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7.04.1999 - La culture de l’insignifiance

“Céline Dion n’est ni québécoise ni canadienne, soutient Suzanne Tremblay”   (La Presse, 7 avril 1999 - A20) et “Bugs Bunny, Tweety et Daffy Duck vendent des céréales québécoises”    (La Presse, 7 avril 1999 - D22).   Deux titres du plus grand quotidien “canadien-français” d’Amérique disait la publicité d’antan.  Deux titres accrocheurs. Deux titres et deux articles démontrant notre glissement vers la culture américaine de type USA, vers la culture “McDo”.

Que l’on soit en politique ou en publicité-marketing, c’est le “politically-correct”  qui gagne encore.  Que l’on me comprenne bien: j’ai des C.D. de Céline Dion, par contre je ne mange pas de céréales “Les p’tits bonjours” de Biscuits Leclerc.  Je trouve Céline Dion “criarde” dans ses derniers enregistrements, ce qui ne m’empêche pas de la trouver bien, tout comme Patricia Kaas ou Tina Turner.  Et possiblement que je vais continuer à manger mes “Corn Flakes” ou mes “Spécial K” de Kellogg’s dans les prochains mois.  Mais il est aussi vrai que Céline Dion ou “Les p’tits bonjours” nous mènent tout droit vers la culture de l’insignifiance.  Nous devons des “clones” de la culture américaine de type USA.

Le Roi Lon, Jurassic Park, E.T., Céline Dion, Titanic, Michael Jordan, MacDonald’s, Nike, Disneyland, Mike McGwire  et combien d’autres, ne sont pas seulement des films, des entreprises, des stars, des parcs à thème mais ce sont aussi de véritables machines à commercialiser de la nourriture, de la musique, des vêtements, des jouets et des “jingles”.  C’est l’irrésistible culture américaine de type McDo.

Nous avons vu le Titanic, nous mangeons chez McDo, nous écoutons Céline Dion, nous portons des NIKE, nous allons déguster bientôt “Les p’tits bonjours”, nous adorons Michael Jordan et Léonardo Du Caprio est le gendre rêvé de toutes les belles-mères de la terre.  Et je ne parle pas des “snow birds” qui passent 181 jours en Floride et des grands-parents qui passent plus de temps devant les machines à sous d’un casino qu’à échanger avec leurs petits-enfants.  C’est l’uniformisation par le bas.  On devient des “clones” bas de gamme.  Nous consommons de l’insignifiance.

Notre imaginaire, nos symboles, notre style de vie deviennent des “way of life” américain de type USA, c’est une accumulation de camelote.  Nous nous acculturons, nous devenons paresseux.  Nous écoutons de la “pop music” agrémentée de rythmes latinos et reggae, nous mangeons des Big Mac servis avec du vins français, Mickey nous parle français et nous allons nous ressourcer en Floride une fois l’an.  Montréal sans son stade au centre-ville ne peut être considéré sur la planète McDo.  Voyons donc, toutes les villes nord-américaines dignes (sic) de ce nom possèdent un stade au centre-ville.

Nos valeurs s’identifient et sont véhiculées de plus plus par des logos, des stars, des chansons, des marques et des divertissements qui nous réduisent individuellement et collectivement à l’américanisation. Nous en sommes rendus à l’état de denrée où l’habit fait le moine, où le look devient une sorte d’idéologie.  Nous sommes laminés par la culture américaine de type USA.  Madame Tremblay a raison de craindre, Monsieur Duceppe, son chef,  joue dans le “politically correct” et je ne suis pas assuré que je vais manger  les céréales “Les p’tits bonjours” de Biscuits Leclerc à cause de Bugs Bunny, Tweety et Daffy Duck.

Je suis québécois, souverainiste même; je peux encore dire que je suis canadien; je suis un nord-américain; je suis “universaliste” et planétaire mais je suis pas un “clone” américain  de type USA.  Et dans ce sens, je dis respectueusement comme Suzanne Tremblay,  que “Céline Dion est devenue une chanteuse américaine et universelle... elle n’est ni québécoise, ni canadienne” et que je ne m’identifie nullement à Bugs Bunny, Tweety et Daffy Duck comme vendeurs de céréales québécoises. (B.F. – La Voix de l’Est/Le 7 avril 1999)