hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            4.09.2002 - L'ère des “J. C.“

4.09.2002 - L'ère des "J. C."

À lisant cette chronique, je vous invite à faire un rapide survol de l'histoire ancienne et nouvelle.  Pour les plus vieux, ça sera un rappel de l'histoire que nous apprenions à la petite école et pour les plus jeunes, ça vous démontrera ce que la petite école a oublié de vous enseigner.  Mais ça, c'est un autre débat.

Pour les personnes nées autour de la deuxième guerre mondiale, nous avons vécu l'histoire des "3L", c'était le trio Lesage, Lévesque, Lapalme qui allait révolutionner le Québec en 1960.  Le Québec moderne est un peu leur réalisation.  Ils ont été les pères de la Révolution tranquille.

Mais l'humanité dans son ensemble a connu et connaît l'ère des "J. C." et c'est un peu ces personnages illustres, pour certains, et moins illustres pour d'autres, que je tenterai de vous présenter.  Ils ont peut-être les mêmes initiales, mais ils ne passeront pas tous à l'Histoire à cause de la grandeur de leurs réalisations.  Il y en a que l'on aimera mieux oublier.  Mais l'Histoire étant ce qu'elle est, ils ont ou ils auront une niche dans le temple de la renommée de l'humanité.  Il se peut qu'il y ait d'autres initiales aussi populaires, mais au Québec, au Canada nous sommes marqués par les "J. C.".  Nous y allons par ordre d'ancienneté  pour ne pas faire de jaloux, ce qui fait en sorte que nos "J. C." les plus connus actuellement passeront les derniers.

Tous se souviennent de Jules-César né en 101 avant notre ère.  En plus d'être une vedette des aventures d'Astérix, il conçut des réformes d'un ampleur démesurée.  Il était conscient de la détresse des pauvres.  Il redistribua les terres aux familles les plus pauvres.  Il créa des institutions qui servirent de modèle durant des siècles.  C'est à lui que nous devons la mise en place des impôts directs, ouais.  Il domina le monde à son époque.   Et il  mourut assassiné par un de ses proches.   Un premier "J. C." assassiné par un de ses proches.  Jules-César est au sommet du temple de la renommée de l'humanité.

Quelques années plus tard, Jésus-Christ est apparu.  Il aurait vu le jour à l'an 1 ou en l'an 3  de son ère:  les chercheurs ne s'entendent toujours pas.  Il a marqué son temps et tous les temps.  Son histoire est sainte et elle livre des messages d'espoir auprès de centaines de millions de chrétiens.  Il a laissé un message de paix, d'amour et de miséricorde.  Par contre, en son Nom, beaucoup d'atrocités ont été commises.  Il est mort sur la croix et il a été renié trois fois par un de ses proches.  Un autre "J. C." qui a eu maille à partir avec un de ses proches.  Jésus-Christ est aussi au sommet du temple de la renommée de l'humanité.

Sautons quelques siècles et rapprochons nous de notre histoire.  Jacques-Cartier a vu le jour en 1491.  Il s'est fait navigateur et explorateur, il voulait trouver la route par le Nord pour aller en Asie.  Évidemment, il ne se rendit jamais en Asie.  Il découvrit le Canada et il atteignit Hochelaga qui deviendra Montréal.  Il est le premier à dresser une carte du Saint-Laurent.  Au nom du Roi de France, il assure l'autorité de la France sur ce nouveau continent.  Il est surnommé le découvreur du Canada et à ce titre, il a une place de choix au temple de la renommée de l'humanité.  Plus chanceux que Jules-César et Jésus-Christ, il mourut de sa belle mort en 1557 dans un paisible village de la douce France.

