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Analyse sociale et politique
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26.06.2002 - Les  chronologiquement désavantagés... en résidence gérontologique

Je m'étais dit  il y a dix-huit mois, en me retirant, que le réseau de la santé et des services sociaux n'était plus ma tasse de thé.  Mais le naturel étant ce qu'il est, il vous rattrape au galop.  Une fois n'est pas coutume.  Allons-y.

Donc la vérificatrice générale du Québec déposait il y a quelques jours son rapport et selon son évaluation, les personnes chronologiquement désavantagés vivant dans une résidence gérontologique, ça fait plus "politiquement correct", ne reçoivent pas les soins et les services requis.  Et que la société québécoise en général et l'État en particulier ne consacrent que peu  d'attention et encore moins d'argent à répondre aux besoins des personnes vivant dans les CHSLD (centre d'hébergement et de soins de longue durée).

Émoi généralisé : notre jury d'experts s'empare du sujet; ç a fait les manchettes à la radio (150 secondes), à la télévision (30 secondes) et dans les journaux (un gros titre).  C'est l'indignation durant vingt-quatre heures : et après c'est l'oubli absolu.  Nous y reviendrons le printemps prochain, peut-être, il ne faut pas déranger le monde à quelques jours de l'été.

Les CHSLD, ou si  vous aimez mieux les centres d'accueil, n'ont jamais eu la cote d'écoute ou l'oreille des hommes ou des femmes politiques.  Les centres d'accueil n'ont pas la force du lobby hospitalier et surtout pas leur marketing pour mobiliser les médias à toutes les saisons.  Vous pouvez être assuré d'entendre parler des hôpitaux à travers la crise d'automne, la crise de l'hiver, la crise du printemps et la crise de l'été.  Quatre fois par année, bon an, mal an, ils font les manchettes, et les politiciens et tous les gouvernements depuis lurette, par crainte de représailles populaires ont investi, indépendamment des compressions, des centaines de millions dans le réseau hospitalier.  Mais les personnes âgées et surtout les personnes âgées en lourde perte d'autonomie qui vivent dans les centres d'accueil, allons donc, ce n'est pas "glamour" et ça dérange pas "Monsieur et Madame Tout l'Monde".  Et ce scénario d'oubli absolu se répète à quelques mots près depuis quarante ans.

Je me permets une citation tirée de l'une des nombreuses commissions d'enquête que le secteur de la santé et des services sociaux du Québec a connue :  "Le problème de la vieillesse, qu'on a beaucoup trop négligé jusqu'à maintenant, est devenu l'un des problèmes sociaux les plus formidables de notre époque; et il n'est pas du tout certain, loin de là, que l'on en est conscient et même que l'on veuille en prendre conscience".  Vous pensez que c'est Michel Clair qui a écrit en l'an 2000, et bien non; ce n'est pas non plus Jean Rochon qui a écrit ces paroles célèbres en 1988.  C'est Claude Castonguay, le père de notre système de santé qui décrivait ce constat en 1971.  Trente et un ans plus tard, les consciences dorment toujours.

Une autre petite citation qui est formulée sous la forme d'une recommandation d'un autre illustre rapport tabletté :  "Il faut planifier le placement des personnes âgées et autres adultes en établissement...  il faut développer des services préventifs et duratifs à domicile".  C'est un extrait du rapport de la Commission Boucher datant de 1963.  Et trente-neuf ans plus tard, la vérificatrice générale du Québec "re-sonne" la sonnette d'alarme en soumettant une recommandation plus ou moins semblable.  Que de chemin parcouru.

Une petite dernière pour se faire plaisir.  La vérificatrice générale déclare que "le personnel arrive à peine à répondre à la moitié des besoins quotidiens des personnes hébergée", c'est en 2002.  Jean Rochon, en 1988, concluait son rapport en disant que "les ressources humaines sont mal gérées et démotivées".  Claude Castonguay, en 1971, soulignait que "le secteur des ressources humaines, au sens large, est sous-développé".   Rien de  nouveau sous le soleil.

Donc globalement depuis que notre système a été mis en place sous  Claude Castonguay, nous sommes en attente d'une politique sur le vieillissement, les services pour les personnes âgées hébergées ne se sont pas améliorés, il y a eu même détérioration et les personnels sont à bout de souffle depuis plus de trente ans.  Et le bonnet d'âne  peut être porté par tous les gouvernements qui se sont succédés depuis ce temps.  Aucun, mais aucun parti politique ne peut faire la morale à l'autre.  Donc ceux et celles qui pensent se faire du capital politique sur le dos des "p'tits vieux" passez votre tour.

Le réseau des centres d'accueil au Québec se maintient à flot parce que des passionnées le maintiennent dans une relative stabilité depuis plusieurs décennies. Ce sont les préposées aux bénéficiaires, les infirmières-auxiliaires que l'État et le réseau hospitalier voulaient faire disparaître, il n'y a pas si longtemps et quelques infirmières qui ont investi leur carrière, combien moins reluisantes aux dires de leurs collègues des hôpitaux, dans les centres d'accueil où nous retrouvons une multitude de bénévoles dévoués, sans oublier les membres des familles qui vaillamment accompagnent leur père, leur mère, leur conjoint ou conjointe.  Le tout est au féminin, car la très grande majorité de ces personnes sont des femmes.  Le réseau des centres d'accueil repose depuis toujours sur des femmes et des hommes de cœur.  Alors ces personnes peuvent, ELLES, s'indigner du sort réservé aux personnes hébergées dans les centres d'accueil du Québec.  Pour les autres, des doutes sérieux peuvent exister sur leurs bonnes intentions.

Le réseau des centres d'accueil pour les personnes âgées a été oublié par tous les gouvernements depuis plus de vingt ans.  Oublié sauf lorsque venait le temps des compressions budgétaires à effectuer.  Ce réseau a toujours été le dernier à ramasser les miettes des autres, mais le premier à payer à travers les compressions à répétition.  Alors s'indigner de la détérioration des services est faire montre d'une  mémoire sélective.

Par contre, c'est le réseau des centres d'accueil qui a vécu les plus nombreuses transformations au niveau des structures organisationnelles : fusion, regroupement, rapprochement, maillage, partage de services et combien d'autres formules.  Que de temps, d'énergie, d'argent et d'imagination à restructurer pour pouvoir répondre au credo de la pseudo-performance.  S'imaginer qu'une fusion ou qu'un regroupement d'établissements tout azimut permettra d'offrir des services mieux coordonnés et de meilleure qualité est s'illusionner dangereusement.  Mais ça donne l'impression que l'on se préoccupe du sort des personnes âgées vivant dans les centres d'accueil.

Alors nous reviendrons sur le sujet au prochain rapport de la vérificatrice générale.  D'ici-là, cette réalité retournera dans l'oubli ou pire encore, comme le soulignait Claude Castonguay en 1971, "dans l'indifférence".  Les personnes âgées vivant dans les centres d'accueil ne sont pas une priorité pour la société québécoise et les gouvernements.  Alors dormons en paix.  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 26 juin 2002)