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Analyse sociale et politique
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L’AUTONOMIE DE GESTION D’UN CONSEIL D’ADMINISTRATION DANS UN  MILIEU  D’HEBERGEMENT : 

Utopie ou réalité  ?

Article publié dans la revue Frontières – Revue de l’Université du Québec à Montréal à l’automne 1993 – Vol. 6, no 2


La toile de fond

Le vieillissement accéléré de la population du Québec n’est plus à démontrer.  Les faits sont là... Il faut maintenant agir et offrir des services adéquats aux nombreuses personnes qui vieillissent et ce, dans un contexte socio-économique ne permettant plus un accroissement aussi accéléré de programmes et de services.

Vieillir est une chose, vieillir en santé, ou à tout le moins conservant le plus haut niveau d’autonomie possible, en est une autre.

L’adoption récente de la loi 120 sur la Réforme du système de santé et des services sociaux québécois modifie de façon majeure la configuration du réseau de la santé et des services sociaux et particulièrement le réseau d’hébergement et de soins de longue durée.

Telles sont les trois réalités confrontant  les conseils d’administration ayant vu le jour le 1er octobre 1992.  Ces nouvelles créations de la loi doivent assurer dorénavant le fonctionnement de deux, trois ou quatre établissements différents regroupés sous un seul pouvoir.  A travers un long processus électif, suite à de longues sessions d’information et de formation, en tenant compte de mise en garde de tous et chacun, et des conseils d’experts; un groupe de femmes et d’hommes bénévoles se retrouvent autour d’une table pour servir leur communauté.  Ils sont le résultat de plus ou moins six ans de réflexion, de consultations, de pressions de toutes sortes émanant de toutes parts. D’un projet de loi enthousiasmant, pour les uns, à un projet de loi consacré aux structures, pour les autres; toute la gamme des points de vue est apparente.  Même en s’adressant prioritairement aux structures, cette loi laisse apparaître certains éléments intéressants, à tout le moins, pour les centres d’hébergement et de soins de longue durée.  C’est une bouffée d’air frais et il est possible d’y inscrire des orientations novatrices. 

Des gageures au quotidien

Cette nouvelle organisation doit offrir un milieu de vie:  cette notion n’est pas nouvelle et pour le commun des mortels, elle peut sembler élémentaire.  Mais pour les bénéficiaires [maintenant des usagers (sic)], les personnels, les administrateurs et les familles vivant cette réalité, c’est un autre débat.  L’identité du centre d’hébergement et de soins de longue durée passe par l’affirmation de sa vocation sociale et la préservation de l’action mis sur la qualité de vie et le maintien d’un milieu de vie socialisant.  Cette prédominance de la dimension socialisante fait la spécificité de la philosophie de cette nouvelle organisation tout en répondant aux besoins de la personne dans sa globalité bio-psycho-sociale.  Ce qui revient à dire, que cette nouvelle organisation a à se préoccuper de mettre en place un milieu de vie qui s’apparente au milieu d’origine de ses résidents.  Ce n’est ni un “ Club Med “ pour personnes âgées ou pour adultes en perte d’autonomie, ni un hôpital aseptisé.  C’est un milieu qui valorise le potentiel, si minime soit-il, et non la maladie.  La personne hébergée requiert 3, 4, 5 heures de soins par jour, mais il reste encore 21, 20 ou 19 heures dans la journée.  C’est la première gageure de cette nouvelle organisation: rendre le milieu vivifiant.  Et pour y arriver, il n’est pas assurer qu’il y aura une équation entre les ressources financières et les besoins des personnes hébergées.

Cette nouvelle organisation, comme toutes les autres organisations de la santé et des services sociaux, doit préparer avec la participation de ses personnels un plan d’action pour le développement du personnel.  Ce plan doit contenir des mesures relatives à l’accueil du personnel, à leur motivation, leur valorisation, le maintien de leur compétence, leur évaluation, leur perfectionnement, leur mobilité et l’orientation de leur carrière.  C’est la deuxième gageure de cette nouvelle organisation.  Tout en rendant le milieu vivifiant pour la personne hébergée, l’organisation doit assurer une qualité de vie au travail pour ses personnels.  Et là, aussi, il n’est pas assuré que de nouvelles ressources appuierons ces orientations.  Mais force est d’admettre que ces milieux comptent déjà sur des personnels dynamiques, innovateurs et dévoués.  Cela facilite le cheminement.

Cette nouvelle organisation, comme nous l’avons souligné au début, voit le jour suite à l’intégration de plusieurs établissements.  Etablissements qui ont des cultures propres, des traditions particulières, des histoires spécifiques et des cheminements différents.  C’est la troisième gageure de cette nouvelle organisation.  Elle doit assurer le respect de toutes ces particularités.  Un territoire, c’est bien beau, mais le sentiment d’appartenance à l’institution locale ne peut être écarté du revers de la main.

