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Analyse sociale et politique
   Accueil            8.12.2003 - À droite toute

8.12.2003 - À droite toute

Dans un hebdo de la région, il y a quelques jours,  le Souverain s'est prononcé:  le Québec avec ses politiques sociales court à la catastrophe; le taux de syndicalisation outrancier mène le Québec à l'anarchie; les syndicats de la fonction publique vont trop loin; la démocratie est en danger.  Et nous pourrions y ajouter d'autres coquilles vides du même genre.  Ça réconforte la grogne et les préjugés légendaires de madame Bernier de la rue Laurier et de monsieur Gingras de la rue Montana.  Si le Souverain le dit, il a sûrement raison.

En soi, notre Souverain reprend le discours, les clichés, l'évangile des ténors de la droite bien-pensante.  Il s'ajoute à la brochette de hauts-parleurs comme le président du Conseil du patronat, comme certains chroniqueurs financiers de la grosse presse et comme tous les serviteurs du Capital. 

Les problèmes viennent des personnes vivant sur l'aide sociale, ce sont les chômeurs qui freinent l'accumulation des profits, les programmes sociaux nuisent à la compétitivité des entreprises, les impôts font fuir les capitaux, les finances publiques sont  dans un état lamentable, il faut procéder à la "réingénérie" de l'État québécois, le secteur privé doit prendre la relève du secteur public, et surtout, surtout, il faut combattre et si possible abattre les méchants syndicats.  Ce sont eux qui polluent l'atmosphère.   Au fil des années, ces messages savamment orchestrés et amplifiés sont devenus dans l'opinion publique les voix de la sagesse et de l'évidence.  Cette propagande insidieuse fait son oeuvre et à l'usure, "Monsieur et Madame Tout-l'Monde" la considèrent comme vérité de l'évangile.  Ils sont victimes du plus grand canular du dernier siècle.

En soi il n'y à rien de nouveau.  Depuis des lunes,  au nom de la sacro-sainte efficacité financière, il est bien vue de manger de l'État et du syndicat: ce sont les deux mets favoris de notre élite de la droite bien-pensante.

N'en déplaise à nos gourous du néo-libéralisme en général et à notre Souverain en particulier, l'État est par définition un ensemble de systèmes qui voit à la régulation des rapports humains à l'intérieur d'une société et à la détermination de la qualité de vie.  L'influence de l'État détermine le degré de bien-être de l'homme ainsi que la place qu'il occupe dans la société.  Et pour toutes les personnes qui ont suivi le cours "Socio 101", il y a deux façons de faire:  l'État se charge des dégâts de la politique économique globale, en attendant une solution magique supposée venir automatiquement de la croissance constante de l'économie, c'est le rêve du néo-libéralisme à l'américaine; ou l'État doit voir à la réduction et l'élimination éventuelle des inégalités sociale,  à la redistribution des ressources et des possibilités sociales.  Il est évident que la première façon a la cote présentement, les défenseurs de la deuxième façon sont catalogués passés date, utopistes ou syndicalistes.

La deuxième façon de voir et de faire les choses demeure la seule et unique avenue, en l'adaptant au troisième millénaire, pour assurer un bien-être à TOUTES les couches de la population.   Ce n'est pas en privatisant tout ce qui bouge, en abolissant les décrets qui régissent les plus démunis ou en diabolisant le monde syndical que nous enrichirons notre patrimoine commun.

En terminant, j'aimerais souligner à notre Souverain, que dans les dix dernières années, c'est au Québec qu'il y a eu le moins de journées perdues à cause des grèves en Amérique du nord et que le Québec a développé, au fil des années,  un modèle unique de concertation syndicale-patronale-État.  Mais à force de le saper à sa base, nous nous dirigeons vers l'anarchie patronale et ça nous l'avons déjà vécu.  Faut-il réécrire l'Histoire ?  Vivement la résurrection de notre ami Karl.  (B.F. – Le 8 décembre 2003/La Voix de l'Est - Le 8 décembre 2003)