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5.03.2008 - Les "cheerleaders"  agitent leurs pompons

Claude Castonguay, le père biologique et historique du système de santé québécois a remis son rapport, il y a un peu plus d'une semaine.  Il devait proposer de  nouvelles avenues  pour le financement des services de santé.  Il a rempli son mandat.    Mais depuis la parution du document, force est de reconnaître que nous avons droit à des opinions  aussi vives que discordantes.

Entre autres, les "cheerleaders" du néo-libéralisme, du privé à tout prix  et du moins d'État possible ont sorti, en plus de leurs pompons, leurs trompettes pour claironner haut et fort que c'est la voie à suivre et le plus rapidement  possible.  Il faut lire tous les "Alain Dubuc" et entendre tous les "Mario Dumont" de ce monde pour saisir toute la jouissance que ce rapport provoque dans les alcôves de la droite québécoise bien pensante.  Ce rapport est l'aboutissement d'un long cheminement à caractère subliminal  pour  convaincre la masse mal-informée que nous sommes, qu'il n'y a pas d'autres alternatives que de se donner au privé  et que ce dernier saura  y  faire, c'est un discours qu'on nous inflige depuis trop longtemps.

Augmentation de la taxe de vente, mise en place d'une cotisation annuelle, crédit d'impôt, recours à une assurance privée, imposition d'une franchise annuelle, hausse des primes de l'assurance médicaments : tous des éléments de solution qui vont directement piger l'argent dans les poches du citoyen-payeur, c'est la solution facile et universelle du système capitaliste de plus en plus sauvage dans lequel nous vivons. On nous présente toujours les effets mais jamais les causes. 

Mais revenons à l'essence même de ce que devrait être un système de santé universel,  accessible et gratuit, quoiqu'il n'a jamais été gratuit.  Un système de santé est par définition un cadre qui voit à la détermination de la qualité de vie.  Un système de santé se réalise par le développement de ressources et la redistribution de ces ressources, un système de santé détermine le degré de bien-être de l'individu ainsi que la place qu'il occupe dans la société.

L'objectif AVOUÉ de tout système de santé est de  voir à la réduction et l'élimination éventuelle des inégalités sociales par le biais de la redistribution des ressources et des possibilités sociales.  C'est ce que tous nos politiciens nous turlutent depuis des lunes;  Claude Castonguay, entre autres, depuis la fin des années 1960.

Par contre, l'objectif INAVOUÉ de tout système de santé, c'est de prendre en charge  tous les dégâts causés par le système économique en place, en attendant une solution supposée venir automatiquement de la croissance constante de l'économie.  Ce ne sont pas les lendemains qui chantent de Karl Marx, mais les mirages des ténors du néo-libéralisme. Cet objectif inavoué n'est jamais mis à l'avant-plan lorsque l'on nous présente l'urgence de revoir le financement de notre système de santé. 

La plupart des citoyens-payeurs reconnaissent que le système de santé québécois doit être revu, corrigé, amélioré.  La plupart des citoyens-payeurs pourront même accepter, à la limite,  de piger une fois de plus dans leurs poches, mais il est aussi vrai que les secteurs économiques et financiers devront y injecter la plus grande partie du financement requis pour mettre notre système de santé à niveau.  Les profits indécents déclarés par les grandes entreprises : institutions financières, compagnies pétrolières, industries pharmaceutiques, entre autres, justifient pleinement qu'elles investissent dans le mieux-être de la population qui les font vivre.  C'est ça, il me semble, que nous appelons la redistribution des ressources promis depuis des siècles par le système capitaliste.  Et surtout, ils doivent réparer les dégâts causés par leur développement effréné.

En plus, un prochain gouvernement devra oser certains rappels à l'ordre : lever le contingentement dans les facultés de médecine, on ne peut promettre des médecins que l'on n'aura pas. Freiner l'appétit des compagnies pharmaceutiques face la hausse vertigineuse de leurs produits;  et comme le souligne Michel Clair, dans un article paru dans La Presse du 23 février dernier, améliorer la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux.  Ça serait un bon début.

En soi, c'est de nous assurer la mise en place d'un système qui répondra aux besoins de la population en général et non seulement à certains privilégiés individuels ou corporatifs. (B.F. -  Le 5 mars 2008/La Voix de l'Est - Le 5 mars 2008)