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Analyse sociale et politique
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Conférence prononcée par Bernard Fournelle au Club de l’Âge d’Or Princesse de Granby, le 6 juin 1999.  Cette conférence a été prononcée, le 8 juin 1999, au Congrès de l’AQDR de la Montérégie à Châteauguay ainsi qu’au Forum Alzheimer du Québec, à Trois-Rivières, le 30 septembre 1999.

L’hébergement alternatif – 6.06.1999

En 15 minutes, je vais tenter de vous schématiser 15 mois de travail.  15 mois de travail, non pas de 15 personnes, mais d’une communauté locale qui a pris en main une partie des réponses à ses besoins.

Mais au départ, je me permets de découdre certains mythes, certains préjugés.

Il faut savoir que le taux d’institutionnalisation est fixé par des experts du Ministère de la santé et des services sociaux au gré des choix politiques. 

On construit et on ferme des places selon les échéanciers électoraux.  Aujourd’hui, on parle de plus ou moins de 5%.  Il a déjà été de 7% et ce pourcentage représente les ressources publiques d’hébergement seulement.  Si nous ajoutons les ressources privées, nous parlons de 13%.

Il faut savoir que le taux d’institutionnalisation est fixé à partir d’une réalité comptable et financière et que nous développons par la suite une théorie socio-communautaire pour justifier ce choix.  Il faut savoir qu’aujourd’hui, nos gourous sont financiers.

•  Un mythe

On peut se faire accroire et se donner une belle jambe que le réseau public reçoit moins de clients (48 000 personnes * 40%).  Mais le réseau privé a rapidement pris la relève et qu’il est en sur-développement (72 000 personnes * 60%).  Depuis 10 ans, le réseau privé a cru de 500%.

C’est quoi en bout de ligne la différence entre la Résidence ou les appartements du Bel Âge qui accueille 150 locataires et le CHSLD de St-Honoré des Pompons, où l’on retrouve 150 usagers.  C’est le propriétaire qui vous prend en charge au lieu d’être un intervenant.

Qui plus est, on institutionnalise à la baisse la notion de vieillissement.  Vous êtes maintenant dans l’âge d’or à 50 ans.  Vous avez accès à un modèle institutionnel d’hébergement à partir de l’âge de la pré-retraite.

Donc globalement, le Québec institutionnalise plus aujourd’hui qu’il y a dix ans.

•  Un préjugé

Historiquement, nous avons attaché la notion de ghetto à la réalité  institutionnelle.  Là aussi nous devons constater une belle dérive de la pensée.  Ghetto pour ghetto, c’est quoi la différence entre vivre à notre résidence ou à nos Appartements de Bel Âge, du domaine privé; ou dans le CHSLD de St-Honoré des Pompons, du domaine public ou même d’être confiné à domicile depuis dix ans au troisième étage sans ascenseur.

Aussi nous devons reconnaître que le phénomène de l’institutionnalisation se développe parallèlement à l’éclatement de la cellule familiale traditionnelle et à ce que je sache, il n’y aura pas de retour en arrière.

Ceci étant dit... Un peu d’histoire...

Il faut savoir qu’à travers l’hébergement au Québec, nous pouvons voir l’évolution des valeurs de la société québécoise.

Historiquement une responsabilité de la famille, l’hébergement au fil des années fut assumé par l’Etat et nous remarquons depuis quelques années, depuis le début des compressions à la fin des années 80, que l’Etat veut retourner cette responsabilité à la famille ou au milieu de la personne vieillissante.

Dans les cent dernière années, nous sommes passés de la charité publique à la prise en charge de l’Etat, ce que l’on appelle l’État-Providence.

Nous avons connu l’asile, l’hospice, les hôpitaux pour malades chroniques, les centres d’accueil d’hébergement, les centres hospitaliers de soins prolongés, les centres d’hébergement et de soins de longue durée et maintenant, nous parlons d’hébergement alternatif.

D’une personne âgée nécessiteuse et abandonnée par sa famille nous avons aujourd’hui une clientèle en perte importante d’autonomie, perte d’autonomie qui fait apparaître des difficultés permanentes d’adaptation et que son entourage naturel ne peut plus compenser.  Mais il faut aussi savoir que plus de 85% de la population vieillissante vieillit en relative bonne santé.

De la religieuse dévouée au Seigneur, nous retrouvons aujourd’hui des spécialistes toute catégorie.  Une brochette de spécialistes qui affirment tous qu’ils peuvent guérir la vieillesse, fausse représentation à l’état pur.  Qu’ils la fassent vivre, ça sera déjà  un acquis.

Parlons d’hébergement

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’un CHSLD comme le CHSLD Horace-Boivin n’est ni un hôpital et ni un “Club Med”. 

Aussi un CHSLD, ce n’est pas strictement un édifice de 4 ou 5 étages.  C’est une brochette de milieux de vie et ces milieux de vie sont dynamiques et animés.  Et un CHSLD est aussi un acteur important dans la vie d’une communauté.

L’hébergement institutionnel est une avenue comme le maintien à domicile est aussi une avenue possible pour la personne vieillissante et en perte d’autonomie.

Notre complexe résidentiel et sa démarche

Cette démarche nous a été rendu obligatoire par ce que comme organisation nous avions décidé de transformer un de nos trois établissements.  Nous avons pris la gageure que nous pouvions accueillir des personnes en perte importante d’autonomie ailleurs que dans un milieu d’hébergement institutionnel traditionnel.

