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Analyse sociale et politique
   Accueil            28.09.2011 - 6300 victimes par jour

28.09.2011 - 6300 victimes par jour

C’est toute la population de Bromont qui meurt en une journée.  Pour une année, ça nous donne plus de 2 millions de victimes à la grandeur de la planète. Ce ne sont pas des victimes de la route ou d’une maladie quelconque ou de la famine. C’est un autre fléau.

Ces 2 millions de victimes, c’est le nombre de personnes mortes d’accidents liés au travail et, dans ce portrait peu reluisant, il faut ajouter les 317 millions de travailleurs qui sont blessés dans des accidents du travail. Ces chiffres ne couvrent qu’une seule année, ils ont été divulgués lors du 19e Congrès mondial sur la sécurité et la santé au travail qui s’est tenu à Istanbul en Turquie à la mi-septembre.

En additionnant morts et blessés reliés aux accidents du travail, c’est l’équivalent de toute la population des États-Unis qui est touchée.  C’est près neuf fois toute la population du Canada, près de trente-huit fois toute la population du Québec.

Ce qui est apparu lors de ce congrès, c’est que les accidents mortels ont diminué, mais en contrepartie, les décès liés aux maladies professionnelles ont augmenté, mince consolation dirons-nous.

Au terme du congrès, les représentants des employeurs et des syndicats étaient d’accords pour renforcer la prévention et d’exiger de la part des États une réglementation plus contraignante au niveau des lois sur la sécurité et la santé des travailleurs. 

Et les causes de tout ça reposent en grande partie sur des facteurs où les États peuvent intervenir, tout dépend de leur volonté politique.  Selon l’Organisation internationale du travail, qui regroupe l’ensemble des pays, la crise économique mondiale qui perdure, la prolifération des nouvelles technologies, les changements climatiques, les conséquences de la mondialisation, la croissance du travail au noir, entre autres, créent des environnements propices à la dégradation de la santé et de la sécurité au travail.

Depuis toujours, ces facteurs font les manchettes.  Ces facteurs sont connus de tous les gouvernements qui ont comme mandat le mieux-être de leur population. Mais à des degrés divers, le vouloir des gouvernements peut nous laisser présumer qu’au 20e congrès à Francfort en 2014, les mêmes conclusions seront présentées aux mêmes participants.

La “publicité“ que nous voyons présentement à la télévision qui se conclut en disant que “le travail est fait pour gagner sa vie et non pour la perdre“, après avoir ému les téléspectateurs durant quelques secondes, ne semble pas se transformer en une quelconque intervention gouvernementale.  À période fixe, on nous rappelle les bienfaits de la prévention, mais dans les faits, c’est la course effrénée aux profits, à une plus grande productivité, à une surconsommation inutile, à un surendettement et que sais-je ?  C’est un peu la théorie du chien qui court après sa queue et notre désillusion envers la classe politique  s’amplifie face à leur inertie à intervenir.  Nous devenons indifférents et nous attendons la prochaine catastrophe.

Faut-il nous rappeler comme l’a souligné Stéphane Hessel que l’indifférence est la pire des attitudes.  Comme lui nous devons affirmer que “l’intérêt général doit primer sur l’intérêt particulier, le juste partage des richesses créées par le monde du travail primer sur le pouvoir de l’argent“.   Comme lui nous devons envisager une “insurrection pacifique“ pour amener nos gouvernants à protéger leurs populations. “Il faut combattre la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture. L’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous“, telle est sa conclusion destinée à ceux qui veulent faire le 21e siècle.

Négliger la santé et la sécurité au travail coûte beaucoup plus cher  que la plupart des catastrophes.  La démonstration n’est plus à faire. (B.F. – Le 28 septembre 2011/La Voix de l’Est – Le 30 septembre 2011)