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Analyse sociale et politique
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La conférence a été présentée à quelques reprises entre 2001 et 2004.  La version ci-jointe renferme la dernière mise à jour (2004).

Le Québec et la culture McDo - 2004

La crise des valeurs

En ce début de millénaire, nos sociétés se cherchent.  Aucun des fondements des États ne semble épargné par une vague de remises en question.  À l’échelle planétaire, les dirigeants actuels demeurent traumatisés par le brutal effondrement de l’architecture politique édifiée après la Seconde guerre mondiale et par l’attentat du 11 septembre dernier.

En Occident, tout le système de valeurs se trouve lui-même ébranlé par la fin de la guerre froide, par l’écroulement de l’Union soviétique et par certains conflits qui enveniment l’existence de tout le monde.  Que l’on pense à la guerre israélo-palestinienne.  Verrons-nous la fin un jour ?

Avec la disparition des certitudes géo-politiques et l’absence de projet collectif valable, nous vivons un désenchantement profond. 

Nous nous retrouvons dans un monde bousculé par de formidables mutations technologiques, par la persistance des désordres économiques et par la montée des périls écologiques.

Ces trois faisceaux de troubles se traduisent, notamment, par un désarroi social, l’explosion des inégalités, l’apparition de nouvelles formes de pauvreté et d’exclusion, la crise de la valeur-travail, le malaise du pouvoir, le chômage de masse, la progression de l’irrationnel, la prolifération des nationalismes, des intégrismes et par un essor du racisme.

Deux nouveaux paramètres sont apparus: la communication, c’est la rivalité de plus en plus grinçante entre les pouvoirs et les médias de masse.  L’autre paramètre est le marché: les lois du marché deviennent le modèle vers lequel tendent désormais tous les secteurs d’activités.  Ce système est planétaire, permanent, immédiat et immatériel, il est le fer de lance de la mondialisation.  et au coeur de ce système: l’argent.  On y consacre à son soin plus d’intelligence et de ressources qu’à sortir les hommes en difficulté à travers le monde.  Et les lois du marché sont incapables d’anticiper l’avenir des hommes.

La  loi du marché pour nos sociétés, est le critère, le guide, la valeur suprême; elle fascine et aveugle. 

Et le Québec fait partie de cette crise planétaire.

La pensée unique

Cette loi du marché est devenue une doctrine, un dogme, elle est devenue la pensée unique.  C’est la traduction en terme idéologique à prétention universelle des intérêts d’un ensemble de forces économiques, celles en particulier, du capital international.

C’est la Banque mondiale, le Fond monétaire international, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Organisation mondiale du commerce (OMC),  qui prend la place du Gatt  et combien d’autres.

Ces organisations enrôlent au service de leurs idées, à travers toute la planète, de nombreux centres de recherches, des universités, des fondations, lesquels, à leur tour, affinent et répandent la bonne parole. 

Ce discours anonyme est repris et reproduit par les principaux organes d’information économique: que l’on pense au Wall Street Journal, au Financial Times, à  The Ecomonist, au Financial Post, au Journal des affaires, plus près de nous. Et ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que toutes ces bibles sont la propriété de grands groupes industriels ou financiers.

Et un peu partout sur la planète, des facultés de sciences économiques, des journalistes, des pseudo-penseurs, des hommes politiques reprennent les principaux commandements de ces nouvelles tables de la loi et par le relais des grands médias de masse, qui appartiennent aussi aux grands groupes financiers: Turner, Murdoch, Asper, Desmarais, Péladeau; ceux-ci les répètent à profusion.  Ils savent pertinemment que dans nos société médiatiques, répétition vaut démonstration.

La pensée unique, c’est l’économie qui est débarrassée du volet social dont la lourdeur cause les crises, selon les nouveaux apôtres.

La pensée unique, c’est le marché qui corrige les dysfonctionnements du capitalisme, toujours selon les mêmes apôtres.

La pensée unique, c’est le marché financier qui oriente et détermine le mouvement général de l’économie.  Que l’on pense aux pays du sud-est asiatique, à la Russie, au Brésil, au Mexique, à l’Argentine et à combien d’autres pays.