Notre première action a été de regarder ailleurs ce qui se faisait et qui semblait réussir.

8 scénarios différents furent développés.  Dans une première phase de développement nous en avons retenu 4.

1) Redynamiser et mieux encadrer notre réseau de résidences d’accueil de type familial, ce que nous appelons dans notre jargon des RTF.

2) Développer un réseau de résidences d’accueil que nous appelons spécialisées.  Des résidences d’accueil de type familial adapté sur le plan architectural et dans lesquelles nos personnels peuvent intervenir dans le quotidien.  Ainsi ces résidences peuvent accueillir des cas nécessitant plus de 3.5 hres soins.

3) Développer un réseau d’appartements adaptés et supervisés qui répondent prioritairement aux couples, couple au sens large, et qui fait en sorte que le couple ne se brise pas  parce que l’un de ses membres doit intégrer un CHSLD.  Ce réseau permet d’accueillir un couple dont un de ses membres est en perte importante d’autonomie.  Nos personnel accompagnent 24 heures par jours ces personnes.  Ces appartements sont centralisés.

4) Développer des résidences communautaires qui accueillent des clientèles spécifiques.  Nous y retrouvons 8 personnes dans chacune des résidences.  Présentement 2 résidences sont en fonction:une résidence accueille une clientèle de type Alzheimer et une autre résidence accueille des jeunes adultes atteints d’une maladie dégénérative de type sclérose en plaques.  Ce sont des milieux de vie naturel.  Nos personnels accompagnent ces clientèles et des équipes de bénévoles enrichissent ces milieux de vie.

Parallèlement, nous avons bonifier nos programmes d’hébergement temporaire en milieu institutionnel et nous avons développé un programme d’hébergement transitoire en collaboration avec le CLSC et le CH dans une résidence privée.

Les résidences d’accueil spécialisées, les appartements adaptés et supervisés, et les résidences communautaires se sont développés sans que l’Etat n’investisse un sous.

D’une organisation publique, un CHSLD, nous avons créé des alliances ou des ententes de collaboration avec notre fondation, la Société Alzheimer de Granby et Région et l’Association de la sclérose en plaques de la Haute-Yamaska.

Le Mouvement Desjardins: les 4 caisses de Granby et la Caisse populaire de Waterloo ont  financé à 100% notre projet.

Les appareils syndicaux ont participé  comme partenaire à ce développement. Nous changions radicalement les façons de faire. Ils sont associés à la démarche.

Nous nous devons aussi de souligner la collaboration de L’Armée du Salut du Canada, de la Société canadienne du cancer et de la Société canadienne de la Croix-Rouge, division du Québec qui nous ont légué à un prix d’ami un terrain enchanteur au centre-ville de Granby.

Humblement nous devons avouer aujourd’hui que la réussite est totale.  Nous prévoyons présentement la phase II de ce projet.

Tout ce beau monde avait des besoins, des attentes, des suspicions, des craintes, des préjugés, des rêves.

Mais aussi tout ce beau monde avait une chose en commun: répondre aux besoins d’une population ou d’une clientèle donnée.

Une fois  la planification élaborée, les démarches légales et contractuelles conclues, les programmes définis; le tout s’est réalisé en 4 mois.

Ici je parle du complexe résidentiel qui comprend les 10 appartements adaptés et les 2 résidences communautaires que nous appelons maintenant des pavillons.

Les personnes admises dans nos appartements et dans nos pavillons sont des personnes en perte d’autonomie importante qui sans ce projet se retrouveraient dans un milieu institutionnel.  Elles se retrouvent en lieu et place dans de nouveaux milieux de vie.  Elles se retrouvent dans leur appartement bien à eux ou dans un pavillon à caractère résidentiel.  Certes, ce n’est pas leur milieu de vie dit naturel, mais  ce sont des milieux de vie qui répondent à leurs besoins.

De plus en plus, nous demandons aux communautés locales de se prendre en main.

Encore faut-il que les composantes de cette communauté locale s’interpellent et se parlent.

Encore faut-il que les composantes de cette communauté locale se fassent confiance.

Encore faut-il que les composantes de cette communauté locale mettent en commun ses ressources.

Et dans ce sens, la communauté de la MRC de la Haute-Yamaska a innové: non pas tellement à cause de la brique qui a remplace nos rêves, mais elle a innové par sa capacité de travailler ensemble: le public, le communautaire, le coopératif et le syndical ont construit ensemble un projet unique au Québec.

La recette est simple et facile à appliquer si tout le monde pousse dans le même sens et se respecte mutuellement.

Notre recette

Tout développement de cette envergure doit reposer sur 3 éléments:

1) un modèle d’intervention: entendre une illustration simple et originale de la réalité.  Par définition nous compliquons toujours trop notre réalité environnante.  Nous devons avoir un outil utile et efficace et qui nous sert à l’action;

2)  une équipe dynamique: entendre des individus qui ont des rêves et qui sont prêts à relever des défis;

3)  une gestion participative: entendre que les objectifs sont clairs, la vision éclairée et dynamique de l’avenir et l’utilisation maximale des compétences.

A la fin...

Alors nous parlerons de plan de vie, d’heures-vie et de milieux de vie.  Un milieu de vie, c’est le plateau de travail de la VIE, c’est là où se passe l’action.  Un milieu de vie fait partie intégrante d’une communauté locale.

Pas mal plus intéressant que de parler de milieux de soins aseptisés.