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Analyse sociale et politique
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9.07.2008 - Le vivre collectif et l'Empire des Droits

Depuis le milieu du XXe siècle, et au Québec plus spécialement depuis la Révolution tranquille, notre société dite développée valorise à outrance  la réussite individuelle, le paraître au détriment de l'être, le jetable au lieu du durable, le superflu à la place de l'essentiel, la facilité en lieu et place de l'effort, les droits au détriment des responsabilités.

Ces dérives sociales se traduisent par celui qui aura la plus grosse auto, la plus grande piscine, la plus grosse maison, la tondeuse ou la souffleuse la plus performante, ainsi de suite.   Il  s'agit de se promener dans une banlieue anonyme ou une zone résidentielle quelconque pour constater cette réalité.  C'est ce que nous appelons le progrès.  Et les derniers développements de la bulle informatique et technologique ne font qu'amplifier ces dérives.  Vous avez un ordinateur de telle puissance  ou un téléviseur de telle dimension, soyez assuré que votre voisin ou un proche en aura un plus puissant ou un plus grand dans les semaines, les mois à venir.  C'est le volet "paraître" de notre société et nous nous défendons tous de ne pas y participer.  Ça aussi, c'est une évidence.  L'autre, mais pas nous.

Parallèlement à cette course effrénée "du paraître" notre société a développé un concept encore plus pernicieux qui à la longue mine le développement harmonieux de toutes nos collectivités :  c'est la "Table de la loi" des sacro-saints droits individuels qui sont en opposition constante avec les droits collectifs.  Vous ne pouvez lire un journal ou écouter la télévision et la radio sans être envahi, pour ne pas dire, agressé par un représentant quelconque qui nous "trompette" que ses droits sont bafoués. Cela va de la défense des bébés phoques à la traverse des grenouilles, en passant par l'utilisation du téléphone cellulaire, le port du voile ou du kirpan, la sollicitation porte à porte par certaines sectes,  et vous pouvez continuer indéfiniment.  Et les causes ne manquent pas, des plus nobles au plus farfelues. Vous voulez construire une route ou un barrage, abattre un arbre,  limiter la vitesse, établir des voies réservées, fixer des péages, fermer une école, vendre une église, changer le nom d'une rue et que sais-je, vous êtes assurés qu'un regroupement, une association ou une ligue quelconque  récupérera la situation pour en faire une manchette et une crise socio-politico-économico-culturelle menaçant un droit fondamental.  Au Canada, c'est l'héritage que nous a laissé un ancien premier ministre : la Charte des Droits et Libertés. 

Mais, car il y a un "mais", aucun personnage politique n'a eu le courage ni la volonté d'établir parallèlement à cette charte des droits, "la Charte des responsabilités citoyennes et collectives".  Comme le soulignent régulièrement Jacques Grand'maison, chanoine et sociologue de profession, et Jacques Dufresne, philosophe de son état, les assisses des droits sont bien définies, et pour eux entre autres, il s'agit maintenant de valoriser aussi clairement la notion des responsabilités, notion qui est allègrement poussée sous le tapis et évacuée de tous les débats de peur de passer ringard.

Une charte des droits et des libertés est destinée à assurer la protection et l'épanouissement d'un individu.  Mais en même temps ces droits individuels sont inséparables des droits et libertés d'autrui et du bien-être général d'une collectivité et c'est là que certaines personnes s'investissent dans une poursuite sans fin pour la défense de leur "moi" sans tenir compte de leur appartenance à une collectivité.  C'est le "jusqu'à épuisement" pour faire dire n'importe quoi à la Charte des droits  pour avoir raison.  Alors, comme le souligne Grand'maison : "Comment faire des choix collectifs sensés avec cet écheveau inextricable de comportements contradictoires que des esprits fins-fins trouvent très intelligents et rusés, alors que nous sommes dans une société de plus en plus bloquée".

La notion de responsabilité est l'une des  valeurs essentielles avec la solidarité  du développement harmonieux d'une collectivité.  Elle consiste dans la prise de conscience des conséquences de nos actes présents sur l'ensemble des citoyens d'un   territoire donné. Individuellement, c'est notre capacité  de mettre en relation nos décisions avec les effets qui s'ensuivent sur les autres membres de la collectivité, qu'ils soient positifs ou négatifs. 

Dans ce sens, une sérieuse réflexion s'impose si nous ne voulons plus continuer à subir la prise en otage d'une collectivité par la multitude des groupes de pression  qui naissent au fil des événements et qui ne représentent à peu près personne.  (B.F. – Le 9 juillet 2008/La Voix de l'Est - Le 9 juillet 2008)