. Le grand homme possède le charisme, l'aura et les qualités propres qui font que c'est lui qui est révélé et pas un autre. Par ailleurs, il est difficile de croire qu'un grand homme se laisse porter par une suite de hasards. Au contraire, il doit dominer les événements, avoir une vision qui les dépasse, pour pouvoir réaliser ses idées et tendre vers le but qu'il s'est fixé. Le grand homme émerge dans un contexte particulier, mais utilise ce contexte, le met au service de la réalisation de ses buts.

Cependant, le rôle déterminant du contexte dans l'émergence d'un grand homme explique peut-être pourquoi il y a si peu de " grandes femmes ". Le monde de la grandeur semble être un monde de mâles. La mémoire historique ne reconnaît que peu de "grandes femmes" relativement aux "grands hommes".

La société est longtemps restée organisée pour les hommes selon des principes masculins. Peu de femmes ont eu l’autorité et la force de caractère nécessaires pour être assez reconnues et considérées par leurs contemporains. Peu ont eu assez de prise sur les événements pour qu'on leur reconnaisse la grandeur. D'ailleurs, parmi celles-ci, certaines ont fait le sacrifice de leur féminité, se sont "masculinisées"! Mme Thatcher a été vue comme le premier " homme " d’Angleterre.

Longtemps, les femmes ont agi dans l'ombre, sans que leur influence ait été pourtant moindre. On découvre aujourd'hui l'influence de certaines femmes : Éléonore Roosevelt. Encore sont - elles difficiles à trouver dès qu'il s'agit d'exercer un pouvoir officiel au lieu d'une influence plus occulte. Mais la société changeant, peut-être à l’avenir émergera plus souvent le nom d’une "grande femme".

2) Les grands hommes  sont finalement des créations de la mémoire destinées à servir de modèle aux générations futures.

On peut remarquer que les grands hommes ne sont souvent reconnus qu'après leur mort. Les hommes qui ont marqué l'histoire passent devant le tribunal de la mémoire qui les absout ou les condamne. C'est la postérité qui juge qui ont été les grands hommes. La gloire et la reconnaissance peuvent d'abord être refusées aux grands hommes du fait de la jalousie de leurs contemporains.

Souvent, les grands hommes sont pris comme modèles pour conduire les choix des hommes puissants du présent, qui cherchent en eux des repères et des motivations. Ils se rassurent en constatant que des hommes ont réussi avant eux et donc que la réussite est possible pour eux aussi. Le grand homme est "déformé, enjolivé". Les grands hommes sont idéalisés, leurs défauts disparaissent ou sont magnifiés. Leur destin leur échappe. La vérité et le mythe se mêlent dans l'histoire. C'est pour cette raison que les grands hommes ne sont pas reconnus de leur vivant, mais après leur mort.

Il est certain que le souvenir et vénération des grands hommes ne doit pas empêcher de nouveaux grands mouvements d'idées de se mettre en mouvement. Ce qu'ont fait les grands hommes ne doit pas être regardé comme immuable. Il faut se servir de leur expérience pour progresser et aller toujours plus loin, et non se figer dans leur modèle. La mémoire des grands hommes unifie les nations qui se découvrent, à travers des héros communs, un passé commun. C'est sans doute pour cela que les grands hommes sont magnifiés et idéalisés. Ils jouent un rôle de modèle parfait, dont l'exemple doit inspirer les générations suivantes. Les grands hommes sont plus grands que nature dans le souvenir. Ce que nous voyons en eux, c'est à la fois le meilleur d'eux et le meilleur de nous. L'image d'un grand homme est une création sociale. On aime à oublier les défauts d'un grand homme pour renchérir sur ses qualités. Certaines sont d'autant plus appréciées qu'elles paraissent rares: par exemple le désintéressement d'un Truman, qui après avoir été l'homme le plus puissant du monde s'en retourna tranquillement jouer aux cartes dans son Kansas natal...

Les grands hommes sont le reflet d'une époque et d'une civilisation. Ils répondent au besoin d'avoir un idéal à atteindre. Pour cette raison, à mon avis, un grand homme ne peut être grand qu'en tant que membre de l'humanité. Un génie du mal comme Hitler ne sera jamais un grand homme car il a bafoué l'humanité. Un grand homme ne peut pas être mauvais. Il peut avoir eu bien des défauts, mais il ne peut pas avoir fait reculer l'humanité. Son œuvre doit avoir été une œuvre de progrès.

