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Analyse sociale et politique
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9.09.2010 - Privatiser pour rentabiliser : un piège à cons

Privatiser pour rentabiliser, privatiser pour une plus grande efficacité, privatiser pour susciter une concurrence, privatiser pour diminuer les coûts, privatiser pour épargner de l’argent, privatiser pour une plus grande qualité des services, privatiser pour augmenter l’éventail des services, sont quelques-unes des affirmations et des marottes véhiculées par les apôtres d’un néo-libéralisme comme étant la solution magique pour éliminer le manque d’efficacité dans l’utilisation des fonds publics.

Ce credo n’est pas nouveau dans le modèle capitaliste qui nous gouverne, mais il a pris de l’ampleur, il y a quelques décennies, sous l’impulsion de deux adeptes de l’idéologie du “moins d’État“ : Margaret Thatcher en Angleterre et Ronald Reagan aux États-Unis.  Et ils ont fait de petits : au Québec, l’ancienne ministre des finances, Madame Jérôme-Forget ne s’est jamais cachée pour prôner cette idéologie.  Nous lui devons les fameux PPP qui doivent construire un éventuel CHUM.  À Ottawa, notre ineffable Monsieur Harper jouit en pensant à une éventuelle privatisation d’Énergie Atomique du Canada et s’il avait les coudées franches, nous ne pouvons imaginer ce qu’il passerait dans le tordeur des privatisations.  À ces porte-étendards reconnus, il faut y ajouter tous les spéculateurs, boursicoteurs et prétendus financiers qui grenouillent dans cette jungle.

Pour tout ce beau monde, les organisations publiques ne sont pas efficaces et les entreprises privées sauront mieux faire et à moindre coût.  Sauf que les exemples  sont rarissimes pour appuyer ces affirmations.  Aucune recherche sérieuse et rigoureuse n’est arrivée à démontrer les bienfaits d’une quelconque privatisation.  Bien au contraire, les désastres sont nombreux.  Contentons-nous de quelques exemples qui ont fait les manchettes.

1) La privatisation du système bancaire en Islande a amené ce pays au bord de la faillite.

2)  En Angleterre, où Margaret Thatcher a sévi de 1979 à 1990, les privatisations ont été nombreuses : les chemins de fer, l’acier, la distribution de l’eau, entre autres, et elles ont toutes été catastrophiques.  Pour le transport ferroviaire, certains commentateurs affirmaient qu’ils étaient plus dangereux de l’utiliser en Angleterre que de prendre le train à Kaboul ou Bagdad.  Les gouvernements subséquents ont été dans l’obligation de re-nationaliser les entreprises privatisées.

3) À la fin du 20e siècle, la Nouvelle-Zélande a privatisé tout ce  qui pouvait l’être pour se sortir d’un bourbier financier.  Mais là aussi, les catastrophes se sont accumulées : pannes d’électricité, mauvais état du système ferroviaire, etc… Face à l’inefficacité des privatisations, le gouvernement a été obligé de re-nationaliser les entreprises qui n’avaient pas fait faillite.

4) Nos cousins Français ont privatisé une grande partie de leur marché de l’eau : aqueduc, égouts.  Ce qui fait en sorte que les coûts ont explosé et les services diminués.  Laissez aux entreprises privées la gestion d’une ressource aussi essentielle que le marché de l’eau, c’est friser le masochisme.

5) À ces exemples dans des pays développés,  nous pourrions ajouter tous les exemples des pays en voie de développement où la cupidité de leurs dirigeants n’a fait qu’appauvrir le patrimoine des populations déjà peu reluisant.  Plusieurs experts ont déjà démontré que le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale étaient les grands responsables de l’appauvrissement de ces pays.

Un État ne peut tout faire, c’est une évidence.  Mais il y a des secteurs névralgiques qui ne peuvent et ne doivent pas être cédés aux entreprises privées.  Faire croire à la population qu’une plus grande efficacité passe par les privatisations est un énorme piège à cons.  (B.F. – Le 9 septembre 2010/La Voix de l’Est – Le 14 septembre 2010)