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Analyse sociale et politique
   Accueil            30.07.2009 - Pourquoi je paierais ENCORE pour ça ?

Pourquoi je paierais ENCORE pour ça ? – 30 juillet 2009

C’est à désespérer de la race humaine.  Dans les derniers jours, les nouvelles télévisées et les quotidiens nous rapportaient un incident survenu à Drummondville.  Une jeune fille a subi un traumatisme crânien grave mettant sa vie en danger, en faisant du “car surfing“.  C’est le deuxième incident du genre à se produire au Québec dans les dernières semaines.  C’est la nouvelle trouvaille de soi-disant adeptes de sensations fortes qui ne savent plus quoi s’inventer pour se faire remarquer.  Semble-t-il que Youtube regorge de ces actions débilisantes “zéroïques“.

C’est illégal, il va sans dire, et nullement reconnu par le Comité international olympique.  Mais nous pouvons présumer que cette pratique risque de prendre de l’ampleur dans un avenir rapproché;  ainsi se comporte l’humain avec un petit “h“.  Toujours plus haut, plus vite, plus loin indépendamment des conséquences, version moderne d’une génération de petits et de grands “n’enfants“ insouciants, irresponsables et associaux. 

Vous me direz que cette trouvaille du “car surfing“  n’est pas la première et ne sera pas dernière invention d’accrocs qui carburent à ce type d’expérience folle.  Je le sais et toutes les personnes sensées le savent.  Mais est-ce une raison pour attendre l’intervention du Saint-Esprit ?  Où se trouve la limite du tolérable pour une société ?  Frais médicaux et hospitaliers pour les accidentés, frais de réadaptation des accidentés, frais judiciaires pour les personnes poursuivies pour ces actions criminelles, frais policiers pour une surveillance accrue, sans oublier les conséquences psychosociales de ces incidents sur les familles, les proches.  Il ne faut pas passer sous silence tous les trémolos qui nous serons servis : “c’était un gentil garçon, une fille épatante“.  Gentil, épatante,  mais irresponsable.

Nos valeureux gouvernements décrètent des limites à de nombreuses entreprises mettant en danger la santé publique  tout en leur imposant des amendes pour non-respect des normes.  Moins de sel dans les aliments, moins de gras dans ceci et cela, moins de pesticides, moins de beurre d’arachides dans certaines préparations pour protéger les personnes souffrant d’allergies, moins d’alcool au volant, des poêles à bois moins polluant, un casque obligatoire pour les adeptes du vélo et du ski, et que sais-je ?  Tous et chacun avons des assurances pour nous protéger de l’imprévisible : santé, autos, habitations, voyages, travail, etc…  Ce n’est pas assez, nous devons payer en plus pour ceux et celles qui consciemment posent des gestes sans aucune commune mesure avec le gros bon sens.  Qui plus est, il ne faudrait pas se surprendre si une fondation quelconque s’impliquait et  sollicitait  le commun des mortels pour atténuer les préjudices que ces victimes volontaires se sont infligées.  Ainsi va notre société dite évoluée.

Je veux bien être solidaire avec les plus démunis.  Je veux bien défendre un système qui valorise l’accessibilité, la gratuité, l’universalité des services.  Je veux bien monter aux créneaux pour défendre la redistribution des richesses.  Je veux bien défendre l’équité, l’égalité entre les personnes  et la promotion des chartes de tous les droits.  Je veux bien défendre les poissons de toutes les rivières, les bélugas du Saint-Laurent, les espèces menacées de l’Amazonie, les tigres blancs du Népal.  Je veux bien supporter les déplacés du  Darfour, les innocentes victimes de toutes les guerres, de tous les génocides et de toutes les atrocités commises par nos  sociétés dites évoluées; c’est une responsabilité morale et citoyenne.

Mais accepter et supporter des individus qui consciemment posent des gestes irresponsables en toute connaissance de cause, je sens que la limite est atteinte.  Dans plusieurs domaines, nous appliquons la notion de l’utilisateur-payeur, il serait peut-être temps d’étendre cette notion aux petits et aux grands “n’enfants“ irresponsables.  Nous avons des droits, mais ce que nous oublions trop facilement, c’est que ces droits impliquent des responsabilités et malheureusement, trop souvent, nous sommes portés à balayer nos responsabilités sous le tapis.  Je n’ai plus, la société n’a plus à payer pour ces inconscients conscients.  (B.F. – Le 30 juillet 2009/La Voix de l’Est – Le 3 août 2009)