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Analyse sociale et politique
   Accueil            6.01.2010 - 174 fois... rien que ça !

6.01.2010 - 174 fois… rien que ça !

Les communs des mortels, que nous sommes, avons toujours été  au fil de l’Histoire de la chair à canon pour l’ensemble de nos dirigeants, toutes catégories confondues. Ça remonte, je pense, à l’Arche de Noé.  À travers les croisades, les guerres, les révolutions politiques ou industrielles, les récessions, les crises financières et que sais-je, le bon peuple s’est toujours vu octroyer le rôle de troufion.

Le réchauffement climatique, c’est la faute de madame Gingras de la rue Montana à Montréal;  la récession, c’est la faute des méchants syndicats qui font des demandes exagérées; la crise immobilière aux États-Unis, c’était la faute de monsieur Smith de Lafayetteville en Pennsylvanie; la faillite de la banque Bear Stearns de New-York, c’est la faute de toutes les Johnson du  Vermont.  Sans parler de la guerre en Afghanistan qui est de ma faute, de la déforestation en Amazonie qui est la faute de madame Tremblay de Chicoutimi et de la crise au Moyen-Orient qui est la faute de tous les pioupious de cette terre. 

Mais durant ce temps, le Centre canadien de politiques alternatives* déposait, le 4 janvier 2010, son rapport dans lequel nous apprenions que les 100 principaux dirigeants d’entreprises canadiennes gagnaient 174 fois le salaire moyen d’un travailleur canadien. À 13h. 01, le 4 janvier 2010, un PDG du club des 100 aura gagné 42,000$, c’est ce qu’un travailleur canadien moyen, travaillant à plein temps, mettra toute l’année 2010 à gagner.  Vive la justice distributive de notre système néocapitaliste et néoréactionnaire.  Et encore, 42,000$ c’est très loin de ce que gagne annuellement une préposée aux bénéficiaires qui prend soin des “p’tits vieux“  souffrant de la maladie d’Alzheimer ou d’un chômeur de la Gaspésie qui a perdu son emploi grâce à un des PDG du club des 100.

Ces mêmes PDG pourront toujours nous faire brailler en disant que cet écart est beaucoup plus grand aux États-Unis et en France où nous parlons de 300 et même 400 fois le salaire moyen.  Mince consolation pour les simples biffins que nous sommes.

À cela, il faut ajouter les centaines, les milliers de milliards de dollars, d’euros ou de pesos que les États ont injecté dans les entreprises de ces PDG pour leur sauver leurs têtes.  Et depuis, rien n’a changé dans ce merveilleux monde :“business as usual“.  Les mesdames et messieurs Gingras, Smith, Johnson et Tremblay de ce monde sont réquisitionnés pour réparer les failles et les torts d’un système qui les largue à la première occasion : en avant les tourlourous.

Henry Mintzberg, professeur-titulaire de la chaire Cleghorn à la Faculté d'administration de l’Université McGill de Montréal, où il enseigne depuis  1968 et  auteur internationalement reconnu d'ouvrages de management, a déjà énoncé qu’un différentiel de 40 fois, tout au plus, devait être la norme dans les entreprises et sociétés modernes.  Nous sommes loin des recommandations de ce réputé spécialiste.  Si on s’en tenait à cette norme, c’est vrai qu’à 1,7 million $, nos PDG  vivraient l’indigence et devraient s’inscrire sur la loi de l’assistance publique et du secours direct, loi  instituée en 1921 par le gouvernement fédéral. 

Mais soyons réconfortés troufions, pioupious, biffins, tourlourous de ce monde, les Harper, Sarkozy, Berlusconi et Brown, entre autres,  s’occupent de nous.  Ça c’est rassurant pour la suite des choses et notre avenir. (B.F. – Le 6 janvier 2010/La Voix de l’Est – Le 7 janvier 2010)

* Sources

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2010/01/04/003-salaires-canadiens.shtml

http://www.policyalternatives.ca/newsroom/updates/top-ceos-still-raking-it