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Analyse sociale et politique
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Conférence prononcée par Bernard Fournelle dans le cadre du 21e  Congrès de la Fédération des CLSC du Québec, dimanche le 1er juin 1997 - Hôtel Hilton – Québec

“Au coeur des pratiques psychosociales et communautaires : L’ACTION CONCERTÉE”  - De la confrontation historique à une concertation novatrice: il y va de notre survie et de l’amélioration des services à la population. 1.06.1997

J’aborderai cette courte présentation sous trois angles: l’organisation, l’intervention et la clientèle.  Rien de bien original dans ces thèmes.

D’adversaires, les CLSC et les CHSLD sont devenus au fil des ans des partenaires.  À court terme, ils se devront d’être des complices.  Regroupement, rapprochement, intégration, fusion ne sont que la pointe de l’iceberg.  La prochaine réforme, au tournant de l’an 2000, devra intégrer le CHSLD et le CLSC dans la dynamique territoriale de la MRC ou de la communauté locale. 

C’est la vision du futur que nous devons avoir comme intervenants, gestionnaires et administrateurs.

Il n’y a pas si longtemps, les CLSC et les anciens CAH qui sont devenus les CHSLD d’aujourd’hui étaient résolument des adversaires ou à tout le moins des compétiteurs. 

Il faut se souvenir des affrontements dans l’allocation des budgets de développement, le déploiement de certains programmes comme les centres de jour.  Il faut se souvenir des discussions incessantes dans la reconnaissance des taux de satisfaction des besoins des clients dans les programmes d’hébergement et de maintien à domicile. 

Il faut se remémorer les efforts de lobbying que chaque regroupement d’établissements  faisait auprès d’un conseil régional ou d’une régie régionale pour attirer la sympathie sur la pauvreté relative de chacune de nos organisations.

Dans les années 70, nous n’étions même pas sur la même planète.  L’euphorie du développement et de l’innovation était la réalité des CLSC, les CAH d’alors, se voyaient affubler   l’étiquette de mouroir et de ghetto.  Il était “in” d’être un CLSC et il était “out” d’être un CAH.  C’était deux solitudes.

Le début des années 80 a fait évoluer les CAH.  De mouroirs, de ghettos ou de “Club MED” dans le meilleur des cas, ils sont devenus lentement, graduellement des milieux de vie.  Ils sont devenus les “bouts de ligne” du maintien à domicile.  Le CAH  et le CLSC sont devenus des alliés.  Rien de bien spectaculaire,  mais ça a été le début de fréquentations obligées.

La fin des années 80 présente des CAH dégageant une orientation et une vision plus dynamique du réseau de la santé et des services sociaux.  Possiblement, grâce à une génération plus “cowboy” de gestionnaires,  le réseau des CAH devient plus vindicatif, plus agressif, plus rationnel.   Les gestionnaires et les intervenants du réseau des CAH s’affirment.  Nous ne sommes plus des ghettos, des bouts de lignes.  Nous sommes les experts des milieux de vie: institutionnels, alternatifs, intermédiaires. 

Les années 90,  c’est l’ère des modifications majeures. Tout se transforme très rapidement.  Les CAH deviennent des CHSLD, ils vivent une transformation radicale de leur réseau, c’est l’ère des fusions, des regroupements, des intégrations.  Les CAH passent de plus ou moins 300 organisations à moins de 150 organisations.  C’est la dynamique organisationnelle à l’état pur.  Les CLSC continuent leur développement.  Le choc est spectaculaire pour les CAH, tranquille en théorie pour les CLSC.

Par contre, depuis quelques mois, vingt-quatre mois tout au plus, une révolution s’installe dans le réseau.  On assiste à des fréquentations, des mariages, des unions libres CLSC-CHSLD.   Les CH tentent de s’ingérer.  Dans certaines régions la relation triangulaire se fait, dans d’autres régions, non.  Ce qui était impensable, il y a plus ou  moins dix ans, se concrétise: des CLSC et des CHSLD se marient.

D’autres, tenteront les mariage à trois. Des études# sérieuses démontrent que les CHSLD et les CLSC sortiront toujours perdants d’une union avec un CH.

Le développement et la survie des CLSC et des CHSLD passent obligatoirement par la publication des bancs de notre union. Les missions sont complémentaires et exclusives à la fois.  Ces deux organisations ont un caractère territorial.  Nos clients sont nos voisins.

