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Analyse sociale et politique
   Accueil            6.03.2009 - Au royaume des bonimenteurs

6.03.2009 - Au royaume des bonimenteurs

Affirmer que le boniment est aux politiciens ce qu'est la farine pour le boulanger n'est  faire insulte ni à l'un, ni à l'autre.

Pour ce qui est du boulanger, trop de farine peut rendre le pain ou le gâteau indigeste.  Pour le politicien, l'usage abusif des boniments le rend, à la longue, peu crédible et loufoque.  Mon propos aujourd'hui, n'est pas de faire la critique de la boulangerie québécoise, au demeurant excellente, mais plutôt de m'attarder sur la propension de certains de nos politiciens à utiliser l'art du boniment. 

Si nous ne retenons que la partie "soft" de la définition que l'on retrouve dans Le Petit Robert, le boniment est un propos que débite une personne pour convaincre et attirer une clientèle, c'est un discours pour vanter une marchandise, séduire un client.  Des synonymes seront du blablabla ou des bobards.  On dira de celui  qui raconte des boniments qu'il est un bonimenteur.  Pour une recherche plus poussée de la définition des mots, vous pouvez aller sur Wikipédia ou dans le dictionnaire Littré. 

Notre système politique tant au Canada qu'au Québec favorise l'utilisation de l'art du boniment.  N'ayant pas, sauf à de très rares exceptions, de partis politiques valorisant les extrêmes du spectre idéologique et où tous les partis se retrouvent soient à gauche ou à droite du centre, c'est  celui qui aura les meilleurs bonimenteurs qui gagnera le pouvoir.  L'art de plaire est le fondement du jeu politique, la langue de bois, en plus du boniment, sont les outils privilégiés du politicien. 

Au niveau fédéral, nous avons présentement un premier ministre qui doit se dépatouiller avec une crise financière et économique qu'il était le seul à ne pas voir il y a quelques mois. Et au niveau provincial, notre premier ministre et sa grande argentière s'enlisent dans un innommable charabia administratif à propos du gouffre financier à la Caisse de dépôt et de placements du Québec : "ce n'est pas nous, c'est la faute au bouton à quatre trous".  Ceci s'ajoute au scénario rose bonbon de la situation budgétaire du Québec présenté quelques heures avant le déclenchement de la dernière campagne électorale et de la croisade subséquente pour n'avoir qu'une paire de mains sur le gouvernail assurant ainsi, toujours selon les dires de notre bonimenteur en chef, une garantie totale d'une bonne gouvernance.  Que de mots, de boniments et un si piètre résultat.  Ce sont les mêmes acteurs, il y a quelques années, qui nous susurraient "Nous sommes prêts" et une grande partie de la population les ont cru. 

Comme le souligne souvent les touristes qui nous rendent visite, les québécois sont du bon pain, gentils, aimables et crédules.    Dans ce sens, je doute que nous pourrions élire, un jour,  un Barak Obama québécois qui aurait l'audace et le courage de donner l'heure juste  et de nous convier à la reconstruction d'un Québec lucide, solidaire et progressiste. 

Si nous avons le temps, nous pourrions toujours y penser entre "Tout le monde en parle" et "Star Académie" le dimanche soir.  Et les médias, entre les manchettes sur Nathalie Simard et Michèle Richard, pourraient toujours convier leurs lecteurs à la réflexion.  Mais le problème de l'heure est à savoir si Carey Price retrouvera ses moyens.  Alors, rendez-vous aux prochaines élections en 2009 ou 2013. (B.F. - Le 6 mars 2009/La Voix de l'Est - Le 11 mars 2009