Des réalités quotidiennes

Un centre d’hébergement et de soins de longue durée est une entreprise, cette organisation a un mandat, des responsabilités, des devoirs, des structures, des clientèles, du personnel comme toutes les autres entreprises, tant du secteur privé que du secteur public.

Cette organisation est régie au niveau de son développement organisationnel par les mêmes règles, les mêmes théories ou les mêmes stratégies de développement que les autres.  Sa survie dépend de sa capacité à assurer à sa clientèle, les personnes hébergées, des services de qualité, sa survie dépend de sa capacité d’adaptation.  Le rendement de cette organisation, comme toutes les autres dépend du dynamisme, de la compétence et de la motivation de son personnel.  Lorsqu’une organisation élabore ses orientations et sa planification, elle doit être sûre du bien-fondé de ses choix.

Dans ce sens, un centre d’hébergement et de soins de longue durée n’est pas différent des autres entreprises.  Donc, le conseil d’administration doit être capable d’évaluer les retombées des orientations qu’il prendra au niveau de la clientèle et  du personnel.  Ce sont-là deux éléments incontournables de la réalité d’un centre d’hébergement et de soins de longue durée.  Ce sont, le personnel et la clientèle, deux éléments majeurs de toutes entreprises.

Ces deux éléments représentent les deux groupes avec qui le centre d’hébergement et de soins de longue durée a à vivre quotidiennement.  Il y a les relations avec les instances ou les partenaires:  la régie régionale, le ministère, les associations professionnelles, les corporations;  il y a aussi d’autres acteurs, que l’on pense aux familles, aux bénévoles, à la communauté;  mais le personnel et les bénéficiaires  représentent les deux univers, les deux ensembles, les plus importants de la réalité du centre d’hébergement.

La gageure, d’un conseil d’administration,  d’une telle organisation est de voir au développement simultané de la qualité de vie au travail et de la qualité des services.  Cette qualité apportera une satisfaction de vie pour les personnes hébergées.

La qualité de vie au travail, c’est  l’application concrète d’une philosophie humaniste, par l’introduction de méthodes participatives, visant à modifier un ou plusieurs aspects du milieu de travail, afin de créer une situation nouvelle, plus favorable à la satisfaction des employés et à l’efficacité de l’entreprise.  L’application d’un tel programme provoquera une plus grande satisfaction du personnel et poussera l’organisation vers une plus grande efficacité.  L’efficacité d’un centre d’hébergement étant la capacité de répondre d’une façon satisfaisante aux besoins exprimés par la personne hébergée,  ce qui entraînera une satisfaction de vie plus grande, nous l’espérons, pour la clientèle hébergée.

L’ amélioration de la qualité de vie au travail devrait se répercuter sur la qualité des services.  Qui plus est, les éléments composants la qualité de vie au travail et la satisfaction de vie des bénéficiaires sont semblables:  nous parlons d’environnement et de confort physique, nous parlons d’indépendance et de responsabilité, nous parlons d’influence et de communication, nous parlons d’organisation.  Ce qui est vrai pour le bénéficiaire, l’est aussi pour le personnel.

Ces deux univers (personnel et bénéficiaires), une fois en équilibre, assureront, il nous semble, à l’organisation un cheminement harmonieux.  Ils deviennent les éléments-clés d’un centre d’hébergement.  Un budget en équilibre, des relations saines avec la communauté, la présence de la famille, etc... sont aussi des éléments majeurs, mais eux aussi, doivent concourir à assurer un milieu de vie harmonieux.  Le centre d’hébergement existe parce qu’il y a des personnes hébergées, le personnel doit y apporter des réponses appropriées, l’environnement général doit supporter cette démarche et le conseil d’administration doit initier  ce processus.

L’avenir au quotidien

Le projet initial veut modifier des valeurs, des attitudes, des comportements et des mentalités.  Le projet initial veut bonifier nos services de santé et nos services sociaux.  Le projet initial veut coller notre système de santé et de services sociaux sur les réalités que nous aurons à vivre dans les prochaines décennies.  Depuis le 1er octobre 1992, les conseils d’administration assument bien leurs responsabilités et les instances supérieures supportent, bien aussi, ces nouveaux défis. 

Est-ce un réalité qui deviendra une tradition ?  Est-ce une illusion trompeuse ?  Il est trop tôt pour porter un jugement, l’expérience devra se poursuivre.  Se pourrait-il que la réforme soit vraiment axée sur le citoyen consommateur, décideur, payeur ?  C’est à suivre.