hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            29.11.1992 - Non mais, il ne...

29.11.1992 - Non mais - il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards de bois

“Révoltant, ce gâchis des finances publiques”, tel était le titre de l’éditorial de Claude Masson dans La Presse du 26 novembre 1992.  Il poursuivait  “Effrayant ! Révoltant ! Décourageant ! Qu’allons-nous faire avec nos Gouvernements ? Changer un parti pour un autre ? C’est du pareil au même.  A Québec comme à Ottawa.  Quelqu’un quelque part, saurait-il administrer les finances publiques ?  Il faudra bientôt lancer un avis de recherche “.   C’était en page B-2.

“Camil Samson serait, jusqu’ici, la seule “vedette” des libéraux fédéraux”, tel était le titre de l’article de Marie-Claude Lortie, toujours dans La Presse du 26 novembre 1992, en page B-1. Elle poursuivait son article en faisant la nomenclature de futures vedettes qui se présenterons à la prochaine élection fédérale pour le Parti Libéral du Canada: “Céline Hervieux-Payette, ancienne ministre, se présentera dans un nouveau comté, son troisième; Denis Coderre, candidat défait dans une partielle; Michel Dupuy, candidat défait dans une élection générale, Clifford Lincoln, ancien ministre de l’Environnement”, et quelques autres noms.   Toujours dans le même article nous pouvions lire, “ Le plus gros problème au Québec  actuellement disent très officiellement les organisateurs libéraux, c’est le nombre trop peu élevé de femmes candidats.  “ Le gros désappointement”, dit le chef de cabinet de Jean Chrétien, Jean Pelletier”  [lui, c’est un ancien maire].  Comme le dit le dicton, si “le passé est garant de l’avenir”, on est pas sorti du bois.

Ce ne sont pas de telles annonces qui vont faire que l’économie va prendre du mieux.  Le gros problème n’est pas le nombre trop peu élevé de femmes candidats, c’est le retour de fantômes aux guides du gouvernement.  Comme le dit Masson dans son éditorial,  c’est “ effrayant, révoltant, décourageant”.  Ce sont sûrement de bonnes personnes,  comme vous et moi, là n’est pas la question.  Ce ne sont pas les bonnes personnes. La confiance de la population envers la classe politique actuelle est à son plus bas et le leadership de nos politiciens et de nos politiciennes est inexistant pour ne pas dire nul. Ce ne sont pas ces personnes qui s’annoncent, de même que ceux et celles qui sont en place présentement,  qui vont rehausser le statut de la classe politique.  Il y en a qui n’ont rien compris.

Il doit sûrement exister quelqu’un en quelque part, je ne sais où, qui dans le fond de lui-même ou d’elle-même  a le goût du risque, qui a un projet  de société emballant à présenter, tout en sachant que les lendemains ne seront pas roses, cela on le sait.  Il doit sûrement exister un homme, une femme, des hommes, des femmes qui sauront créer un climat propice au développement économique et social.  Ce n’est pas que nous attendions le Sauveur, il est déjà venu, mais est-ce trop espérer  qu’un groupe nouveau  d’hommes et de femmes prenne en main les destinées de l’Etat. Sommes-nous condamner à nous sous-développer ? Cauchemar.

Les “interventionnistes” de l’Etat nous ont amené au bord du précipice et les “interventionnistes” du monde des affaires nous ont fait faire un pas en avant. Nous sommes maintenant dans le gouffre.  Il n’y a pas un risque énorme à tenter autre chose.  On ne peut pas aller beaucoup plus bas. Du moins,  je l’espère. 

Les défis sont énormes, c’est le moins que l’on puisse dire. Des retards à tous les niveaux: santé, économie, éducation, transport, environnement, etc... ont été enregistrés, serons-nous capables de les rattraper ?  Nous sommes en train, si ce n’est  déjà fait, de “scrapper” une génération et d’en hypothéquer quelques autres.

Près de 500 milliards de déficit à Ottawa et un déficit de 40 milliards à Québec.  12% de chômage sera bientôt considéré comme le plein emploi.  15% d’assistés sociaux sera considéré comme un signe de richesse collective. 30% de décrochage scolaire sera le seuil de réussite de notre système d’éducation.  Et vous pouvez continuer, tout aussi bien que moi,  à élaborer les  balises de notre société de demain.  A moins qu’elles ne soient  celles déjà en vigueur aujourd'hui ?

Alors, on fait quoi, vous nous le dites bientôt, hommes et femmes qui nous représentez actuellement dans le merveilleux monde de la politique.

Dans une situation de crise, normalement,  on se sert les coudes, on tente d’aller à l’essentiel, on oublie la partisannerie, on élabore un front commun, on mobilise les forces vives et novatrices, etc... En soi, c’est tout le contraire de ce que vous faites présentement.  Dans ce sens, il ne faut pas que vous surprendre du peu de confiance que vous inspirez et du ridicule qui vous recouvre.

Non, messieurs et mesdames qui avez eu l’honneur de nous représenter, vous avez essayé honnêtement, je l’espère. Vous avez échoué.  Il est donc temps de laisser votre place à d’autres. Et ce souhait de renouvellement s’adresse à tous les paliers de notre merveilleux monde politique.

Comme le soulignait Masson, dans son éditorial, il ne reste plus qu’à lancer un avis de recherche, qu’à faire un appel à tous et à toutes. 

Il y a quelques lunes, un certain Diogène à Athènes se promenait avec sa lanterne en plein jour et il répondait à ceux  qui l’interrogeaient: “ Je cherche un homme”; nous pourrions aisément adapter cette situation à notre réalité et nous mettre à la recherche d’hommes et de femmes qui sauront nous représenter.  Et l’Histoire recommence. (B.F. – La Voix de l’Est - Le 29 novembre 1992)