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Analyse sociale et politique
   Accueil            28.08.2012 - Enough is enough

Enough is enough

Pour Hugh MacLennan dans son roman Two solitudes publié en 1945, le Canada c’est l’isolement réciproque de deux cultures, de deux langues. C’est un manque chronique de communication entre deux communautés qui ont chacune leur propre histoire.  L’histoire du Canada présentée aux Québécois n’est pas la même que l’histoire du Canada présentée aux anglais du reste du Canada. Un pays, deux histoires. Faut-il s’en surprendre ? Il y a l’Histoire des conquérants et l’histoire des conquis et nous sommes les conquis.

Qui plus est, l’histoire du Canada telle que présentée aux Québécois s’est modifiée grandement depuis la Révolution tranquille.  Il faut lire notre histoire écrite par les communautés religieuses d’une autre époque et celle écrite par les nouveaux historiens.  Il faut lire les bouquins de Jacques Lacoursière nous racontant notre Histoire et l’Histoire des Frères du Sacré-Cœur écrite au début des années 1900, deux réalités, deux façons de voir qui sont très différentes.  Et si vous lisez l’Histoire du Canada écrite par François-Xavier Garneau avant que la Confédération existe, vous aurez une autre version.

Pour notre actuel PM du Canada, Samuel de Champlain est le Père fondateur de SON Canada, rien de moins.  Je suis loin de croire que pour les habitants d’un quelconque village de la Saskatchewan profonde que Champlain soit le Père fondateur du Canada. Je pourrais même affirmer que Champlain est plus connu et reconnu à Burlington au Vermont que chez nos concitoyens du reste du Canada. 

Face à cette incompréhension séculaire, il ne faut pas se surprendre de la dernière flambée de violence médiatique de certains journalistes et journaux anglophones du Canada, une de plus.  Andrew Coyne, Chris Shelley, Jonathan Kay du National Post et Don Macpherson du journal The Gazette ne se gênent pas pour décrire le Québec comme une province peuplée de ploucs attardés aux idées rétrogrades. Rien de moins.  Pour eux, Pauline Marois, François Legault et même Jean Charest et leurs supporteurs sont racistes, ségrégationnistes et mettent en péril LEUR  grand et beau Canada. Un autre épisode de Québec bashing dira une chroniqueuse du Journal de Montréal. Pour eux, ce n’est pas le Québec qui se séparera ; c’est le Canada qui va indiquer la sortie au Québec. Rien de nouveau sous le soleil : depuis 1760, ces affrontements occupent journalistes, historiens et politiciens. 

Ce que nos concitoyens anglos-canadiens n’ont pas compris ou ne veulent tout simplement pas comprendre; le Canada est ce qu’il est à cause de la présence du Québec dans la Confédération.  Une fois le Québec indépendant et maître de son destin,  les neuf provinces de ce qui restera du Canada deviendront très rapidement les 51e, 52e, 53e ….. 59e état  du grand melting-pot américain. Ainsi soit-il. Ça ne fera jamais plus qu’une frontière à traverser pour aller chez le voisin. 

Rappelons-nous ce que disait Edmund Burke, parlementaire britannique, quelque part au 18e siècle. “Toute tentative d’unir des peuples si différents par les lois, la langue et les manières est hautement absurde; et le fait d’unir les vainqueurs aux vaincus ne peut que susciter des sentiments désagréables et des distinctions fondées sur l’envie. Une telle mesure équivaut à semer les graines de la discorde”. Pour lui, il fallait reconnaître le Bas-Canada (aujourd’hui le Québec) comme société distincte, sinon comme nation. William Pitt et Lord Grenville avec Burke souhaitaient allouer au Québec du temps, un statut particulier.

Donc affirmer comme certaines personnes se plaisent à le dire que la question constitutionnelle est passée date, c’est camoufler un grand pan de mur de notre histoire.  Depuis la Conquête de 1760, la situation politique du Québec est toujours d’actualité n’en déplaise aux francs-tireurs du National Post et de tous les autres journaux anglophones.

Et je ne peux que conclure en citant les paroles de Robert Bourassa : “Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement“. C’était le 22 juin 1990. (B.F. – Le 28 août 2012)