Il est donc possible de dégager quelques caractères propres aux grands hommes: ampleur des idées, volonté et persévérance, indépendance d'esprit... Cependant, la notion de "grand homme" largement instrumentalisée par la société.

La grandeur suppose  l'existence d'un  lien affectif entre un peuple et un homme. Il n'est pas possible de créer un grand homme de toutes pièces... La Mémoire juge.

Les 10 premières célébrités québécoises

Dans le cadre de cours et de conférences portant sur le Québec,  il est demandé aux personnes présentes d'identifier les dix québécois les plus célèbres de tous les temps incluant la période de la Nouvelle-France.  À ce jour, plus de 350 personnes ont participé à cet exercice.  Le classement est mis à date à la suite de chacune des nouvelles évaluations.  Voici  la liste en date de janvier 2009,  des 10 québécois les plus célèbres.

1er - René Lévesque, Journaliste et 23e premier ministre du Québec

Né à l'hôpital de Campbellton (Nouveau-Brunswick), le 24 août 1922, faute d'un hôpital à New Carlisle, dans le comté de Bonaventure (Québec) où résidaient ses parents .

René Lévesque a complété à Québec ses études classiques commencées à Gaspé. En 1944, il interrompt ses études universitaires en droit pour devenir correspondant de guerre. Attaché aux armées américaines, il participe aux campagnes de France, d'Allemagne et d'Autriche.

Après la guerre, il poursuit sa carrière de journaliste, d'abord au Service international de Radio-Canada (1946-1951), comme correspondant en Corée (1952) et comme chef du service des reportages radio-télévision (1952-1956). De 1956 à 1959, il anime l'émission «Point de Mire», à la télévision de Radio-Canada.

Élu député du comté de Laurier en 1960, comme libéral, René Lévesque fait partie du gouvernement Lesage, d'abord à titre de ministre des Travaux publics et des Ressources hydrauliques (1960-1961), puis comme ministre des Richesses naturelles (1961-1965) enfin, comme ministre de la Famille et du Bien-être social (1966).

Réélu dans Laurier en 1962 et 1966, il quittera le Parti libéral en 1967 pour fonder le Mouvement Souveraineté-Association, puis, en 1968, le Parti Québécois dont il devient président. Le Parti Québécois sera battu deux fois: aux élections de 1970 et de 1973  avant de finalement remporter celles du 15 novembre 1976. Élu dans la circonscription électorale de Taillon, René Lévesque prête le serment d'office comme Premier ministre du Québec le 25 du même mois.

En 1980, le gouvernement Lévesque demande par référendum à la population le mandat de négocier la souveraineté-association avec le reste du Canada: le 20 mai, la proposition du gouvernement est rejetée à 59 %.

Réélu député de Taillon lors des élections générales du 13 avril 1981, il est de nouveau premier ministre et assermenté le 30 avril 1981. Il démissionnera en 1985, à la fin de son deuxième mandat. Il meurt à Montréal le 1er novembre 1987 à l'âge de 65 ans.

2e - Félix Leclerc, écrivain, chansonnier, poète

Félix  Leclerc, écrivain par vocation, chanteur par accident, naît à la Tuque en Mauricie en 1914. Il est le sixième enfant de Léo Leclerc, un robuste pionnier à l'esprit aventurier, qui l'inspirera toute sa vie. Lorsque, ne tenant plus en place, le père emmène sa famille en Abitibi, il envoie Félix étudier à Ottawa, au juniorat du Sacré-Cœur. L'adolescent de 13 ans n'a pas la vocation, et souffre de la discipline stricte du séminaire. Après cinq ans d'études, mais sans son diplôme de rhétorique, il rejoint sa famille, maintenant établie sur une ferme à Sainte-Madeleine, le long du fleuve. Il doit chercher un emploi: la ville ne l'attire pas, mais il n'est pas un agriculteur, malgré son profond attachement à la campagne.