La pensée unique, c’est le libre-échange sans rivages qui développe le commerce et donc les sociétés.

La pensée unique, c’est la division internationale du travail qui modère les revendications syndicales et abaisse les salaires.  Que l’on pense à NIKE qui fait faire ses souliers à 1$ l’unité en Asie et qui les revend à 100$ l’unité chez nous.

La pensée unique, c’est la déréglementation, c’est la privatisation, c’est la monnaie forte.

La pensée unique, c’est toujours moins d’interventions de l’État.  On parle abondamment des canards boiteux de l’État, mais parle-t-on souvent des retentissantes faillites de nos capitalistes avertis ?  Les Enron, les Adelphia, les Vivendi, les Nortel......

La répétition constante, dans tous les médias, de ce catéchisme par presque tous les hommes politiques, lui confère une telle force et rend alors fort difficile la résistance à cette intimidation.

On en viendrait presque à considérer que les 60 millions de chômeurs occidentaux, le désastre urbain, la précarisation générale, la corruption, les banlieues en feu, le saccage écologique, le retour des racismes, des intégrismes et des extrémistes religieux, et la marée des exclus sont de simples mirages, des hallucinations dans ce meilleur des mondes qu’édifie, pour nos consciences anesthésiées, la pensée unique.

Et le Québec fait partie de ce centre d’achats planétaire.

Notre photo de famille planétaire

• Dans les trente dernières années, l’écart entre les pays les plus prospères et les plus démunis a été multiplié par cinq.  L’Angleterre, aujourd’hui a le même écart de richesse/pauvreté que le Nigeria.  Une réussite de Madame Thatcher.

• Actuellement, plus d’un milliard de personnes survivent avec moins de 1$ par jour.

• Deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau.

• Une personne  meurt de faim à toutes les 4 secondes sur notre planète.

• Les pays les plus développés investissent 500 milliards de $ par année en diverses subventions dans leur agriculture, mais seulement 10 milliards de $ dans les subventions à l’agriculture des pays sous-développés.

• Quatre millions d’enfants meurent chaque année de malnutrition.

• L’Afrique noire, en particulier, apparaît comme un continent sinistré: on y retrouve les vingt-cinq pays les plus défavorisés de la planète et quelques-uns des conflits les plus meurtriers.

• À tout cela, il faut ajouter la dégradation de l’environnement, le gaspillage des ressources de la Terre, l’explosion des mégalopoles, la montée des mafias liées au trafic des armes et de la drogue, la prolifération nucléaire, l’effet de serre, la désertification, les déplacements de population.

• Et on mondialise tous ces phénomènes.  La main invisible règle l’ensemble des activités humaines.

• Et le Québec fait partie de cette comédie humaine.

La pensée unique: une non-pensée produisant une non-société

À ce stade-çi, nous nous devons de dénoncer nos élites, toutes catégories confondues, qui appliquent “le tout se vaut, le tout est vu, le tout est vain”, qui se moulent à l’intégrisme néo-libérale pour ne pas dire rétro-libérale.  Lisez régulièrement certaines chroniques dans La Presse,  Le Soleil et même La Voix de l’Est, c’est instructif.

Mais aussi, nous nous devons de décrier le désengagement du citoyen face à l’activité civique, il est silencieusement coupable de cette régression.  Il déclare simultanément: “si l’État est trop fort, il nous écrase, s’il est trop faible, nous périssons”Le moins d’État est à la mode.

Ce qui caractérise notre monde contemporain ce sont, bien sûr, les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, mais ce qui frappe surtout, c’est l’insignifiance (ce qui ne représente aucun intérêt; insipide, médiocre, nul; qui n’est pas important; qui n’a pas de sens).

Prenons un exemple.  Jean Chrétien et Brian Mulroney disent la même choses.  Jean Chrétien, en 1993 disait, je vais faire autre chose: la TPS, le libre-échange,  le contrat des hélicoptères: tout cela va passer au bout du pont.  Il a fait son élection là-dessus, il a gagné son élection là-dessus. Qu’est-ce qu’il a fait après sa victoire ? Il a fait la même politique que Brian Mulroney. 

