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Analyse sociale et politique
   Accueil            8.04.2009 - “Free market=Free for all“

8.04.2009 - “Free market = Free for all“ 

Dernièrement, je donnais une conférence portant sur l’évolution du Québec de la Révolution tranquille jusqu’à nos jours.  Dans le cadre de la conférence, je définissais  le marxisme, le socialisme et le capitalisme.  Pour le capitalisme, je présentais les diverses idéologies : libéralisme, néo-libéralisme, néo-conservatisme. 

Un participant dans la salle m’arrêta en soulignant qu’il avait une définition toute simple de ce qu’était le capitalisme et ses dérivés idéologiques.  Dans son introduction, il reprenait les grandes orientations comme le libre-échange, la libre concurrence, la libre entreprise, les libertés individuelles : le “me, myself and I“, et concluait que  le capitalisme et ses variantes étaient un “Free market“; que ce “Free market“, en tenant compte de la crise financière et économique  que nous vivions présentement, avait transformé ce credo capitaliste en un “Free for all“.  Force  est de reconnaître que cette image représente très bien la réalité actuelle.

Force aussi est de reconnaître que les réponses que “Monsieur et Madame Tout l’Monde“ ainsi que  plusieurs commentateurs espéraient voir surgir du sommet du G20, qui s’est tenu à Londres dernièrement, se sont avérées d’un minimalisme déprimant.  Au mieux dans les prochaines années, nous serons témoins d’une transformation cosmétique du système qui nous a amené sur le bord du gouffre.  En soi la montagne a accouché d’une souris.  Tout au plus avons-nous droit à une litanie de vœux pour transformer un corps atrophié en un athlète médaillé d’or, ça frise la pensée magique.  Un “quoi faire“  quelconque a peut-être été énoncé mais le “comment faire“ et le “quand faire“, c’est pour un tantôt lointain, très lointain, le tout étant  à définir à travers des instances internationales passées date.

Que nous ont-ils concocté les Berlusconi, Brown, Harper et Sarkozy de ce monde ?  Discipliner les paradis fiscaux, mettre fin au secret bancaire, définir de nouvelles règles sur les salaires et bonus des dirigeants des grandes entreprises, combattre les mesures contre le protectionnisme des États pour permettre à l’OMC d’éliminer les entraves au libre-échange, subventionner à la hauteur de 1000 milliards de dollars le FMI et la Banque mondiale, permettre une plus grande place dans ces forums aux pays émergents et patati et patata. Beaucoup de mots que ne résolvent à court terme que peu de maux. 

En revampant l’OMC (Organisation mondiale du commerce), le FMI (Fonds Monétaire International) et la Banque mondiale, entre autres, nos grands cérémoniaires n’ont fait que procéder à de petites retouches sur un système agonisant, ils n’ont fait que ravaler la façade d’un système qui de crises en crises nous fait croire que demain, et surtout après demain,  sera le jour de la grande jouissance éternelle.  En  confiant à l’OMC, au FMI et à  la Banque mondiale  un mandat de reconstruction du système, ils perpétuent la fable du loup dans la bergerie.  Ces trois organisations mondiales sont en très grande partie responsable des malheurs d’aujourd’hui.  Si le passé est garant de l’avenir, nous sommes mieux “d’attacher nos tuques“, la crise actuelle ne sera pas résolue aux profits de “Monsieur et Madame Tout l’Monde“  et une prochaine crise éclatera dans la prochaine décennie.  L’ère du “Free market = Free for all“ sera à la mode du temps  jusqu’à l’épuisement des ressources, toutes catégories confondues.

Même un chantre reconnu du néo-libéralisme qui sévit dans la grosse presse montréalaise depuis longtemps et qui ne jure que par les bienfaits du présent système parle  de pétards mouillés  en regard de certaines conclusions du sommet de Londres.  C’est vous dire la pauvreté des résultats, à moins qu’il veuille souligner  l’incongruité de certaines conclusions incompatibles avec la survie d’un système qu’il défend depuis très longtemps; nous le serons dans ses prochaines chroniques.  Mais nous pouvons présumer qu’il tentera de nous convaincre des bienfaits d’un système capitaliste, style “formule améliorée“.

Un autre chantre du néo-libéralisme, dans la même grosse presse, s’apprête à publier un nouveau bouquin : “Les démons du capitalisme“, dans lequel tout en déplorant les dérives “cow-boys“ d’un capitalisme à l’américaine, tente de nous convaincre que le capitalisme est indestructible.  Il affirme au passage que les débats entourant la crise actuelle sont “futiles et folkloriques tout en étant distrayants“.

Ces deux chantres, qui sont des figures de proue de la bien-pensance néo-libérale dans cette grosse presse montréalaise, nous avisent de facto que les lendemains qui chantent verront le jour dans la semaine des quatre jeudis.  D’ici-là, les privilégiés d’hier seront les privilégiés de demain.   Aujourd’hui, nous pouvons toujours débattre, mais comme le dit Yvon Deschamps dans un de ses célèbres monologues “Qu’osse ça donne“. 

“Ça donne“, qu’un, deux, trois et plusieurs autres individus moins crédules finiront, un jour ou l’autre, par larguer ailleurs au milieu de nulle part les Berlusconi, Brown, Harper et Sarkozy de ce monde.  Serons-nous mieux ? Ça ne pourra être pire !  (B.F. – Le 8 avril 2009)