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3.04.2002 - Nous devenons des "clones"  de la culture Made in USA

Nous vivons sur une planète que nous sommes en train de détruire alors que nous devrions être les jardiniers de cette planète.  Il faudrait la cultiver.  Or, nous ne sommes pas seulement très loin de cette préoccupation, mais qui plus est, nous ne nous l'imaginons même pas.

L'imaginaire de notre époque, c'est celui de l'expansion illimitée, c'est l'accumulation de la camelote - une télé dans chaque chambre, un cinéma-maison dans le sous-sol, une souffleuse de douze forces pour déblayer notre dix mètres carrés de l'entrée d'asphalte de notre maison.  C'est cela qu'il faut détruire.  Le système s'appuie sur cet imaginaire-là.  Nous nous acculturons d'une façon continue.  Nous devenons paresseux.

Nous écoutons la "pop music" agrémentée de rythmes latinos et reggae, nous mangeons des "Big Mac" servis avec du vin français,  Mickey parle français à Disneyland-Paris et nous faisons notre voyage annuel en Floride.

Mais, en bout de compte, Musique Plus, MacDonald's et Disneyland sont avant tout des icônes de la culture américaine, des chevaux de Troie des États-unis s'immisçant dans notre culture, dans nos cultures.  Le McDo américain se pare de toutes les couleurs de nos cultures.

Le McDo, ce sont les États-Unis qui se projettent dans un avenir façonnée par des forces économiques, technologiques et écologiques qui exigent l'intégration et l'uniformisation.  Toutes les villes américaines ont un stade au centre-ville; Montréal devait avoir le sien pour conserver le droit d'être considéré et de survivre dans le Mc Do américain; ça n'a pas marché, alors dehors Montréal.

C'est un avenir qui rassemble tous les pays dans un vaste Disneyland mondial.  C'est un centre commercial mis en réseau par des technologies de l'information, les échanges commerciaux et l'industrie du spectacle.   Ce sont les nouveaux souverains du monde et les pays ne sont plus capables de maîtriser leur vécu quotidien.

Les pays qui sont devenues des marchés exigent non seulement une monnaie commune: le dollar US, mais aussi une langue commune: l'anglais.  De plus, ils engendrent des comportements partout identiques: un "way of life" identique, urbain, cosmopolite.  Michael Jordan, Bill Gates, Céline Dion ont tous les mêmes traits: sans religion, sans culture, sans appartenance sauf la culture McDo: culture réduite à l'état de denrée, où l'habit fait le moine, où le look devient une sorte d'idéologie.

Les nouveaux produits sont moins des biens que des images contribuant à créer une sensibilité planétaire, véhiculée par des logos, des stars, des chansons, des marques et des "jingles".

Ces valeurs ne sont pas imposées par des gouvernements coercitifs ou des systèmes éducatifs autoritaires; elles sont transfusées dans la culture par des pseudo-produits culturels: films ou publicité, dont sont dérivés un ensemble de biens matériels, d'accessoires, de modes et de divertissements.

Le Roi Lion, Jurassic Park, E.T. et Titanic   ne sont pas seulement des films, mais ce sont aussi de véritables machines à commercialiser de la nourriture, de la musique, des vêtements et des jouets.

La culture américaine universelle de type McDo est irrésistible.  Nous avons vu le Titanic, nous mangeons chez McDo, nous écoutons Céline Dion, nous portons des NIKE, nous adorons Michael Jordan et Léonardo Di Caprio est le gendre rêvé de toutes les belles-mères de la terre.  Et je ne parle pas des "snowbirds" qui passent leur hiver en Floride et des grands-parents qui passent plus de temps devant les machines à sous du Casino qu'à échanger avec leurs petits-enfants.   C'est l'uniformisation par le bas.  On devient des "clones" bas de gamme.  Nous consommons de l'insignifiance.

Les firmes géantes jouent souvent un plus grand rôle dans les affaires internationales que les pays.  "Sur la planète Reebok, il n'y a pas de frontières" claironnait la campagne de publicité du fabricant de chaussures de sports.

Pour créer une demande mondiale de produits américains, les besoins doivent également être fabriqués à la même échelle.

Pour Coca-Cola, Marlboro, Nike, Hershey, Levi's, Pepsi ou McDonald, vendre des produits américains, c'est vendre l'Amérique: sa culture populaire, sa prétendue prospérité, son imaginaire et même son âme. 

La publicité porte autant sur les symboles que sur les biens, et elle ne vise pas seulement à commercialiser des produits, mais elle veut mettre en avant-plan des styles de vie et des images: c'est le citadin aisé, la star bonne enfant d'Hollywood, le politiquement correct, les noirs genre rappeurs décontracté à la Micheal Jordan et non le noir marginal vivant de l'aide sociale et promis à la prison.

Cette nouvelle culture mondiale est moins hostile qu'indifférente... et c'est ce qui est dangereux.  Les institutions actuelles repoussent, éloignent, dissuadent les gens à participer aux affaires de la planète.  Et c'est ainsi que nous devenons des "clones" américains. 

Le Québec, le Canada devenant ainsi une boutique spécialisée et exotique du centre d'achats planétaire américain.  Et c'est encore plus vrai depuis le 11 septembre 2001.  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 3 avril 2002)