Les responsables politiques sont impuissants.  La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est de suivre le courant, c’est-à-dire appliquer la politique ultralibérale à la mode.  Ils n’ont aucun programme.  Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir, et pour cela ils sont capables de tout.

Il y a un lien entre ce devenir nul de la politique et la prolifération des insignifiances dans les autres domaines.  Nous y reviendrons plus tard.  Ce que nous pouvons dire, c’est que tout conspire à étendre l’insignifiance.  Mais revenons  à la politique.

La politique est un métier bizarre.  Elle présuppose deux capacités qui n’ont aucun rapport entre eux.

La première, c’est d’accéder au pouvoir.  Si on n’accède pas au pouvoir, on peut avoir les meilleures idées du monde, cela ne sert à rien; ce qui implique donc un art de l’accession au pouvoir.

La seconde capacité, c’est, une fois qu’on est au pouvoir, c’est de savoir gouverner.  Rien ne garantit que quelqu’un qui sache gouverner sache pour autant accéder au pouvoir.  Et l’accession au pouvoir ne garantit pas la capacité de gouverner.

Le phénomène Dumont à l’heure actuelle représente très bien la confusion de “Monsieur et Madame Tout-le-Monde”.  La très grande majorité de la population ne connaît rien du programme de ce “jeune-vieux” politicien, mais un fort pourcentage de la population souhaite qu’il soit le prochain premier ministre.  Nous nous préparons notre prochaine catastrophe. 

Dans la monarchie absolue, pour accéder au pouvoir il ne fallait que flatter le roi ou  être dans les bonnes grâce de Mme de Pompadour.

Aujourd’hui dans notre pseudo-démocratie, accéder au pouvoir signifie être télégénique, être capable de flairer l’opinion publique et dire ce que les gens souhaitent entendre.  Aucune, mais aucune vision de l’avenir.

Je dis pseudo-démocratie, parce ce que,  comme l’écrivait Jean-Jacques Rousseau la démocratie représentative n’est pas une vraie démocratie.  Nous nous croyons libres parce qu'à tous les quatre ou cinq ans, nous élisons nos représentants.  Nous sommes libres un jour pendant quatre ou cinq ans, le jour de l’élection, c’est tout.  Les options sont campées, définies et incontournables.  Durant quatre ans ou cinq ans, vous êtes POUR ou vous êtes CONTRE.  Et comme nous l’avons déjà souligné, les politiciens feront ce qu’ils nous avaient promis de ne pas faire.  Vous vous souvenez, il y a un politicien qui avait convaincu pas mal de monde “que non voulait dire oui”.

Conséquence: c’est la désillusion.  On observe alors un recul de l’activité des gens et c’est alors le cercle vicieux.  Plus les gens se retirent de l’activité, plus quelques bureaucrates, politiciens, soi-disant responsables prennent le pas: ils prennent l’initiative parce que les gens s’en désintéressent.  De plus en plus nous voyons l’apparition de “clones” et le cercle vicieux se poursuit.  C’est comme les saucisses.

Au Québec, nous sommes passées de la sociale-démocratie à la sociale-bureaucratie.  Et certains partis politiques veulent lui faire vivre des cures d’amaigrissements quand au contraire, il faudrait que son influence soit plus grande.

Un autre événement influence grandement le développement de notre non-société planétaire, de notre centre d’achats planétaire.

Tout le monde, nous devrions plutôt dire, beaucoup de monde ont applaudi l’effondrement de l’URSS en 1991 et du communisme. 

Qu’on fait alors beaucoup de nos brillants intellectuels ?  Ils ont ressorti le libéralisme pur et dur du début de XIXe siècle, libéralisme pur et dur qu’on avait combattu pendant cent-cinquante ans et qui avait conduit nos sociétés, notre planète à la catastrophe.  1929 et la crise des années 30, c’est le produit de nos ténors du libéralisme économique le plus sauvage.  Or depuis la chute de l’empire soviétique, les Thatcher, les Reagan, les Harris, les Klein de notre fin de siècle se pourlèchent les babines.

