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3.11.2010 - Les “p’tits vieux“ coûtent moins cher que prévu

Un petit extrait d’une courte entrevue à l’émission Maisonneuve en direct sur la Première Chaîne de Radio-Canada le 1er novembre,  un article de Mathieu Perreault, bien enfoui à la page A 15, dans La Presse du 29 octobre nous apprenaient que le vieillissement de la population coûte moins cher que prévu.  Ce sont les résultats contenus dans le  dernier rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé. 

Les conclusions de ce rapport mettent par terre toutes les prévisions apocalyptiques de certains experts qui nous annoncent régulièrement  à grand renfort de manchettes, de premières pages, de reportages que les “p’tits vieux“ vont embourber les urgences des hôpitaux, défoncer les budgets de la santé, être un poids pour les générations futures.   Qui plus est, le même rapport affirme que c’est au Québec que la hausse des dépenses en santé est la plus faible et où il y a le plus de spécialistes et de médecins de famille par habitant et autant d’infirmières qu’ailleurs au Canada. 

Ce qui n’empêche pas de se questionner sur les ratés de notre système de santé.  À peu près tout le monde s’entend pour affirmer que nous avons un bon système de santé, le problème est d’y entrer.  Une fois que vous êtes pris en charge, les services sont de bonnes qualités.  

Depuis la naissance de notre système, il y a 40 ans, à peu près tous les ministres qui se sont succédés à ce ministère ont affirmé que les problèmes avaient leurs sources au niveau administratif et que le réseau était mal géré.  Nous avons connu, surtout depuis 1985, une cascade de réformes : intégration et rapprochement administratif, fusion d’établissements, apparition et disparition de structures régionales, locales, territoriales.  Et que sais-je ?  Nos bibliothèques sont pleines de rapports nous expliquant le quand, le pourquoi, le comment,  le tout s’appuyant sur une vision à courte vue. 

Au début des années 1990, Marc-Yvan Côté, ministre, a formulé une des rares réformes sérieuses suite aux consultations de la Commission Rochon.  Pour son malheur, il été “lâché“ par son premier ministre du temps.  Quelques années plus tard, Jean Rochon, ministre, a repris à son compte la réforme proposée par son prédécesseur, mais malheur pour lui aussi, son premier ministre d’alors, lui a mis le “Déficit 0“ dans les pattes.  Ce qui fait  que d’un ministre à l’autre depuis ce temps, le réseau de santé est charcuté, démotivé, asphyxié, sclérosé. La dernière réforme du bon docteur Couillard a dénaturé ce que devrait être un réseau performant. 

Si nous reprenons les conclusions du rapport de tantôt : les budgets sont là; les personnels sont là; démotivés assurément, mais ils sont là; les connaissances sont là; les technologies sont là, même si quelques-unes peuvent être inutiles et souvent trop dispendieuses.  Alors…

Alors, se pourrait-il que l’organisation professionnelle soit déficiente ?  Alors, se pourrait-il que le “melting pot“ des missions rend la livraison des services impossibles ?

L’être humain est un être BIO-PSYCHO-SOCIAL et l’objectif d’une société bien organisée est de mettre cet être en équilibre dans les trois sphères.  Tant et aussi longtemps que nous nous acharnerons à médicaliser le fonctionnement de l’être humain, nous aurons droit aux manchettes, aux premières pages et aux reportages nous affirmant que les “p’tits vieux“ coûtent trop chers. 

Les programmes de périnatalité, les personnes atteintes d’Alzheimer et les chirurgies cardiaques, entre autres, n’ont pas les mêmes grilles d’analyse.  Les besoins et les réponses ne peuvent pas tous être envisagés à travers une lorgnette médicalisante.  On doit refaire tout simplement nos devoirs, une autre fois. (B.F. – Le 3 novembre 2010/La Voix de l’Est – Le 5 novembre 2010)