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Analyse sociale et politique
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3.09.1991 - La Loi 120 et ses gageures

La Loi 120 portant sur la réforme des services de santé et des services sociaux est une réalité depuis quelques jours.  L’Assemblée Nationale l’a adoptée le 28 août dernier.  Ceci met un terme, en théorie, a plus de six ans de réflexion, de consultations, de pressions de toutes sortes émanant de toutes parts.  D’un projet enthousiasmant de renouvellement, il est devenu une Loi qui s’attardera beaucoup plus aux structures qu’aux orientations novatrices.  Il sauvegarde les acquis tout en laissant espèrer un avenir meilleur.  D’une réforme axée sur le citoyen consommateur, décideur et payeur, il ne reste que bien peu de choses.  Nous laissons à d’autres la tâche d’analyser les gains et les pertes de ce branle-bas.

Le réseau des centres d’accueil d’hébergement et des centres hospitaliers de soins de longue durée est l’un des secteurs les plus touchés par la réforme.  Il y aura une restructuration complète de ce réseau à partir du territoire d’une M.R.C. (municipalité régionale de comté).  Un conseil d’administration unifié verra au fonctionnement de trois, quatre, cinq établissements dans autant de villes et villages différents.  La mission des centres d’accueil d’hébergement et des centres hospitaliers de soins de longue durée est unifiée: la nouvelle organisation, le centre d’hébergement et de soins de longue durée, aura à répondre à une clientèle  d’adultes en perte d’autonomie.  L’échéancier d’application devrait être connu sous peu, le mode d’emploi devrait faciliter cette restructuration.

Par contre, même en s’adressant prioritairement aux structures, cette Loi laisse apparaître certains éléments intéressants, à tout le moins, pour les futurs centres d’hébergement et de soins de longue durée.  C’est une bouffée d’air frais.  Cette nouvelle organisation devra offrir un milieu de vie:  cette notion n’est pas nouvelle et pour le commun des mortels, elle peut sembler élémentaire.  Mais pour les bénéficiaires, les personnels, les administrateurs, les familles vivant cette réalité, c’est un autre débat.  L’identité du futur centre d’hébergement et de soins de longue durée passera par l’affirmation de sa vocation sociale et la préservation de l’action mis sur la qualité de la vie et le maintien d’un milieu de vie socialisant.  Cette prédominance de la dimension socialisante fera la spécificité de la philosophie de cette nouvelle organisation tout en répondant aux besoins de la personne dans sa globalité bio-psycho-sociale.  Ce qui revient à dire, que cette nouvelle organisation aura à se préoccuper de mettre en place un milieu de vie qui s’apparente au milieu d’origine de ses résidents.  Ce n’est ni un “ Club Med “ pour personnes âgées, ni un hôpital aseptisé.  C’est un milieu  qui devra valoriser le potentiel, si minime soit-il, et non la maladie.  La personne hébergée requiert 3, 4, 5 heures de soins par jour, mais  il reste encore 21, 20 ou 19 heures dans la journée.  C’est la première gageure de cette nouvelle organisation: rendre le milieu vivifiant.  Et pour y arriver, il n’est pas assurer qu’il y aura une équation entre les ressources financières et les besoins des personnes hébérgées.

Cette nouvelle organisation, comme toutes les autres organisations de la santé et des services sociaux, devra préparer avec la participation de ses personnels un plan d’action pour le développement du personnel.  Ce plan devra contenir des mesures relatives à l’accueil du personnel, à leur motivation, leur valorisation, le maintien de leur compétence, leur évaluation, leur perfectionnement, leur mobilité et l’orientation de leur carrière.  C’est la deuxième gageure  de cette nouvelle organisation.  Tout en rendant le milieu vivifiant pour la personne hébergée, l’organisation devra assurer une qualité de vie au travail pour ses personnels. Et là, aussi, il n’est pas assuré que de nouvelles  ressources appuierons ces orientations.  Mais force est d’admettre que ces milieux comptent déjà sur des personnels dynamiques, innovateurs et dévoués.  Cela facilite le cheminement.

Cette nouvelle organisation, comme nous l’avons souligné au début, verra la jour suite à l’intégration de plusieurs établissements.  Etablissements qui ont des cutltures propres, des traditions uniques, des histoires spécifiques et des cheminements différents.  C’est la troisième gageure de cette nouvelle organisation.  Elle devra assurer  le respect de toutes ces particularités.  Un territoire, c’est bien beau, mais le sentiment d’appartenance à l’institution locale ne peut être écarté du revers de la main.

Le projet initial voulait modifier des valeurs, des attitudes, des comportements et des mentalités.  Le projet initial voulait bonifier  nos services de santé et nos services sociaux.  Le projet initial voulait coller notre système de santé et de services sociaux sur les réalités que nous auront à vivre dans les prochaines décennies.  Les pressions ont faites que nous devrons nous contenter de réajustements, mais rien nous empêche localement, sur un territoire de M.R.C. d’aller plus loin tout en respectant l’esprit de la Loi.

Ce sont aux structures à s’adapter aux besoins des personnes et non le contraire. Il appartient à tous les partenaires: bénéficiaires, administrateurs, personnels, familles de s’assurer de l’atteinte de cet objectif.  Et tout cela doit se faire dans une situation de rareté de ressources disponibles et de besoins de plus en plus grands. Défi stressant, peut-être, mais tout compte fait stimulant. (B.F. – La Voix de l’Est/Le 3 septembre 1991)