Un autre petit saut dans le temps, mais nous restons toujours en France.    Notre prochaine vedette est née en 1932.  Il a une influence sur l'histoire moderne.  Il est un acteur quotidien de l'actualité mondiale.  Il est de la race des hommes qui ont fait de la politique leur activité première.  Il a été député, maire, ministre, premier ministre.  Il est maintenant Président de la République.    Au printemps dernier, Jacques Chirac avait deux options devant lui: retourner au Palais de l'Élysée comme président ou entrer au Palais de Justice comme accusé de corruption.  Il a eu la vie sauf grâce à Le Pen.  La grandeur de Jacques Chirac est sa capacité à renier ses promesses faites durant ses campagnes électorales.  Il a fait le coup en 1995 et à peine  trois lunes après sa dernière réélection, son gouvernement a fait le contraire de ce qu'il avait promis.  Donc pas d'augmentation du salaire minimum, pas d'amélioration du système de santé mais augmentation des taxes sur l'électricité.  Et une jolie augmentation de 70% du salaire de ses ministres.  Nous sommes bien loin de la grandeur du Général De Gaulle.  Contrairement aux autres "J. C.", c'est lui qui donne les coups.  Il n'est pas assuré qu'il ira haut dans le temple de la renommée de l'humanité.

Et là, on arrive chez nous.  Notre premier vrai "J. C." à nous,  né en 1934,  hante notre vie depuis 1963.  Lui aussi  a gravi tous les échelons de la carrière politique.  Il est le personnage favori de tous les caricaturistes du Canada et ses déclarations mémorables ont permis la parution de deux petits bouquins amusants.  Jean Chrétien, notre premier ministre canadien, veut battre des records: longévité comme parlementaire, nombre de fois réélu comme premier ministre, nombre de fois qu'il prononcera le mot "séparatisss" et combien d'autres.  Pierre Elliot-Trudeau est passé à l'histoire en rêvant à son Canada bilingue et avec sa charte des droits,   Brian Mulroney est passé à l'histoire avec le libre-échange, Jean Chrétien veut passer à l'histoire en élargissant la trans-canadienne à quatre voies à la grandeur du Canada.  Par contre, Jean Chrétien, tout comme Jules-César, doit se méfier: il a un Brutus dans son entourage. Dans un autre temps, selon la petite histoire,  il aurait été un Brutus.  Tout comme Jacques Chirac, il n'est pas assuré d'une très grande place au temple de la renommée.

Restons à Ottawa.  En 1939 naissait notre deuxième "J. C." canadien.  Son record, il l'a déjà, il a été le plus jeune premier ministre canadien.  En effet, Joe Clark faisait mordre la poussière à Pierre Elliot-Trudeau en 1979.  Il a bien fait quelques gaffes, mais sa fraîcheur dégageait le ciel maussade de la politique canadienne.  Il voulait faire des choses et sa grande naïveté le rendait sympathique.  Lui aussi durant sa carrière a rencontré plusieurs Brutus.  Il demeure, aux dires de tous, un personnage politique respecté.  Il aura sûrement une bonne place au temple de la renommée.

Traversons la rivière des Outaouais, comme l'a fait notre dernier "J. C." et arrivons à Québec.  Celui qui veut réinventer le Québec a vu le jour en 1958: nous étions à l'aube de la Révolution tranquille.  Donc Jean Charest a trouvé le slogan magique, c'est tout simple ou simpliste: réinventer le Québec.  Comme le soulignait plusieurs journalistes, il faudrait qu'il y ait quelqu'un dans son entourage pour lui expliquer l'évolution du Québec depuis sa naissance.  Il serait plus approprié comme l'écrivait Laurent Laplante, suite à cette trouvaille, que Jean Charest fasse le contraire de ce qu'il dit.  Les derniers propos de Jean Charest doivent "se faire retourner" dans leur tombe les membres de l'équipe libérale des années 1960.  Par contre, notre dernier "J. C. peut se consoler, il n'y a pas de Brutus actuellement dans son entourage.  Et une place au temple de la renommée est loin de lui être assurée.  Encore qu'il lui faille trouver la porte.

Comme nous pouvons le constater l'ère des "J. C." recèle du bon et du moins bon.  Aurions-nous plus d'espoir avec l'ère des "P. M." ? Pas assuré,  c'est une histoire à suivre et nous la suivrons.  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 4 septembre 2002)