Un peu par hasard, il est engagé comme annonceur de radio à la station CHRC de Québec. C'est l'époque où il achète sa première guitare et écrit quelques chansons, pour s'amuser. Il s'essaie ensuite au travail manuel à la ferme, mais il est peu doué, et accepte un emploi à la station CHLN de Trois-Rivières. Peu à peu, il en vient à se considérer comme un auteur, mais se sent isolé. À Montréal, il cogne en vain plusieurs fois à la porte de Radio-Canada, jusqu'à ce qu'on lui présente le jeune réalisateur Guy Mauffette, qui devient son grand ami, son mentor, son jumeau.

Il s'installe dans la  grande ville  et écrit des textes pour la radio d'État, dont la série «Je me souviens» , de 1941 à 1945, bien accueillie par le public. Mauffette présente Félix au père Legault, fondateur des Compagnons de Saint-Laurent. Il joue la comédie chez lui un temps, mais il préfère l'écriture, et n'aime pas non plus chanter. En 1942, il épouse sa compagne de scène Andrée Vien. Il rencontre l'abbé Albert Tessier, qui lui propose de publier ses nouvelles. Félix n'est pas prêt, mais accepte: les Adagio, Allegro et Andante obtiennent un bon succès public, mais les critiques trouvent sa langue trop québécoise,  on est encore bien loin de la mode du joual.

En 1947, les Compagnons jouent une première pièce de Félix,  Maluron. L'année suivante, avec deux amis, il fonde une compagnie éphémère qui joue Le P'tit bonheur. Félix chante toujours un peu, à la radio ou entre amis, mais sa mais sa «voix de beû» ne fait pas fureur.

En 1950, l'imprésario français Jacques Canetti a le coup de foudre pour lui, lui fait enregistrer des 78 tours et l'emmène à Paris, où il chante dans la salle prestigieuse de l'ABC. C'est un succès instantané, et il devient en trois mois une véritable star. Pour les Français, il est le bûcheron, le trappeur, l'homme des bois et des grands espaces vierges. Il obtient le prix du disque Charles-Cros en 1951. Un chanteur seul à la guitare, qui dit «je» et qui s'habille un peu à la diable, c'est nouveau. Lors d'un saut au Québec, il triomphe enfin chez lui. Mais il passe les années suivantes en Europe.

En 1953, il rentre au pays, et tout en chantant ici et là, il écrit. En 1956, sa pièce Sonnez les matines est créée au Rideau Vert, dirigé par sa vieille complice Yvette Brind'amour. En 1958, il joue dans un long métrage sur la colonisation, Les Brûlés. Les années 1960 sont difficiles pour lui: les nouvelles étoiles montantes:Léveillée, Vigneault, Leyrac... l'éclipsent un peu, il vit de sérieuses difficultés conjugales, son père meurt en 1965. Sa pièce Les Temples est mal reçue. Vers 1967-68, il divorce, rompt avec l'Église et congédie son agent Jacques Canetti. Il retourne vivre à Paris avec la femme qu'il aime, Gaétane Morin.

Son image change en France, et le public applaudit désormais l'homme tout court plutôt que l'homme des bois. Il côtoie les grands noms, Brassens, Devos. En 1970, le Québec lui manque trop, et il y retourne pour vivre à l'île d'Orléans, où il a acheté une terre d'un vieil ami fermier. La Crise d'octobre le surprend, le choque, l'attriste: c'est son réveil politique. Il écrit la chanson L'Alouette en colère. Désormais, il sera de tous les événements politiques nationaux. Ses prises de position en faveur de l'indépendance diviseront son public. En 1974, il connaît un triomphe sur les plaines d'Abraham aux côtés de Gilles Vigneault et Robert Charlebois:  anecdote intéressante, Pierre E. Trudeau les invite à "bruncher" le lendemain!

Il chante encore beaucoup au Québec et en France, mais supporte de moins en moins bien la séparation avec sa famille. En 1977, il donne son dernier concert en France. Il enregistre un dernier disque, Mon fils, et prend sa retraite à l'île avec femme et enfants. Il écrira toutefois un texte qu'il lira publiquement pour la campagne du oui au référendum de 1980. Ses dernières années s'écoulent paisiblement dans sa campagne bien-aimée. Lorsqu'il disparaît en 1988, c'est un monstre sacré qui s'éteint, le premier chansonnier du Québec, le premier ambassadeur et un poète charismatique.

