hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            6.07.2011 - Une crampe dans le cortex canadien

6.07.2011 - Une crampe dans le cortex canadien

La démonstration n’était pas à faire une fois de plus, on le savait.  C’est un secret de polichinelle que le domaine des arts et de la culture ne rime pas du tout avec le Parti conservateur de notre ineffable premier ministre canadian : c’est antinomique diraient  les scientifiques.

Le très rigolo, Jim Flaherty, ministre des finances à Ottawa déclarait récemment  que les organisations culturelles ne devraient pas prendre pour acquis l'aide financière gouvernementale.  Cette déclaration laisse sous-entendre que le couperet, dans le domaine culturel, s’apprête à sévir, une fois de plus.

Comme l’a rapporté le Globe and Mail en septembre 2008, se pourrait-il qu’un gouvernement conservateur veuille dicter à la population canadienne ce qu’elle devra regarder, voir, lire et entendre ?  C’est ce qu’il avait plus ou moins réussi, lorsqu’il était minoritaire, pourrait devenir réalité dans un avenir rapproché.

Sherwin Williams serait-il pour notre ineffable premier ministre le plus grand artiste-peintre canadien de tous les temps ???  Après le refus global de Paul-Émile Borduas, nous serions maintenant aux prises avec la version du refus global à la mode très conservatrice où l’immobilisme devient la norme et en avant la décrépitude.  Faut-il rappeler à notre prétendu critique culturel, que le milieu des arts et de la culture représente plus ou moins 4% du PIB du Canada, c’est près de 50 milliards de $, selon les estimés du Conference Board en 2007.  C’est plus que ses avions F-35.

C’est une évidence qu’à travers les arts et la culture  nous n’aurons jamais une approche consensuelle.  On n’apprécie ou on n’apprécie pas Céline Dion.  On n’aime ou on n’aime pas Margie Gillis.  On lit ou on ne lit pas Margaret Atwood. 

N’y –a-t-il pas un dicton disant que “Tous les goûts sont dans la nature“ ?  “So what“ !!!  Il n’appartient pas à un gouvernement, tout conservateur soit-il, d’imposer ses goûts, ses valeurs, sa morale à l’ensemble d’une population.  Les 166 députés conservateurs élus, lors des élections du 2 mai 2011, n’apprécient sûrement pas tous les épluchettes de blé d‘Inde, la musique country et la côte de bœuf.  Rappelons que 60% de la population n’a pas voté pour les conservateurs qui n’ont été élus en fin compte  que par 23,9% de l’ensemble de toute la population canadienne.

Faut-il rappeler à nos élus comme l’écrivaient des internautes1 : (a)“Qu’une société est fondée sur la culture qui lie et délie les individus et les groupes qui la constituent, ce qui permet à chacun de s’inscrire à la fois dans une histoire, une identité et de s’en échapper pour imaginer une suite, pour ne pas s’y enfermer“.  (b)C’est à cette condition seulement qu’une nation pourra donner à chaque individu sa place d’une manière ouverte et pertinente qui lui permettra d’agir en citoyen“.

Le règne de la copie conforme, de la pensée unique et de la censure2 sont les assises des dictatures.  Les exemples sont  multiples dans l’actualité. 

Dans ce sens, la déclaration de notre grand argentier  laisse planer un doute qui devrait faire du Canada une pâle  copie de ce que sont devenus nos voisins du Sud sous l’emprise de George W. durant huit ans.  Refaire une image novatrice et reconstruire une société d’avant-garde demandent une énergie hors du commun;  Barack Obama vit l’expérience présentement. 

Une crampe par définition est bénigne et sans gravité, mais des douleurs peuvent persister plus longtemps.  C’est à quoi, semble-t-il, nous convie l’actuel gouvernement conservateur majoritaire. (B.F. – Le 6 juillet 2011)



1 http://www.commentfairesociete.org/index.php?option=com_content&task=category&sectionid=19&id=18&Itemid=48   (a) Quelle culture pour faire société par Éric Favey – (b) Identités et reconnaissance par Alain Bondeelle