De grâce réactivons Karl Marx.  Laissé le capitalisme à lui-même nous garantit la répétition des années 30.  Tout cela est démontré.  Cela n’a pas marché, mais les représentants du libéralisme ressuscitent leurs arguments.  Ils se sentent en sécurité, l’opposition idéologique est faible.

Il nous faut une résurgence d’une critique puissante de notre système, il faut que les gens se réactivent pour que nous puissions envisager sortir de ce conformisme généralisé.

Un petit détail:  un magazine a publié récemment une statistique indiquant que 60% des députés avouent ne rien comprendre à l’économie.  Des députés qui décident de tout et tout le temps.  Pas très rassurant.

Nous devenons des “clones”

La culture mondiale est moins hostile qu’indifférente... et c’est ce qui est dangereux.  Les institutions actuelles repoussent, éloignent, dissuadent les gens de participer aux affaires de la planète.

Nous vivons sur une planète que nous sommes en train de détruire alors que nous devrions être les jardiniers de cette planète.  Il faudrait la cultiver.  Or, nous ne sommes pas seulement très loin de cette préoccupation, mais qui plus est, nous ne nous l’imaginons même pas.

L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote - une télé dans chaque chambre, un ordinateur dans chaque chambre.  C’est cela qu’il faut détruire.  Le système s’appuie sur cet imaginaire-là.  Nous nous acculturons d’une façon continue.  Nous devenons paresseux.

Nous écoutons la pop music agrémentée de rythmes latinos et reggae, nous mangeons des Bic Mac servis avec  du vin français,  Mickey parle français à Disneyland-Paris et nous allons nous ressourcer en Floride une fois l’an.

Mais, en bout de compte, Musique Plus, MacDonald’s et Disneyland sont avant tout des icônes de la culture américaine, des chevaux de Troie des États-unis s’immisçant dans notre culture, dans nos cultures.  Le McDo américain se pare de toutes les couleurs de nos cultures.

Le McDo, ce sont les États-Unis qui se projettent dans un avenir façonné par des forces économiques, technologiques et écologiques qui exigent l’intégration et l’uniformisation.  Toutes les villes américaines ont un stade au centre-ville, Montréal doit avoir le sien pour avoir le droit d’être considéré dans le McDo planétaire.

C’est un avenir qui rassemble tous les pays dans un vaste Disneyland mondial.  C’est un centre commercial mis en réseau par des technologies de l’information, les échanges commerciaux et l’industrie du spectacle.  Même dans les endroits où les forces de la religion s’opposent au McDo, celui-ci fait mieux que ses adversaires. 

Les talibans de l’Afghanistan et les intégristes iraniens ont peut-être une oreille tendue vers les mollahs et les ayatollahs qui les exhortent à la guerre sainte, mais l’autre oreille est tournée vers Star Television de notre ami Murdoch qui retransmet pour la énième fois par satellite la série “Dynastie”.

En Europe, en Asie et en Amérique, les marchés ont déjà laminé les souverainetés nationales et on donné naissance à une nouvelle culture: celles des banques internationales, des organisations commerciales, des lobbies transnationaux (OPEP), des services mondiaux de l’information (CNN. BBC, SkyWorld) et des firmes multinationales.

Ce sont les nouveaux souverains du monde et les États-nations ne sont plus capables de maîtriser leur vécu quotidien.

Les États-nations qui sont devenues des marchés exigent non seulement une monnaie commune: le dollar US, mais aussi une langue commune: l’anglais.  De plus, ils engendrent des comportements partout identiques: un “way of life” identique, urbain, cosmopolite.  Michael Jordan, Bill Gates, Céline Dion, Tom Cruise, Julia Roberts ont tous les mêmes traits: sans religion,sans culture, sans appartenance sauf la culture McDo: culture réduite à l’état de denrée, où l’habit fait le moine, où le look devient une sorte d’idéologie.