3e - Louis-Joseph Papineau, Avocat et homme politique

"La pensée et les gestes d'éclat de Louis-Joseph Papineau marquèrent pendant une bonne partie du XIXe siècle l'histoire politique du Bas-Canada. Il a inspiré aussi bien que conduit les luttes qui opposèrent les parlementaires au pouvoir colonial. Né à Montréal en 1786, Papineau, après ses études en droit, s'orienta vite, comme son père, Joseph, vers la vie politique. Il entra à la Chambre d'assemblée de Québec en 1808, et dès 1815 en fut élu le président. Refusant d'être nommé en 1820 au Conseil exécutif par le gouverneur Dalhousie, il préféra poursuivre son combat contre les excès du pouvoir colonial. Ainsi, en 1822, il dirigea avec John Neilson une délégation de l'Assemblée du Bas-Canada partie à Londres munie d'une pétition de 60 000 signatures pour y défaire le projet d'union des deux Canada. En 1826, il prit la tête du Parti Patriote. Papineau était un libéral convaincu de la nécessité d'une séparation réelle de l'Église et de l'État; il patronna aussi en 1831 une loi qui établit la pleine égalité politique des Juifs. Puissant tribun à l'éloquence redoutable, Papineau devint après 1830 l'objet d'un véritable mythe. Il a symbolisé, nous dit l'historien Fernand Ouellet, «le patriotisme, le désintéressement, la force, l'énergie et le courage». Sa carrière prit un tour tragique après l'échec des insurrections patriotes de 1837 et de 1838, qui le poussa à l'exil aux États-Unis, puis en France en 1839, avant de revenir au pays en 1845. Il entra de nouveau en chambre en 1847, où il siégea jusqu'en 1854. Si avant les événements de 1837-1838 Papineau était parvenu à exprimer les aspirations démocratiques de tout un peuple, qui l'avait porté au pouvoir en 1834 avec 95 % des suffrages, il ne su retrouver après 1845 l'ascendant et l'audience d'avant son exil. Il se retira dans son manoir de Montebello, sur la rive nord de l'Outaouais, où il s'éteignit en 1871."

4e - Frère Marie-Victorin - Conrad Kirouac, enseignant, botaniste, homme de science

Frère Marie-Victorin, e.c., né Conrad Kirouac à Kingsey Falls en 1885. De famille à l'aise, Conrad Kirouac entra chez les Frères à l'âge de 16 ans, après avoir refusé un voyage en Europe que son père lui avait offert dans l'espoir de l'amener ainsi à faire un choix plus éclairé. L'argent de famille servira plus tard à financer les excursions dans la nature. Ce jeune sédentaire - un jour viendra cependant où il voyagera à travers le monde - rêvait d'enseigner aux enfants pauvres, ce qu'il continua de faire au collège de Longueuil à un moment où il était déjà le chercheur le plus réputé et le professeur le plus influent de l'Université de Montréal.

Et l'homme d'action en lui en impose autant que l'instituteur et le savant: Marie-Victorin a été l'un des fondateurs de l'ACFAS: l'Association Canadienne Française pour l'Avancement des Sciences et le promoteur des Cercles de jeunes naturalistes dont le frère Adrien, de la communauté de Sainte-Croix, fut le principal artisan. Le grand projet de sa vie, qu'il mena à terme, fut cependant le Jardin botanique de Montréal et l'Institut qui y est rattaché. On peut dire que le Biodôme de Montréal, construit à côté du Jardin Botanique, est le prolongement de l'oeuvre de Marie-Victorin.

La grande oeuvre de Marie-Victorin, laFlore Laurentienne, parue en 1935, fut une première en Amérique du Nord. Des témoignages éloquents d'appréciation parvinrent des principaux instituts botaniques du monde.

Il faut rappeler aussi que la botanique, telle que la pratiquait Marie-Victorin, ne se limitait pas à des inventaires, des descriptions et des classifications, mais constituait plutôt un effort immense et enthousiasmant pour mettre en rapport les plantes d'un continent entier, et pour les associer ensuite, dans une perspective évolutionniste, aux grands phénomènes géologiques, comme la glaciation. Ce Bouclier laurentien qu'il a si bien exploré, Marie-Victorin le dessine, le colore pour le déployer enfin sous nos yeux. En le voyant ainsi surgir, on croit vivre par anticipation le spectacle des premières images de la terre transmises par satellite.

