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Analyse sociale et politique
   Accueil            28.02.2014 - Qui vole un oeuf vole un boeuf

“Qui vole un oeuf vole un boeuf“

Jean de La Fontaine nous avait prévenu.  Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que le boeuf de l’un serait plus petit que l’oeuf de l’autre.  Qu’importe, dans nos sociétés dites modernes et évoluées, la justice est à deux vitesses.  La récente permission accordée autorisant un maire accusé, entre autres,  de gangstérisme à aller se prélasser sous les chauds rayons de la Floride caricature une fois de plus la grande élasticité de notre système.  Je veux bien croire qu’il est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, mais des doutes sérieux planent sur ses agissements passés. 

Une  mère monoparentale sur l’aide sociale ayant volé une livre de boeuf haché dans un supermarché sera rapidement ostracisée.  Certains médias en feront même leur première page. Par contre un magouilleur en cravate peut espérer être invité à Tout le monde en parle tout en étant accueilli comme un “rock star“; ça s’est déjà vu.

Durant tout ce temps, on n’a de cesse à nous parler de moralité et d’éthique. Des sénateurs fraudent, des élus s’en mettent plein les poches, des entrepreneurs gonflent les prix,  des professionnels trafiquent les appels d’offre, des syndicalistes jouent les gros bras, un fond d’investissement grenouille avec des mafieux et en bout de ligne, c’est toujours la population qui se fait fourrer royalement; la routine quoi.  Nous nous faisons dire qu’il y a pire ailleurs: mince consolation. Que nous sommes choyés, nous avons les plus gentils fraudeurs.

Pour nous éviter tant de malheur, il nous reste qu’à nous raccrocher à l’enseignement  du Christ  qu’il nous livra dans ses béatitudes: Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux  ou encore Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.  Il ne nous reste plus qu’à croire et à espérer, le royaume des cieux nous est promis.  Mais d’ici ce temps-là, combien d’autres horreurs nous serons dévoilées.  Combien d’autres  sénateurs, combien d’autres élus, combien d’autres entrepreneurs, combien d’autres professionnels, combien d’autres syndicalistes trafiqueront les règles pour arnaquer la population ?   Faut-il s’en surprendre ?

C’est toujours des populations innocentes qui font les frais des entourloupettes :  C’est vrai au niveau des individus et c’est aussi la réalité au niveau des nations : c’est le règne du plus fort  qui impose sa loi.  Toutes proportions gardées, aux individus qui magouillent, qui trafiquent ses semblables nous retrouvons des pays qui s’imposent par la force à leurs voisins : l’exemple de l’Ukraine et de la Palestine sont tristement célèbres.  La Russie et Israël font fi des règles internationales pour imposer leur volonté à leurs voisins par la force.  Faut-il s’en surprendre ?

Moralité, éthique, respect sont des mots élastiques. La Loi du plus fort correspond aux situations où une confrontation est résolue par le libre jeu du rapport de force entre les parties en présence, nous disait Jean de La Fontaine.  Jean-Jacques Rousseau ajouta : “Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître….. il  transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir“….  Tant pour La Fontaine et Rousseau,  nous pouvons conclure que la loi du plus fort, loin d'être une simple citation littéraire est un concept central  à toute réalité  sur le pouvoir, la liberté et la justice.  Au Québec, nous dirons “au plus fort la poche“ ; c’est la nouvelle définition du processus démocratique.

Dans certains pays, la démocratie n’est qu’une façade.  Certains analystes parleront plutôt de démocrature (notes 1)qui fonctionne en réalité comme une dictature :  une constitution est en place, des élections ont lieu régulièrement, la liberté d'expression est garantie dans les textes, cependant les élites en place manipulent ces institutions afin de conserver leurs privilèges. Cela peut être aussi le cas lorsqu'il existe une collusion entre les médias et le pouvoir en place“.  Cette définition décrit la Russie de Vladimir Poutine.

Nicolas II s’appelle maintenant Vladimir 1er. D’un tsar déchu à un nouveau tyran :  tout ça pour en arriver là.  Une autre révolution qui se termine en gueue de poisson.

On commence par voler un œuf, ensuite on vole un boeuf et puis on assassine sa mère. Et l’Histoire se répète. C’est seulement les acteurs qui changent, mais une population  paie toujours pour les folies de ses dirigeants.    Doucereusement, nos démocraties se transforment en démocratures.  (B.F. – Le 3 mars 2014/La Voix de l'Est - Le 5 mars 2014, sous le titre: Staline et Poutine, ça rime)

Notes 1 : http://fr.wiktionary.org/wiki/démocrature

                http://www.toupie.org/Dictionnaire/Dictocratie.htm