Les nouveaux produits sont moins des biens que des images contribuant à créer une sensibilité planétaire, véhiculée par des logos, des stars, des chansons, des marques et des jingles.

Ces valeurs ne sont pas imposées par des gouvernements coercitifs ou des systèmes éducatifs autoritaires; elles sont transfusées dans la culture par des pseudo-produits culturels: films ou publicité, dont sont dérivés un ensemble de biens matériels, d’accessoires, de modes et de divertissements.

Le Roi Lion, Jurassic Park, E.T. et Titanic   ne sont pas seulement des films, mais ce sont aussi de véritables machines à commercialiser de la nourriture, de la musique, des vêtements et des jouets.

La culture américaine universelle de type McDo est irrésistible.

Au Japon, par exemples, les hamburgers et les frites ont pratiquement remplacé les nouilles et les sushi; les adolescents japonais se battent avec des expressions anglaises dont ils perçoivent à peine la signification: ça fait plus cool.

En France où, il y a moins de quinze ans, des puristes de la culture faisaient la guerre aux dépravations du franglais, et bien la santé économique de la France se mesure maintenant au succès de Disneyland-Paris et pour le Québec, c’est d’avoir un stade au centre-ville.

Toujours en France, l’apparition soudaine de l’Halloween comme nouvelle fête stimule le commerce dans la période calme qui précède la fête de Noël.  La France s’américanise.

Plus près de nous, quelle différence, y-a-t-il entre Toronto, Edmonton, Vancouver, Seattle, Chicago et Détroit ?  Tous des “clones”.

Nous avons vu le Titanic, nous mangeons chez McDo, nous écoutons Céline Dion, nous portons des NIKE, nous adorons Michael Jordan et Léonardo Di Caprio est le gendre rêvé de toutes les belles-mères de la terre.  Et je ne parle pas des “snowbirds” qui passent leur hiver en Floride et des grands-parents qui passent plus de temps devant les machines à sous du Casino qu’à échanger avec leurs petits-enfants.   C’est l’uniformisation par le bas.  On devient des “clones” bas de gamme.  Nous consommons de l’insignifiance.

Les firmes géantes jouent souvent un plus grand rôle dans les affaires internationales que les nations. 

“Sur la planète Reebok, il n’y a pas de frontières” claironnait la campagne de publicité du fabricant de chaussures de sports.

Aux États-Unis, sur un autocollant populaire en faveur du protectionnisme, on pouvait lire: “Les vrais américains achète américain”.  Quelle est la voiture la plus américaine ? La Chevrolet, un nom suisse,  fabriqué au Mexique avec des pièces achetées et importées de la Corée du Sud, puis réexportée aux États-Unis pour des consommateurs pensant acheter américain.

C’est la Ford, fabriquée en Allemagne par de la main-d’oeuvre turque pour être exportée au Nigeria.

C’est la nouvelle Beetle Volks de conception allemande, fabriquée au Brésil et vendue au Canada.

Ainsi définie, la mondialisation devient compatible avec la conception traditionnelle de la souveraineté nationale.

Pour créer une demande mondiale de produits américains, les besoins doivent également être fabriqués à la même échelle.

Pour Coca-Cola, Marlboro, Nike, Hershey, Levi’s, Pepsi ou McDonald, vendre des produits américains, c’est vendre l’Amérique: sa culture populaire, sa prétendue prospérité, son imaginaire et même son âme. 

La publicité porte autant sur les symboles que sur les biens, et elle ne vise pas seulement à commercialiser des produits, mais elle veut mettre en avant-plan des styles de vie et des images: c’est le citadin aisé, la star bonne enfant d’Hollywood, le politiquement correct, les noirs genre rappeurs décontractés à la Micheal Jordan et non le noir marginal vivant de l’aide sociale et promis à la prison.

Styles de vie et images, des exemples: Coca-Cola, aux Indes, à déclarer la guerre à la culture indienne du thé, car cette tradition du thé met les ventes de Coca-Cola en danger.