Marie-Victorin ne parvient pas toujours à contenir son lyrisme, il ne le souhaite d'ailleurs pas. L'un de ses buts avoués en tant que botaniste était de favoriser le progrès littéraire?

Le premier souci de Marie-Victorin en tant qu'éducateur aura toujours été de favoriser le contact direct des enfants avec la nature. C'est aux dix mille membres des Cercles des jeunes naturalistes qu'il dédie La Flore.

L'éducateur perce toujours à travers le savant, mais ce dernier prend son envol malgré tout, n'hésitant pas à soumettre les 10 000 jeunes gens aux exigences du vocabulaire technique et des grandes théories, comme celle de l'évolution.

N'oublions pas que c'est en étudiant les lois de Mendel, que Marie-Victorin est passé de l'amateurisme à la science. Sur le terrain, il a d'autre part accumulé les données originales à la manière de Darwin.

Dans son évocation des stades du développement de la forêt laurentienne, il met en relief une loi fondamentale de l'évolution, qu'il formule ainsi: «La paléontologie nous apprend de façon indéniable qu'il y a dans les types organiques une succession dans le temps de telle sorte que les formes les plus complexes et les plus élevées en organisation - l'érable par exemple - sont apparues les dernières».

Marie-Victorin ne se contente toutefois pas d'invoquer les preuves établies par les paléontologues. Les grands événements géologiques qui ont façonné le paysage québécois ont placé sous ses yeux des faits significatifs.

En 1977, le gouvernement du Québec a institué le prix Marie-Victorin pour honorer une personne ayant apporté une contribution marquante aux sciences de la nature et du génie.  Le Frère Marie-Victorin est décédé à Montréal en 1944.

5e - Alphonse Desjardins, Journaliste, fonctionnaire et propriétaire de journal.

Le fondateur des caisses populaires en Amérique est né à Lévis, au Québec, en 1854. Troisième enfant d'une famille nombreuse disposant de peu de moyens matériels, il connut jeune la privation, ce qui suscita chez lui le vif désir de modifier cette situation. Bien qu'ayant brièvement fréquenté le Collège de Lévis, son idéal de justice sociale et de solidarité nouvellement forgé ne le quitta jamais. Cet homme de principes, jeune et idéaliste, s'engagea comme volontaire dans l'armée canadienne et fut stationné à Fort Garry, au Manitoba, où pesait la menace de sécession du Canada d'un territoire plus grand que celui de la république américaine nouvellement formée. Il croyait au partage des risques et des ressources sur un immense espace où la population clairsemée devait compter sur les uns et les autres pour vivre, voire pour survivre.

De retour au Québec, fidèle à son idéal de justice, Desjardins devient journaliste. En 1879, il obtient un emploi contractuel à la législature du Québec où il rapporte les débats pendant onze ans. En 1890, le premier ministre Honoré Mercier lui demande de modifier le compte rendu officiel, ce à quoi s'oppose Desjardins, invoquant la fidélité de ce qui doit être rapporté dans les journaux officiels et qui constitue l'essentiel de l'histoire législative du pays. Son respect de la liberté et sa probité lui coûtèrent son emploi. Desjardins retourna au journalisme un certain temps pour finalement devenir rapporteur des débats français à la Chambre des communes d'Ottawa en 1892, poste qu'il occupera pendant plus d'un quart de siècle.

Étant donné que les sessions parlementaires étaient de courte durée à cette époque, le jeune Desjardins en profita pour compulser tous les ouvrages européens traitant de coopération et les grands écrits américains à portée sociale.

Après plusieurs années de recherche et de mûre réflexion, il fonde la première caisse populaire à Lévis, au Québec, en 1900. Selon la loi provinciale de l'époque, Desjardins doit assumer personnellement les risques afférents aux dépôts des sociétaires. Ainsi, les déposants ne sont pas nombreux au tout début, mais l'idée de la coopération et de l'égalité des sociétaires l'emporta sur la timidité, si bien qu'en peu de temps des caisses populaires furent créées dans les autres provinces et en Nouvelle-Angleterre. La scrupuleuse impartialité du sténographe et éditeur officiel des débats aura su établir la base d'une nouvelle institution financière: la confiance fondée sur une honnêteté absolue.

