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Analyse sociale et politique
   Accueil            28.07.2011 - La violence ? Quelle violence ?

28.07.2011 - La Violence ? Quelle violence ?

La Norvège est sous le choc. Elle tente de relever la tête après la tuerie qui a fait plus de 70 morts. De semblables tueries se déroulant en Irak ou en Afghanistan sont routinières et ne font même plus l’ouverture du Télé-Journal. Mais pour la Norvège, l’un des pays les plus calmes et des plus sûr de la planète, c’est l’effroi.

Le Québec a connu de tels scénarios : l’École Polytechnique en 1989, l’Université Concordia en 1992, le Collège Dawson en 2006, sans parler des tueries dans notre cours arrière : Columbine en 1999, l’école Amish de Nickel Mines en 2006, l’Université Virginia Tech en 2007 et l’Université Northern Illinois en 2008 pour ne nommer que celles-là. En faire une liste plus complète serait banaliser de telles situations.

L’interprétation facile et rapide est de conclure que ce sont l’œuvre de fous ou de désaxés, et nous attendons la suivante.

Certains médias européens, entre autres, se permettent d’autres pistes de réflexion suite à la tuerie en Norvège. Les discours de l’extrême droite, les partis politiques de la droite traditionnelle qui radicalisent leurs discours pour plaire à un certain électorat, les jeux vidéos violents où la tuerie devient un art et un simple loisirs, les séries télévisées et les films truffés de meurtres et d’assassinats, la peur de l’étranger, la prolifération des armes à feu et la facilité à se les procurer, l’émergence de sites haineux sur Internet alimentent la violence. Ajoutez à cet environnement un individu fragile et vous avez le prototype parfait pour commettre l’invraisemblable. Faut-il s’en étonner ? L’addition de toutes ces sources fait en sorte qu’un individu puisse se transformer en justicier de SA bonne cause. C’est vrai pour ce forcené norvégien comme c’était vrai pour le meurtrier d’Oklahoma City en 1995.

L’addition de toutes ces sources de violence fait en sorte que nous salivons à lire, à écouter, à regarder le récit de ces attentats : nous sommes des voyeuristes invétérés.

Les médias, toutes catégories confondues, s’efforcent d’étaler à la UNE ces drames. Est-ce trop ? Est-ce nécessaire ? Font-ils consciemment ou inconsciemment des héros des acteurs de ces drames ? Les médias n’intoxiquent-ils pas les cerveaux en banalisant à la longue ces drames ? La livraison, en continue, des situations n’alimente-t-il pas l’excitation des masses en les préparant à un éventuel scénario du pire ? Les questions se posent.

Comme le disait Yvon Deschamps “On veut pas l'sawouère, on veut le wouère !“. Cette boutade prend tout son sens et elle s’est développée au fil du temps. Individuellement et collectivement nous sommes horrifiés par ces actes démentiels, mais nous en redemandons.

Le dernier scandale du quotidien britannique “News of the World“ de l’empire de Rupert Murdoch illustre très bien la soif du commun des mortels pour ces scénarios du pire. 7,5 millions de lecteurs s’abreuvaient quotidiennement aux potins et aux nouvelles fabriqués par ce journal plus que centenaire. Rappelons que c’est ce même empire médiatique qui contrôle le réseau de télévision FOX chez nos voisins du Sud : réseau qui ne compte plus les dérapages racistes et qui milite en faveur de la droite religieuse. Pour beaucoup de commentateurs, ce réseau est à la limite de la désinformation. Ce qui n’empêche pas des dizaines de millions de foyers américains de regarder ce réseau.

Quoiqu’en dit “Monsieur et Madame Tout l’monde“, la violence sous toutes ces formes est devenue un divertissement et les larmes de crocodiles versées suite à un drame ne font qu’augmenter le nombre de lecteurs ou de téléspectateurs. Alors… la violence, c’est payant. Ça fait rouler l’économie. CQFD. (B.F. – Le 28 juillet 2011/La Voix de l'Est - Le 8 août 2011)