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Analyse sociale et politique
   Accueil            3.08.2011 - Post Tenbras Lux

3.08.2011 - Post Tenebras Lux

Nous pouvons traduire cette phrase par Après les ténèbres, la lumière.  Cette phrase, en latin, a été choisie comme devise lors de la Réforme protestante aux 15e et 16e siècles. C’est actuellement la devise de la ville de Genève en Suisse.

Il n’est pas dit, ça doit lui tenter, que notre ineffable premier ministre canadian, s’il le pouvait, changerait bien l’actuelle devise canadienne A Mare usque ad Mare  par cette vieille phrase de la Réforme protestante.  À le voir aller depuis le 2 mai dernier, il s’est donné comme mission de réformer le Canada.  Pour lui l’ère Trudeau, l’ère Chrétien et même l’ère Mulroney semblent synonyme  d’égarement et de perdition sociale : le Canada de ces époques, pour lui, ressemblant à un grand Sodome et Gomorrhe des temps modernes.  N’a-t-il pas déclarer récemment, lors d’un discours partisan ; “Conservative values are Canadian values. Canadian values are Conservative values".  Dans ce sens, il veut faire œuvre de rééducation et amener SON Canada et par extension les canadiens dans le droit chemin, SON droit chemin.  Avec son gouvernement majoritaire, il est en position de réaliser ce retour en arrière : la Grande noirceur à la mode Duplessis.

En étant minoritaire, il a renié la signature de ses prédécesseurs sur certaines ententes internationales.  Il a fait perdre la crédibilité diplomatique que le Canada avait acquise au fil des années ayant comme conséquence la défaite de la candidature canadienne au Conseil de sécurité de l’ONU.  Il avait même auparavant boudé cette organisation au profit d’un comptoir de beignets.  Il a creusé des déficits budgétaires que les précédents gouvernements avaient pris des années à résorber, sur notre dos faut-il le dire.  Il a calqué sa politique sur celle de son maître à penser, le non moins ineffable George W.  Tous ces dérapages ne l’ont pas empêché d’être réélu à la tête d’un gouvernement majoritaire, le Québec refusant ouvertement de l’appuyer.  Ce qui fait qu’il est là pour au moins quatre ans.  Et le pire est à venir, il ne s’en cache même plus.  Il a été patient.

Nous sommes entrés dans SON ère où la loi et l’ordre, le contrôle de l’information, les nominations partisanes et son va-t-en-guerre sont devenus les piliers de son action politique.  Notre premier ministre canadian s’abreuve et s’inspire du credo de l’ancien Reform Party, dont il fut un membre fondateur et où il a agi comme conseiller politique.  Il a aussi milité au sein National Citizens Coalition (NCC), un groupe de pression de droite.

Dans ses jeunes années, son allégeance politique était Libéral, parti qu’il délaissera lorsque Pierre Elliot Trudeau appliquera son Programme énergétique national. Rappelons aussi qu’il a travaillé pour Imperial Oil Ltd, à Calgary, ce qui peut expliquer  son enthousiasme pour le développement des sables bitumineux.

Notre ineffable premier ministre canadian a été Libéral, Progressiste-conservateur, Réformiste, Allianciste, Progressiste-conservateur avant de devenir le chef du  nouveau Parti Conservateur du Canada en squattant cet ancien parti et en éliminant le volet “progressiste“.

Au fil de son sinueux parcours politique, il s’est opposé à Pierre Elliot Trudeau, à Preston Manning, à Brian Mulroney tout en étant appuyé dans les années 1990 par le Heritage Front  et par l’Alliance pour la préservation de l’anglais au Canada (APEC).

Son ambition politique, il ne faudrait pas s’en surprendre, serait d’américaniser SON Canada pour en faire un gros Texas. 

Il semble oublier que les canadiens et les québécois boivent du café colombien dans une tasse fabriquée en Chine tout en mangeant une pâtisserie française, assis dans un fauteuil suédois en écoutant un film italien dont ils ont entendu la publicité sur une radio japonaise en roulant dans une voiture allemande. Ces mêmes canadiens et québécois aiment bien les plages sablonneuses du Maine et de la Floride, mais détestent certains “morons“, comme le disait monsieur Chrétien, qui se prennent encore pour le nombril du monde.

Comme le soulignait Louis Cornellier dans un article du journal Le Devoir, le 13 novembre 2010, une lecture s’impose à tout canadien ou québécois qui veut protéger la nature historique de notre société ;  c’est le bouquin “Contre Harper“  de Christian Nadeau publié chez Boréal.  Peut-être est-il déjà trop tard ?  La contre-réforme  “harperienne“ est déjà en application.  (B.F. – Le 3 août 2011)