L'Amérique doit beaucoup à Alphonse Desjardins, dont les solides et pérennes valeurs constituent la pierre d'assise du développement d'un jeune continent appelé à un grand avenir. L'argent doit être au service de l'homme et non l'inverse!"

6e - Henri Bourassa, Journaliste et homme politique

Fils de Napoléon Bourassa et d'Azélie Papineau: fille de Louis-Joseph Papineau, Henri Bourassa naquit à Montréal le 1er septembre 1868. Il fit des études à Montréal à l'École Archambault et à l'École polytechnique et à Worcester, Massachusetts au Holy Cross College. Il fut maire de Montebello de 1890 à 1894 et de Papineauville en 1897. Il fut élu député libéral fédéral dans la circonscription de Labelle en 1896. Il fut co-secrétaire avec Joseph Pope de la Conférence internationale qui devait régler des contentieux avec les États-Unis, à Québec du 24 août au 11 octobre 1898. En octobre 1899, il démissionna comme député de Labelle pour marquer son opposition à la politique de Laurier de participation du Canada à la guerre en Afrique du Sud. Lors d'une élection partielle, en janvier 1900, il fut réélu par acclamation député indépendant. Aux élections générales de 1900 et de 1904, il se fit réélire député libéral. Il épousa, en septembre 1905 Joséphine Papineau.

En 1907, Henri Bourassa démissionna comme député fédéral et fut battu aux élections partielles du comté provincial (Québec) de Bellechasse. Il se fit élire député provincial aux élections générales de 1908. Il y resta jusqu'en 1912.

Fondateur du quotidien Le Devoir, en 1910, Henri Bourassa demeura rédacteur en chef de 1910 à 1932. Le 26 janvier 1919, son épouse décéda, il était alors père de huit enfants âgés de 3 à 13 ans. En 1925, il fut élu député fédéral indépendant de la circonscription de Labelle et y fut réélu jusqu'à sa défaite de 1935. A 72 ans, soit de 1940 à 1945, il sortit de sa semi-retraite pour appuyer le Bloc populaire. Il se retira en 1945 et décéda le 31 août 1952 à Montréal."

7e - Cardinal Paul-Émile Léger, prêtre

Sulpicien né à Salaberry-de-Valleyfied en 1904..  Après un passage en France au début des années 30, ce jeune prêtre participe en 1933 à la fondation du Séminaire de Fukuoka, au Japon. De retour dans sa ville natale de Valleyfield en 1940, il occupe les postes de vicaire général du diocèse et de curé de la cathédrale avant de devenir recteur du Collège pontifical canadien à Rome, de 1947 à 1950. Archevêque de Montréal en 1950, puis cardinal, à partir de 1953, sa personnalité marque l'Église au moment où celle-ci connaît une période de stabilité. C'est au cours des années 60 que la baisse de la pratique religieuse et du nombre de vocations se précise, une situation inquiétante pour le cardinal qui joue néanmoins un rôle important au sein de la Commission chargée de préparer le concile Vatican II dont les travaux débutent en 1962. Un des Québécois les plus célèbres de son temps, il cause une surprise en quittant son poste en 1967 pour se consacrer à améliorer le sort des enfants malades du Cameroun. Sa générosité, son travail inlassable auprès des plus démunis, notamment par la fondation qui porte son nom, continuent à en faire une figure publique connue et respectée lorsque sa mort survient en 1991 à Montréal. Son frère cadet Jules a été gouverneur général du Canada de 1974 à 1979.

8e - Chanoine Lionel Groulx, Historien, prêtre-éducateur et intellectuel

Né en 1878, à Vaudreuil, en banlieue de Montréal, sa vie active débute avec le siècle et en occupe exactement les deux premiers tiers. C'est en effet à partir de 1900 que Groulx enseigne au Collège de Valleyfield, qu'il quittera en 1915. Il fonde avec l'abbé Émile Chartier, dès les premières années du siècle, un mouvement de jeunesse qu'il implantera à Valleyfield. Tout au long de sa vie, il multipliera les appels à la jeunesse et favorisera l'éclosion de mouvements organisés, entre autres, les Jeunes-Canada, dans les années trente, puis les Jeunesses laurentiennes, au cours de la décennie suivante.