La tradition des dîners pris à la maison dans les pays méditerranéens fait obstacle au développement des chaînes de fast-foods.  Ces chaînes de style McDo sapent les valeurs familiales autant que tous les films qui viennent d’Hollywood.  Dans la culture fast-food, le travail est primordial et les relations humaines secondaires.  Le rapide prend le pas sur le lent.  Le simple l’emporte sur le complexe.

Saviez-vous que des transports en commun efficaces freinent les ventes d’automobiles et portent ainsi ombrage aux industries de l‘acier, du ciment, du caoutchouc et du pétrole.

Le mode de vie agricole traditionnel est difficilement compatible avec la consommation télévisuelle.

Les gens qui ne s’intéresse pas au sport à la télévision risquent de ne pas acheter de chaussures de sport.

Les fabricants de cigarettes doivent cibler les jeunes puisque leurs produits ont tendance à décimer leurs plus vieux consommateurs.

Les nouveaux gadgets technologiques devaient nous libérer du travail.  En guise de résultats: le fax, le téléphone cellulaire et tous les modems pour ordinateurs, nous livrent au contraire au “travail partout et tout le temps”.

Le baladeur, c’est une invitation pour écouter de la musique au bureau ou dans nos temps libres.  Il pousse à acheter des cassettes pour vingt-quatre heures d’écoute quotidienne.  Il entraîne d’autres consommations liées au jogging: cassettes et chaussures de sport.  Inversement, les chaussures de sport font vendre des baladeurs et des cassettes.

Après avoir dompté Le Roi Lion   et annexé Times Square, Walt Disney a acheté le réseau ABC pour la somme de 19 milliards et possède l’équipe de baseball des Angels de la Californie et l’équipe de hockey des Mighty Ducks d’Anaheim. La chaîne News Corporation de Rupert Murdoch s’est offert les Dodgers de Los Angeles pour animer son réseau Fox Television pour concurrencer les Braves d’Atlanta de Ted Turner a qui appartient Time-Warner, CNN et TBS; et les Marlins de la Floride, les Dolphins de Miami et les Panthers de la Floride  ont longtemps été des jouets de Wayne Huizinga propriétaire de la chaîne vidéo Blockbuster.

Pourquoi posséder des réseaux de diffusion ou des chaînes câblées si l’on a pas de programmes à proposer.

Ce concept d’intégration pourrait s’appeler un monopole des styles de vie et de l’image.

Revenons à Disney.  C’est l’un des propriétaires majeurs du McDo planétaire.  Disney possède non seulement des studios de production, des parcs à thème, des équipes sportives, mais aussi des maisons d’édition, des stations de télévision, des journaux, des villes nouvelles... Un chef d’entreprise s’est émerveillé de la stratégie commerciale de Disney, qui, en rachetant le réseau ABC, a atteint une dimension plus que mondiale: une dimension universelle.

Sur le même modèle, Paramount acquiert Simon et Schusters, qui détient le Madison Square Garden de NY, l’équipe de basket des Knicks de NY, l’équipe de hockey des Rangers de NY et qui vient d’être rachetée par le câblo-opérateur Viacom qui eux possède les Yankees de NY.

Le gros poisson est mangé par plus gros que lui.  Imaginez où se retrouve les Expos dans cet univers.

Si on est concepteur informatique,  on rachète des sociétés de logiciel, c’est Bill Gates et on installe gratuitement Explorer sur tous les ordinateurs équipés du logiciel Windows afin de mettre son concurrent Netscape hors jeu.  Si on est propriétaire d’une chaîne de télévision comme Ted Turner, il est tout a fait naturel de posséder la MGM et la Time-Warner. 

Sur une petite échelle, au Québec, au Canada, Desmarais, Asper et Péladeau contrôlent quasiment 100% des réseaux d’information si l’on excepte la CBC et Radio-Canada.

Dans notre McDo planétaire, la théorie du pluralisme des valeurs et de la liberté de choix est en train de disparaître dans la pratique.  Nous devenons des “clones” des américains,

Se pourrait-il que les gouvernements que nous souhaitons démanteler, sous la pression de nos nouveaux dieux, soient en bout de ligne les seuls garants de nos libertés et de nos intérêts ?