D’adversaires, d’alliés, de partenaires,  nous n’avons pas le choix de devenir des complices.  S’étendre sur autre chose ne démontre que notre caractère corporatiste et un manque de vision du futur.

Du modèle traditionnel médico-hospitalier de l’intervention et de l’organisation des services de santé et des services sociaux, les CHSLD et les CLSC développent un modèle psychosocial de l’intervention et de l’organisation.  L’objectif ultime de nos organisations et de nos interventions est de maintenir la personne en équilibre bio-psycho-social dans son milieu de vie et dans son environnement.

Nous devons savoir qu’au cours des siècles, il ne s’est développé qu’un seul véritable modèle d’organisation de soins de santé et des services sociaux  au Québec: le modèle médico-hospitalier.  Les autres tentatives n’ont guère réussi à briser ce  courant.  Le modèle médical organise prioritairement un service de traitement et tous les autres services qui s’y greffent n’y sont qu’accessoires.  C’est l’univers du diagnostic, du traitement et de la guérison.

Les principaux intervenants de la santé et des services sociaux ayant été formés presqu’exclusivement à ce modèle, il n’est pas surprenant de le retrouver omniprésent dans tous les établissements qui dispensent des services de santé et des services sociaux indifféremment du statut du client et de ses besoins fondamentaux.  Modèle ayant sa raison d’être dans un hôpital de courte durée qui est un milieu de soins aigus. Mais modèle inapproprié dans un CLSC et dans un CHSLD qui interviennent dans des milieux de vie.

Une approche socialisante a le très grand avantage de réenligner les systèmes en fonction du pourquoi ils existent; soit de répondre aux besoins réels de SANTÉ de la clientèle à desservir.  Il devient donc impératif de s’entendre sur une notion de santé qui aurait d’ores et déjà l’avantage d’ouvrir des pistes d’action pour identifier plus spécifiquement les besoins à combler. En effet, si l’objectif premier de toute action et de toute organisation est de répondre aux besoins réels de santé de la clientèle, encore faut-il avoir une idée très précise de ce qu’est d’être en santé. 

La santé ne serait-elle pas un état d’équilibre bio-psycho-social de l’être humain avec lui-même et aussi avec le milieu dans lequel il évolue.  C’est dans cet équilibre que le modèle socialisant prend tout son sens.

Nous devons reconnaître bien humblement que nous sommes comme intervenants, comme organisations, tant le CLSC que le CHSLD, les experts des insignifiances de la vie quotidienne.  Ce n’est peut-être pas “glamour”, mais c’est ce que veulent nos clients.  Ils veulent une réponse à un besoin.  Notre plateau de travail, c’est le milieu de vie et l’environnement de la personne.  Elle souhaite que nous trouvions, avec elle,  les moyens de pouvoir passer à travers certains handicaps, certaines pertes pour qu’elle puisse mieux vivre.

Finalement, notre rôle comme intervenant, comme organisation est d’accompagner la personne et de faciliter la mise en place de milieux de vie harmonieux et d’un environnement sécuritaire.

Plus spécifiquement au niveau de la personne vieillissante et de la personne en perte d’autonomie, le défi conjoint est d’appliquer une mosaïque# de services et de programmes qui permet à la personne de vivre le plus longtemps possible dans un milieu de vie répondant à ses besoins.  Une mosaïque de services et de programmes ne doit pas être identifiée à un continuum# et encore moins à des étapes à franchir.

Trop souvent, et même encore aujourd’hui, on s’acharne à vouloir guérir la vieillesse, plutôt que de la faire vivre.

Que ce soit à travers le milieu naturel, la résidence d’accueil de type familial, le pavillon, la résidence privée, l’appartement protégé ou supervisée, le foyer de groupe, la maison de phase terminale, le milieu institutionnel, nous avons comme mission d’assurer à la personne vieillissante un milieu de vie digne, patient, calme, détendu,  aidant, facilitant, accueillant, familial, attachant, personnalisé, respectueux, actualisant,  responsabilisant, reconnaissant,  esthétique, créatif.  Que l’on soit dans n’importe quel milieu de vie ces attributs sont importants.