Dès la période campivallensienne, il s'engage dans l'action sociale et intellectuelle, ce qui l'amènera à prononcer, jusqu'aux derniers temps de sa vie, un nombre incalculable de conférences et de causeries en maints endroits du Québec, du Canada, des États-Unis, et même outre-mer.

Une impressionnante production écrite sur des questions d'intérêt national, politique, social ou religieux, tant sous forme d'articles que de brochures et d'ouvrages, résultera de cet engagement dans l'action. De 1920 à 1928, Groulx sera directeur de l'Action française, organe de la Ligue du même nom, puis, à partir de 1933, collaborateur régulier de L'Action nationale qui succède à la première après un intermède de quatre ans.

C'est pour se consacrer plus entièrement à l'histoire que Groulx démissionne, en 1928, de L'Action française. Sa carrière de professeur d'histoire à l'université avait, quant à elle, débuté en 1915, par une série de cours à l'Université Laval de Montréal; elle ne devait s'achever qu'en 1949, année de sa retraite. Très conscient des aspects concrets du métier d'historien, Groulx eut le souci constant d'améliorer les conditions d'études et de recherche. Il fondera l'Institut d'histoire de l'Amérique française avec l'idée d'en faire un centre de recherche. L'année suivante, la Revue d'histoire de l'Amérique française sera lancée, dont il dirigera les destinées jusqu'à sa mort.

En guise de "divertissement", selon ses propres termes, Groulx écrivit deux romans, L'Appel de la race (1922) et Au Cap Blomidon (1932), qu'il publia sous le pseudonyme d'Alonié de Lestres. On n'aura garde enfin d'oublier que Groulx fut également prêtre, il fut ordonné le 28 juin 1903 et qu'il accorda toujours à cette dignité la plus grande importance, ainsi que le suggèrent le grand nombre de sermons et d'entretiens à caractère religieux. . Le titre honoraire de chanoine lui fut conféré en 1943.   Il mourut le 23 mai 1967, à Vaudreuil, où il fut inhumé.

9e - Maurice Richard, Athlète

Joseph Henri Maurice Richard naquit le 4 août 1921. Il reçut sa première paire de patins à l'âge de quatre ans environ et, à l'adolescence, il était le champion des équipes régionales de hockey scolaire. Sa carrière prometteuse fut compromise au cours de sa première saison comme recrue avec les Canadiens de Montréal en raison des fréquentes blessures qu'il subissait. D'aucuns se demandaient s'il tiendrait le coup bien longtemps. La remarquable performance qu'il démontra pendant la deuxième année avec l'équipe, en 1943, et qui permit à la coupe Stanley de retourner à Montréal après dix-neuf ans d'absence, dissipa tous les doutes à ce sujet.

Dès sa première saison complète avec le Canadien de Montréal, en 1943-1944, il démontre un talent de marqueur hors du commun. Ses 12 buts en séries, et ses 50 buts en 50 parties, l'année suivante, le consacrent comme la plus grande attraction du hockey professionnel. La combativité du «Rocket» et son adresse près des filets en font une vedette auprès des Montréalais et l'homme à abattre dans les autres arènas du circuit. Entre 1943 et 1960, année de sa retraite, il établit toutes sortes de records, dont le plus grand nombre de buts en saison régulière (544), en séries éliminatoires (82) et le plus de conquêtes de la coupe Stanley (8). Sa suspension par le président Clarence Campbell, en mars 1955, est à l'origine d'une émeute qui cause l'interruption d'une rencontre au Forum. Après s'être retiré du hockey, le légendaire numéro 9 écrit une autobiographie, avec l'aide de Stan Fischler, et occupe très brièvement le poste d'entraîneur des Nordiques de Québec, en 1972. Symbole de fierté pour les francophones qui lui vouent une admiration particulière, il reste, quelques décennies après avoir accroché ses patins, la personnalité sportive la plus aimée des Québécois. Sa vie fait l'objet de plusieurs biographies et d'une série documentaire romancée au cours des années 90. Ses funérailles à Montréal, en mai 2000, sont un événement national télédiffusé d'un océan à l'autre.