Ce qui faut savoir, c’est que détruire nos gouvernements, ce n’est pas nous émanciper, mais c’est plutôt nous faire passer sous le joug des entreprises mondiales, de notre McDo planétaire. 

Le Québec, le Canada devenant ainsi une boutique spécialisée et exotique du centre d’achats planétaire.

Un petit mot sur notre AMI (Accord multilatéral sur l’investissement)

Imaginez un traité de commerce autorisant les entreprises multinationales et les investisseurs à poursuivre directement en justice les gouvernements pour obtenir des dommages et intérêts en compensation de toute politique ou action publique qui aurait pour effet de diminuer leurs profits.  Fiction, pas du tout.  C’est notre AMI.

Cet accord, de justesse, n’a pas été ratifié.  Mais soyez assuré que d’ici peu, elle refera surface.  Le grand  ”boss” de l’Organisation mondiale du commerce, décrivait notre AMI comme étant “la première page de la Constitution universelle d’une économie mondiale unifiée”.

L’AMI établit une série de droits et d’obligations.  Par contre, une nuance importante différencie notre AMI des autres accords internationaux.  Les droits y sont réservés aux entreprises et investisseurs internationaux, tandis que les gouvernements assument toutes les obligations.  Un petit détail sur notre AMI, un État une fois  qu’il fréquente notre AMI est obligé de vivre avec lui durant vingt ans.

Exemple:

Droits des investisseurs: droit absolu d’investir, d’acheter des terrains, des ressources naturelles, des services de télécommunications ou autres, des devises et ce dans des conditions de déréglementation ne présentant aucune restriction.

Obligation des gouvernements: Obligation des gouvernements à garantir aux investisseurs la pleine jouissance de leurs investissements. D’indemniser les investisseurs et les entreprises en cas d’intervention gouvernementales susceptibles de restreindre leur capacité à tirer profit de leur investissement.

Nous devons savoir que l’AMI n’est pas encore en vigueur, mais d’autres traités existent, l’ALENA, entre autres.  Une compagnie américaine a gagné face au gouvernement canadien une action de 251 M $ US parce que le gouvernement canadien avait interdit un additif à l’essence qui endommageait les dispositifs antipollution des automobiles,  Ça ne vous rappelle rien: auto, acier, béton, pétrole, etc...

L’AMI, notre première page de la nouvelle constitution universelle, c’est: • une définition ultralibérale du capitalisme; • la soumission inconditionnelle des États; • l’incapacité à formuler des différences et des exceptions;  • une libéralisation irréversible.

Ce qu’il faut retenir, en fin de compte, c’est que notre AMI a été négocié à huis clos.

Une planète responsable et solidaire

Si nos sociétés continuent longtemps à vivre et à se développer de cette façon, l’humanité s’autodétruira et le Québec avec.

Pour éviter cette destruction nous nous devons de transformer profondément notre manière de penser et de vivre.  Cette transformation engage chacun de nous.  Mais chacun est impuissant si son action et ses volontés ne convergent pas avec celles de millions et de milliards d’autres.

La stratégie à inventer pour assurer notre survie et notre épanouissement doit respecter nos caractères uniques qui nous lient et nos diversités qui nous enrichissent.

Les priorités varient d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre.  Et ces variations n’interdisent pas un accord sur l’essentiel.

Dans notre monde coexistent d’un côté des besoins fondamentaux non satisfaits, des ressources gaspillées et détruites et, de l’autre, des capacités de travail et de créativité insoupçonnées.

Nous souffrons de trois déséquilibres: • entre le nord et le Sud de la planète; • entre les riches et les pauvres au sein de chaque société; • entre les hommes et la nature.

Nous n’avons pas su canaliser au profit de tous les hommes nos formidables capacités à comprendre, à entreprendre et à créer.

Quelques  principes peuvent être formulés pour assurer la diversité des cultures, des sociétés et des hommes et de là, la survie de la planète.

