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Analyse sociale et politique
   Accueil            5.08.2012 - Prendre des vessies pour des lanternes

Prendre des vessies pour des lanternes

Rien de nouveau sous le soleil, une période électorale est un moment privilégié pour entendre des déclarations plus farfelus les unes que les autres.  Dans les trois premiers jours seulement, nous nous sommes fait promettre, par un apprenti politicien, un médecin de famille pour tous dans la prochaine année. Un autre, plus malin, nous promet 250,000 “jobs“  avant la fin d’un mandat de 5 ans; alors que bon an mal an, il s’en crée 40,000. En réalité, c’est donc 10,000 emplois par année sa promesse, c’est mieux que rien.  Mais 50,000 c’est moins spectaculaire que 250,000.

En 2012, nous avons une chance inouïe. La campagne électorale décrétée par le chef du PLQ suit de quelques jours le Festival du Grand Rire de Québec et le Festival Juste pour Rire de Montréal, c’est vous dire toute la chance que nous avons.  À une différence près :  les deux premiers sont des spectacles d’humour où la comédie et le rire sont  assurés. Dans la mise en scène électorale, c’est plutôt un rire jaune où ce sont les citoyens qui paieront pour les facéties de pseudos humoristes. Donc, la machine est bien lancée,  et nous avons encore un mois, plus ou moins, à entendre ces divagations politiciennes. 

Le monde de la santé et des services sociaux est rabiboché depuis quarante ans.  Dans le monde de l’éducation, on ne compte plus les réformes miracles.  Le réseau routier  est “plastré“. Les déficits s’accumulent.  La corruption est devenue le modèle de gouvernance. Le territoire est donné au plus offrant. Mais nos politiciens s’épivardent et font de la surenchère.  Dans un autre domaine, nous appellerions cette façon de faire du racolage et nous serions des clients consentants même si la loi interdit cette pratique.

Durant une campagne électorale, nos apprentis politiciens sont tous détenteurs de la recette de la potion magique pour guérir tous les maux de la société, une fois  au pouvoir, ils ont oublié le comment faire.  Félix Leclerc dans une de ses chansons nous avait prévenu, mais les citoyens se font arnaquer à chaque fois : les lendemains qui chantent, c’est pour la prochaine fois. Patience et longueur de temps
font plus que force ni que rage“ dit le proverbe.  Et comme l’a dit un illustre penseur anonyme : “c'est avec ce genre de maxime qu'on a fabriqué des générations de moutons serviles. Aux temps féodaux, on les appelait des serfs, aujourd'hui ce sont des consommateurs“  et des électeurs.

Un médecin de famille, c’est plus spectaculaire que les redevances minières. Des “jobs“, plus accrocheur, plus vendeur que la protection de l’environnement. Et dans la situation actuelle, nous pouvons aussi ajouter la peur des “carrés rouges“  qui remplace les craintes du communisme, des syndicats de l’époque Duplessis ou du “Bonhomme 7 heures“ de notre enfance.

Le tout repose sur deux bases qui ont résisté au temps.  Jouer sur les émotions et compter sur la mémoire défaillante des citoyens.  L’important est de bien paraître, le messager est plus important que le message, le contenant plus important que le contenu. 

Dans la loi sur la protection du consommateur du Québec, il est dit qu’une entreprise ne peut faire de déclarations trompeuses et qu’elle doit prévoir une garantie sur son produit, c’est écrit noir sur blanc. 

Comment se fait-il qu’un parti politique puisse se permettre de prendre des vessies pour des lanternes ?  Un médecin de famille pour tous, d’ici un an et 250,000 “jobs“, ça ressemble à des déclarations trompeuses ???  Mais les émotions et la mémoire étant ce qu’elles sont… “Business as usual“ se disent  nos amuseurs publics.  (B.F. – Le 5 août 2012/La Voix de l'Est - Le 8 août 2012)