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Analyse sociale et politique
   Accueil            7.09.2012 - L'extrême centre et immobilisme

L’extrême centre et immobilisme

Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, les Québécois ne sont pas si distincts qu’ils le prétendent. C’est peut-être l’erreur que fait le PQ en NOUS et en SE disant que le Québec se dirige  vers son indépendance politique.  Nous avançons c’est vrai, mais que de chemin encore à parcourir.

Je suis depuis 1967, l’année de fondation du MSA (note 1), résolument engagé vers l’édification d’un Québec indépendant et maître de sa destinée. J’ai été à l’école de mon paternel qui a osé dans sa jeunesse défier une certaine élite “canadienne-française“ bien pensante en se lançant dans le secteur commercial : il a réalisé ses rêves et ses ambitions tout en nous faisant grandir.  Il n’a pas été avocat, notaire ou médecin ; il a été homme d’affaires.

Après avoir “passé“ des dépliants dans le comté de Laurier en 1960, à 16 ans, j’étais membres du R.I.N. de Marcel Chaput (note 2). Plus tard, et durant treize ans, j’ai été à divers titres, membre d’un exécutif dans un comté imprenable, à propager la thèse d’un Québec souverain.  J’y ai rencontré des personnes engagées, démobilisées, suspicieuses ou carrément  opposées au devenir d’un Québec souverain : le tout sans heurts, affrontements et actions disgracieuses.

Durant ces années, tant sur le plan professionnel et comme simple citoyen, mon objectif a été de faire comprendre aux personnes qui m’entouraient que leur destin, leur vie et leur carrière relevaient en grande partie de leur pouvoir.  Que le voisin ne pouvait être qu’un frein à leur propre cheminement, qu’il fallait investir temps, énergie, passion, efforts et espoir dans leur devenir.

Lors d’un souper dans les années 1970, j’ai eu le bonheur et le privilège d’être à la même table qu’un combattant québécois hors du commun : Michel Chartrand.  De fil en aiguille, il NOUS, car nous étions plusieurs, a fait comprendre que le Québec deviendra un pays indépendant quelque part au 21e siècle.  Pour lui, la cause était noble, grandiose.  Pour lui, notre destin devait passer préalablement par la prise en main de notre vie personnelle, qui un jour ou l’autre se traduirait par notre prise en main de la destinée de notre peuple.  Un enfant apprend à marcher avant de courir, disait-il.  Nous en sommes là.

Historiquement, nous venons de sortir d’une Grande Noirceur. Nous avons fait une Révolution Tranquille qui a jeté les basses d’un Québec moderne.  Nous avons établi à travers toutes ces années un Québec Inc. (note 3) francophone, replié sur lui-même depuis quelque temps, devons-nous constater.   Nous avons mis de l’avant une culture qui nous est propre, originale et reconnue mondialement.   Comme le disait René Lévesque le 15 mai 1980, “Ne serions-nous pas autre chose qu’un petit peuple ?“.   Mais nous avons la fâcheuse manie de nous dire que le travail est achevé.  Nous nous faisons accroire des histoires. 

La dernière élection nous le démontre. Nous avons encore des relents de notre éducation d’hier. Nous ne sommes pas si ouvert que ça sur le monde.  Les rêves et les ambitions qui ont pu guider mon et nos paternels ne sont pas si bien ancrés dans notre vie de tous les jours.  Nous sommes encore tributaires de nos  peurs d’antan.

Nous décrions les valeurs de nos concitoyens du reste du Canada.  Nous pouvons toujours voter pour le Bloc québécois, avoir une sympathie pour le regretté Jack Layton et virer orange ; les Québécois n’ont pas encore largué leurs craintes, leurs appréhensions, leurs peurs. 

Nous voulons que ça bouge à droite, à gauche.  Nous aimons les idées nouvelles.  Nous voulons être distincts.  Nous nous plaisons à nous décrire comme un village d’irréductibles gaulois en terre d’Amérique.  Nous honnissons messieurs Harper, Bush, Sarkozy et les tenants d’une droite rétrograde.  Mais nous nous complaisons dans un centre extrême où les remises en question ne sont pas trop douloureuses.  Oui au changement, mais en autant que rien ne change : immobile dans le mouvement !

Serions-nous condamnés à être des valets dans un quelconque royaume ? Demain nous appartient dit la chanson… en autant que les Québécois apprivoisent la peur et s’éloignent des mirages de ceux qui prétendent les mener vers des lendemains qui chantent…. 

Continuons à nous illusionner. La légende du Bonhomme 7 heures est tenace. Serions-nous nos pires ennemis ? “Nés pour un petit pain et porteurs d’eau“, ces mots sommeillent dans notre mémoire collective et  resurgissent  à certaines occasions. (B.F. – Le 7 septembre 2012)

 

Note 1: http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Souveraineté-Association