Principe de sauvegarde (1)

La terre que nous ont léguée nos ancêtres n’est pas à nous seuls; nous la devons aux générations futures.  Nous devons sauvegarder les biens essentiels: l’eau, l’air, les sols, les océans, les êtres vivants et les grands équilibres nécessaires à cette vie.

Principe d’humanité (2)

Chaque être humain doit avoir la possibilité de disposer de l’essentiel et d’avoir une vie digne, le respect, l’équité et la solidarité entre les hommes et entre les société, le respect de la nature.

Principe de responsabilité (3)

Les individus, les entreprises, les États, les organismes internationaux ont à assumer leurs responsabilités dans la construction d’une harmonie des sociétés et des hommes entre eux et avec leur milieu; ils doivent le faire à la mesure de leur richesse et de leur pouvoir.  Les peuples sont co-responsables du destin de l’humanité.

Principe de modération (4)

Nous devons apprendre à refréner notre cupidité.  Les plus riches, ceux qui sont pris dans le tourbillon du gaspillage, ils ont à réformer leur mode de vie, modérer leur consommation, apprendre la simplicité.

Principe de diversité (5)

La diversité des cultures, comme celles des êtres vivants, est un bien commun qu’il est du devoir de tous les hommes de préserver.  La diversité des civilisations est la meilleure garantie de la capacité de l’humanité à inventer des réponses adaptées à l’infini diversité des situations, des défis et des milieux.  Les ressources de la planète doivent être protégées, dans le respect des communautés.

Principe de citoyenneté (6)

Nous devons apprendre à nous considérer et à considérer tous les êtres humains comme des membres à part entière de l’immense communauté humaine.

Et peut-être un septième...

Principe de prudence (7)

Les sociétés humaines ne doivent  mettre en oeuvre de nouveaux produits ou de nouvelles techniques qu’une fois acquise la certitude et la capacité d’en maîtriser les risques présents et futurs.

Ces quelques principes semblent bien limités et dispersés par rapport aux dynamiques majeures qui entraînent la planète aujourd’hui.  Ce qui prédomine actuellement, c’est un profond sentiment d’impuissance.  Chaque société, prise isolément, semble paralysée devant l’ampleur des transformations à entreprendre.  Chacun, individu, entreprise ou État sait qu’il faut agir, mais se résigne à ne rien faire, attendant que les autres commencent ou que les décisions soient prises... ailleurs.

Des priorités particulières se font jour dans chaque région du monde.  Les pays les plus riches sont principalement confrontés à de nouvelles formes d’exclusion et à la nécessité de revoir en profondeur leur mode de vie. 

Les pays de l’ancien ensemble soviétique ont à faire face à un chômage de grande ampleur, à la conversion d’un système de production inefficace, aux menaces des installations nucléaires militaires et civiles et au délabrement de leur environnement.

Les nouveaux pays industrialisés se signalent par une exploitation forcenée des hommes et des milieux.

Les pays les plus pauvres ont des difficultés à maîtriser la croissance de la population, à endiguer l’extrême pauvreté, à sauvegarder les eaux et les sols, à développer des moyens scientifiques et technologiques réellement enracinés dans leur culture et adaptés à leurs situations.

Nous ne devons pas être timides.  Nous avons un devoir d’audace.  Il nous faut, parmi les différents futurs possibles, tracer, sur la base de nos valeurs communes, l’esquisse d’un futur souhaitable; puis concevoir un ensemble cohérent d’actions qui répondent aux urgences d’aujourd’hui et soient à l’échelle des défis de demain.

Au niveau des individus, des citoyens et des consommateurs, commençons par nous, l’éducation, l’information, la prise de conscience, l’affirmation de la dimension éthique doivent contribuer à faire évoluer les systèmes de valeurs et les comportements, avec des effets aussi bien au plan local, qu’aux plans régional et mondial.

Alors nos petits-petits-enfants à l’horizon de 22e siècle pourront espérer un nouvel équilibre entre les hommes et la planète tant au niveau des modes de vie que des marchés de production. 

Souhaitons-le nous.