Que nous ayons un statut de professionnel, préposé aux bénéficiaires, auxiliaire familial, infirmière, travailleur social,  gestionnaire, membre de la communauté, membre de la famille nous devons connaître et intégrer ces attributs si nous voulons véritablement que la personne vieillissante, tout comme l’enfant ou l’adulte d’ailleurs, puisse vivre pleinement et s’épanouir peu importe sa situation de santé, sa perte d’autonomie.  Ce n’est pas parce que l’on est “cloué au lit” ou dans un fauteuil roulant que tout doit cesser d’être esthétique, que tout doit se ressembler.

Il reste toujours des besoins individuels à combler pour que la vie soit la plus intense possible.

La mosaïque doit faire en sorte que c’est le service, le programme qui s’adapte aux nouveaux besoins de la personne et non l’inverse.

Ces programmes et ces services doivent permettre à la personne de développer ou à tout le moins de maintenir son potentiel.  Trop souvent parle-t-on des pertes et trop peu souvent des potentiels.

Nous devons assurer à la personne vieillissante un seuil satisfaisant de moyens pour maintenir ses capacités ou pour suppléer certaines déficiences.  Il en va de la dignité de la personne.  Il faut “traiter” la personne vieillissante dans un milieu ordinaire, institutionnel peut-être, mais où nous retrouvons une qualité de vie et où l’environnement fera la promotion de la vie.

C’est la mission conjointe du CLSC et du CHSLD.  Dans ce sens, il est urgent de modifier nos rapports, notre approche  face au vieillissement.

Le changement, un mouvement...

Aujourd’hui, pour beaucoup d’entre nous, un regroupement, une fusion, une intégration, un partage de services, une transformation de services, c’est déjà chose du passé.  Les questions ont trouvé leurs réponses.  Sans doute, que les réponses ne correspondent pas toutes à ce que nous souhaitions au départ.

Chacun a expérimenté ce changement selon sa propre perception, ses propres lunettes, ses attentes, ses craintes, ses joies, selon ses choix.

Mais avec le temps et en avançant pas à pas,  l’avenir, l’inconnu sont devenus petit à petit le présent et le vécu quotidien.

Ce qui est certain pour tous,  et chacun à son niveau, c’est que nous avons expérimenté toutes sortes de situations nouvelles.  Des problématiques insoupçonnées sont apparues et avec elles des solutions plus créatrices les unes que les autres ont pris forme.  Le changement est devenu un mouvement... 

Le contexte économique et financier des dernières années nous a tout de même obligés à entendre, à voir, à analyser et à aborder notre quotidien avec une perspective différente et nouvelle.

Bref, cela nous a obligés de penser autrement pour faire autrement.  Ce qui était impensable et inimaginable, il y a à peine cinq ans, est aujourd’hui réalisé et chose du quotidien.

Qui aurait pensé qu’un jour, on fermerait un hôpital, sept hôpitaux ?

Qui aurait pensé qu’un jour, il y aurait un regroupement d’établissements ?  Qu’un CLSC  se fusionnerait avec un CHSLD ?  Que les deux fédérations d’établissements se fusionneraient ?

Voilà autant de situations auxquelles nous ne pensions pas voir un jour et qui sont pourtant déjà réelles et concrètes.

Je n’évalue pas le bien-fondé des décisions, car chacun peut jouer le rôle de gérant d’estrade.  Toutefois, je réfléchis sur l’impact et les conséquences de toutes ces décisions ainsi que sur le cheminement qu’elles provoquent ou permettent.

Il faut bien le dire, il y a un cheminement.  La collaboration, le partage d’expertises, la concertation ainsi que l’entraide entre les établissements du réseau de la santé et des services sociaux ne sont que  des mots, qui somme toute, sont entendus et utilisés depuis peu, très peu.

Et nous devons, du même souffle, constater qu’il existe encore des empires, des chasse-gardée, des sentiments impérialistes et corporatistes.  Il y en a encore beaucoup qui n’ont pas saisi le message, qui espèrent des lendemains ressemblant aux jours passés.

Le réseau de la santé et des services sociaux est en plein changement.  Rien de bien original dans cette affirmation.   C’est notre réalité quotidienne.  Le changement est devenu la seule chose permanente de nos organisations.  Par contre, nous avons historiquement développé nos organisations, nos systèmes, nos modèles de gestion pour qu’ils deviennent des structures solides et permanentes.

Notre nouveau défi et le défi de chacun d’entre nous, c’est  d’être capable de mettre en place des systèmes efficaces et solides tout en se donnant la flexibilité et la souplesse qui rendront plus facile une prochaine adaptation et qui faciliteront le mouvement perpétuel.