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Analyse sociale et politique
   Accueil            6.08.2008 - Un G13 “made in Canada“

6.08.2008 - Un G13 "made in Canada"

Après le Sommet du G8 au Japon, c'était le Sommet de Québec où les  treize représentants des provinces et territoires canadiens se rencontraient sous le chapeau du Conseil de la Fédération.

Cette rencontre  tenue du 16 au 18 juillet dernier,  aurait permis de faire progresser des dossiers majeurs qui touchent l'ensemble des citoyens, tels la mobilité de la main-d'œuvre, le commerce, tant intérieur qu'international et l'environnement, tout en célébrant  le 400e anniversaire de la ville de Québec ; c'est ainsi que le premier ministre québécois a résumé les palabres des participants. 

Pour les analystes, la seule unanimité qui surgit de cette rencontre a été, pour les participants, de se rendre compte qu'il leur était impossible de faire l'unanimité.  D'une façon très claire, le 19 juillet, les citoyens n'étaient pas plus avancés qu'ils ne l'étaient le 15 juillet.  Aucune vision mobilisatrice, aucune décision digne de ce nom, aucune action précise  n'auront vu le jour durant ce sommet : c'est que le problème majeur réside dans le manque de vision, de décision et d'action du grand frère fédéral, selon le premier ministre de l'Ontario.  Et s'il y a eu une décision, c'est de décider que le tout prendrait forme, si les astres s'alignent comme il faut, en 2009, 2010 ou aux calendes grecques.  C'est à se demander si ce n'est pas le même metteur en scène qui a dirigé au Japon et à Québec : vide absolu, zéro, néant.

Au Québec tout comme au Canada, il est stupéfiant de constater que nos représentants planifient pour leurs successeurs.  Les prochains prendront la décision, c'est moins engageant.  Mais en attendant, "Monsieur et Madame Tout-l'monde" poirotent.  Les coûts de l'énergie augmentent, les gaz à effet de serre augmentent, le panier de l'épicerie augmente, l'échangeur Turcot, lui, tombe.  Et pour nos treize représentants provinciaux et territoriaux, tout va bien madame la marquise et rendez-vous en Saskatchewan en 2009.

Que ce soit au Japon, à Québec ou bien ailleurs au milieu de nulle part, il semble que nos très honorables représentants font preuve d'un effroyable manque d'imagination et de leadership.  Une bonne session de socio 101 et 201, pour les plus brillants, serait peut-être plus appropriée qu'une virée touristique dans le Vieux-Québec.

D'une façon sournoise et insidieuse, nos élites politiques nous claironnent que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ils nous promettent, sans rire, que le système économique actuel nous fera vivre des lendemains qui chantent.

Pourtant le jour même de la clôture du Conseil de la Fédération, le 18 juillet, Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d'économie 2001, vice-président et économiste en chef  de la Banque mondiale  de 1997 à 2000,  dénonçait et critiquait vivement,  dans le journal La Presse, l'idéologie sous-tendant tout le système économique mondial "ce fourre-tout d'idées basées  sur la notion illusoire que les marchés sont auto-correcteurs, qu'ils distribuent efficacement les ressources et servent l'intérêt général.... favorables aux privatisations, à la libéralisation...".  Pour lui en bout de ligne, le système actuel enrichit les plus riches et appauvrit tous les autres.  On ne peut tout de même pas accuser monsieur Stiglitz d'être un "méchant nouveau communiste".  Il a vécu, tant à la Banque mondiale et comme conseiller économique de Bill Clinton, les dérives du système capitaliste qui guide nos élites politiques québécoises, canadiennes et mondiales.

Après avoir réussie leur session de socio 101, il leur serait peut-être approprié d'assister à quelques séminaires de monsieur Stiglitz, ça leur éviterait de prendre les enfants "Bon Dieu" pour des canards de bois. 

Il est évident que le scénario définit par l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale est moins rose bonbon que celui décrit et souhaité par nos élites politiques et colporté par les haut-parleurs de la grosse presse économique, mais il définit  bien le cul-de-sac dans lequel "Monsieur et Madame Tout-l'Monde" se retrouve au cœur de cet été maussade 2008.  (B.F. – Le 6 août 2008/La Voix de l'Est - Le 6 août 2008)