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7.08.2002 - Un monopole à revoir

L'adoption de la loi d'exception obligeant les médecins à assurer les services dans les urgences dans tous les hôpitaux du Québec, jeudi le 25 juillet dernier, a fait ressortir tous les fantômes et tous les squelettes des placards.  Nous avons eu droit à tous les clichés, à toutes les menaces et à toutes les régressions de la part de ténors bien-pensants de la société québécoise.

Lysiane Gagnon, la pasionaria de La Presse, accuse le ministre Legault d'autoritarisme, de démagogie, d'insensibilité et de sortir directement des goulags de l'ex-Union soviétique.  Elle va même jusqu'à mettre en doute les capacités intellectuelles du ministre.  N'en jetez plus la cour est pleine.

Notre aspirant futur premier ministre, Mario Dumont pour ne pas le nommer, tout en appuyant cette même loi d'exception l'assimile a une planification à la soviétique tout en souhaitant instaurer un système à deux vitesse.  C'est à croire que ces derniers ont lu du Soljenitsyne durant les vacances estivales.

Notre vénérable chef de l'Opposition officielle ne peut pas entériner une loi qui ne règle pas les vrais problèmes tout en accusant le Gouvernement de faire un geste politique pour faire plaisir à la population.  Mais il prépare sa carte de crédit pour répondre aux besoins.  Qu'il me soit permis de rappeler rapidement à ce noble chef de l'Opposition, que si l'un de ses prédécesseurs à la tête de son parti, qui était aussi au pouvoir à l'époque, avait eu une colonne vertébrale et avait appuyé son ministre de la santé et des services sociaux d'alors, nous ne vivrions pas ces calamités que nous rapportent régulièrement l'actualité.  Nous ne referons pas l'histoire, mais Marc-Yvan Côté s'est cassé les dents au début des années 1990 parce que son chef et premier ministre. Monsieur Robert Bourassa, l'a largué pour faire plaisir au puissant lobby médical.  Parenthèses fermées.

Nous passerons sous silence les diatribes des représentants syndicaux des médecins qui nous assurent de tous les maux pour les jours, les mois, les années à venir.  Ils accusent le ministre Legault, "le p'tit nouveau", de ne rien comprendre et de ne rien connaître et de les traiter comme de vulgaires travailleurs.

Bon, une loi spéciale n'est jamais une réponse adéquate et définitive.  Mais si nous avions pleuré à chaque fois qu'un gouvernement ait passé une loi d'exception depuis le début des années 1960, le Québec serait le premier producteur mondial de mouchoirs en papier.

La Loi 114 répond a un problème ponctuel, mais problème quia une tendance permanente.  Après l'injection de centaines de millions pour ne pas dire quelques milliards, après de multiples réorganisations, après de nombreuses commissions d'enquête : tous les ministres de la santé et des services sociaux, depuis près de quarante ans, ont été impuissants à régler d'une façon satisfaisante la réalité des urgences, en particulier, et du réseau hospitalier en général.  Que l'on pense à Claude Castonguay, à Claude Forget, à Denis Lazure, à Thérèse Lavoie-Roux, à Marc-Yvan Côté, à Lucienne Robillard, à Jean Rochon, entre autres, et on peut en nommer encore beaucoup, tous et toutes n'ont rien compris et ne connaissent rien.  Où est l'erreur ?

En continuité, le ministre Legault annonce pour l'automne une "petite révolution" aux dires des représentants syndicaux des médecins.  Le ministre souhaite aborder le problème de la répartition des médecins sur le territoire entre les différents établissements.  Il veut revoir le système d'assignation qui permet aux médecins de s'assigner eux-mêmes.  En soi, il veut revoir la pratique professionnelle : sujet tabou, s'il en est un.  Les médecins sont des travailleurs autonomes, ils sont des entrepreneurs privés qui font affaire avec l'État et qui plus est, ils ont l'exclusivité.  Ils contrôlent le marché.  Et ils sont payés par l'État, par nos taxes et nos impôts.  Dans ce sens, ils doivent répondre à nos besoins, à nos attentes.  Mais...

Mais comme le souligne certains auteurs, le cœur du problème résiderait dans le monopole qu'exerce les spécialistes de la santé.  Ils entendent par monopole le contrôle exclusif par une firme ou par un groupe des moyens de production ou de vente d'un bien ou d'un service.  Ils contrôlent la chaîne complète : la production, la consommation et l'évaluation après-vente.  Comme le soulignait Ivan Illich en 1977 : "La médecine étant une profession libérale, elle est devenue dans le dernier quart de siècle, une profession dominante en s'octroyant le pouvoir d'indiquer ce qui constitue un besoins de santé pour les gens en général.    Les spécialistes de la santé en tant que corporation ont acquis l'autorité de déterminer quels soins doivent être prodigués à la masse.  Ce n'est plus le professionnel qui impute un besoin à son client, mais un corps constitué qui impute un besoin à toute une classe de gens et qui se déclare mandaté pour examiner la totalité de la population".

Réforme, reconfiguration, redéploiement, technologies nouvelles, besoins nouveaux, valeurs évolutives, etc...  Tout a été remis en question, sauf les pratiques professionnelles.  On aborde la réorganisation du travail, bien sûr, mais les pratiques professionnelles séculaires limitent grandement les actions novatrices.  C'est à croire que ce sont les services d'entretien ménager ou les services alimentaires qui provoquent les crises dans le réseau de la santé et des services sociaux.

En relation avec les pratiques professionnelles sommes-nous assurés que tous les programmes, tous les services soient encore appropriés ?  Beaucoup de programmes et de services sont nés au fil des années, très peu sont disparus ou ont été abandonnés.  Est-ce dire qu'ils soient tous pertinents ?  Est-ce qu'ils améliorent tous la qualité de la vie de la population ?  Est-ce que l'évolution technologique qui se fait à grands frais améliore réellement la santé et la qualité de la vie ou si elle ne fait que répondre à un "dada" de professionnels de la santé : toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus vite; indépendamment des coûts ?  Certains rapports d'enquête tant québécois, canadiens et européens s'interrogent sérieusement sur l'évolution galopante des technologies médicales.

Alors tout ministre qui voudra aborder l'existence de ce monopole est destiné au feu éternel de l'enfer.  Parlez-en à Marc-Yvan Côté.  Mais un jour ou l'autre, le débat devra se faire.  C'est au tour du ministre Legault de tenter sa chance.  On ne peut que lui souhaiter l'appui de tous les anges du ciel.

 

$$$  Bonjour la visite  $$$

Il y avait beaucoup de monde à Granby durant la fin de semaine du 27 et 28 juillet.  Avez-vous remarqué le jeu de `yo-yo" du prix de l'essence ?  Depuis quelques semaines, le prix affiché était de 0.72,9$ le litre.  Et d'une façon spontanée, le prix est passé à 0.76,9$ et 0.78,9$ le litre.  Une fois la visite partie et les vacances de la construction terminées, lundi le 29, il est redescendu à 0.72,9$ le litre.  Bizarre et belle façon d'accueillir les touristes.  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 7 août 2002)