10e - Jean Talon, comte d'Orsainville, premier intendant de Nouvelle-France

Originaire de Châlons-sur-Marne en Champagne, Jean Talon, fils de Philippe Talon et d'Anne de Bury, naît en 1625 et est baptisé le 8 janvier 1626. Il fait ses études à Paris, au collège de Clermont, dirigé par les Jésuites, et occupe ensuite plusieurs postes dans l'administration militaire: commissaire des guerres en Flandre, intendant de l'armée de Turenne, commissaire du Quesnoy, une importante place forte qu'il défend contre les Espagnols et, en 1655, à l'âge de 30 ans, intendant du Hainaut, un important territoire qui s'étend au nord de la France et englobe une partie considérable de la Flandre (Belgique).

Créé au cours des années 1630 par le cardinal de Richelieu (1585-1642), chef du Conseil du roi Louis XIII et son principal ministre, le poste d'intendant vise à rétablir et à imposer partout l'autorité royale pour contrer les derniers pouvoirs du système féodal qui tire à sa fin. Le rôle de l'intendant est primordial dans l'administration civile française. Il contrôle la justice, c'est-à-dire les lois et ceux qui les appliquent, l'ordre, soit les règlements de tous genres et il veille aux finances générales de son territoire. La perception des taxes et des impôts, la réglementation des prix, les approvisionnements de l'armée, la construction et l'entretien des routes et des canaux ainsi que l'exploitation des mines sont autant de domaines qui relèvent de son autorité. En définitive, l'intendant remplit des fonctions multiples et possède des pouvoirs très étendus. Talon demeure intendant du Hainaut pendant 10 années, soit de 1655 à 1665.                         

Envoyé par Colbert en Nouvelle-France, il en est le premier intendant de 1665 à 1668 et de 1670 à 1672.  La Nouvelle-France, avant l'arrivée de Jean Talon, est sous-peuplée et le commerce de la fourrure, assise économique principale du pays, est désorganisé après la destruction de la Huronie par les Iroquois entre 1648 et 1650. Les années qui suivent sont pénibles. Privée de ses intermédiaires et alliés commerciaux, les Hurons, la Compagnie des Cent-Associés néglige ses obligations de peuplement tout en accumulant les déficits. Les coloniaux, quant à eux, réclament de plus en plus fort des secours militaires pour mater les Iroquois et rouvrir la route de la fourrure. L'envoi du régiment de Carignan-Salières et la nomination d'un intendant en Nouvelle-France s'inscrivent dans la réorganisation complète  de la colonie.  Dès son entrée en fonction, Jean Talon constate les immenses possibilités de la Nouvelle-France. Selon lui, Québec, fortifiée et peuplée comme il se doit, pourrait devenir le centre d'un État considérable. Mais le ministre Colbert, en France, le ramène à des vues plus modestes et lui rappelle que la principale fonction d'une colonie est d'être au service de la métropole. L'intendant entreprend alors, dans la mesure de ses moyens, de développer la Nouvelle-France, demeurée jusque-là embryonnaire à bien des égards. L'essor qu'il entend insuffler à la colonie repose donc sur l'accroissement de la population, sur son développement économique et sur la recherche de nouvelles routes et de nouvelles richesses par le moyen des explorations.

Outre le peuplement et la colonisation, Jean Talon entretient de hautes visées commerciales pour la colonie. Ses objectifs principaux consistent à mettre sur pied un commerce d'exportation dans différents domaines. Mais avant de produire des surplus, la colonie doit atteindre un seuil d'autosuffisance plus élevé.

L'expansion territoriale de la Nouvelle-France connaît, sous l'impulsion de Jean Talon, un essor sans précédent. Sous son administration, les trois quarts de l'Amérique du Nord passent sous domination française. Cet empire demeure cependant fragile, car il est difficile de l'occuper et de le défendre en raison de son faible taux de peuplement. Après le départ de Jean Talon et malgré que ses efforts aient permis de faire doubler la population en moins de six ans, la colonie, en 1673, ne compte environ que 6700 personnes d'origine européenne alors que sa voisine, la Nouvelle-Angleterre, atteint déjà les 120 000 habitants.

Jean Talon meurt, à l'âge de 68 ans, le 14 novembre 1694, à Châlons-sur-Marne, son village natal.