hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            25.07.2012 - Il y a les indignés et les indignes

Il y a  les indignés et les indignes

Il ne faut pas confondre les deux mots, ils ne désignent pas les mêmes personnes.  Le mot indigné est apparu dans l’actualité, il y a quelques années. Pour plusieurs commentateurs, c’est la naissance du “Mouvement des Indignés“ en Espagne qui en est la source : Indignados.  Pour d’autres, la paternité en revient au pamphlet “Indignez-vous“ de Stéphane Hessel, ancien diplomate et résistant français; son pamphlet renferme une multitude de situations d’indignation.  Enfin, certains voient dans les mouvements de contestation au Portugal, en Grèce et en Islande l’origine de son utilisation.  On pourrait y ajouter “le Printemps arabe“ qui a vu l’effondrement de certains gouvernements : Tunisie, Libye, Égypte et la séquence ne semble pas terminée. Même “Wall Street“ en fut atteinte.

Ces mouvements des populations se révoltent contre des gouvernements corrompus ou combattent les dérapages du capitalisme sauvage.  Nous pouvons, à la limite, accrocher la contestation étudiante du Québec à ce vaste mouvement universel : certains commentateurs l’ont surnommé “le Printemps érable“.  Tous ces mouvements occupent aujourd’hui une place importante dans l’actualité.

Si nous nous limitons à NOTRE contestation étudiante, il est évident que celle-ci dépasse largement la simple augmentation des droits de scolarité : elle a donné naissance à une crise sociale qui remet en question certains fondements et  abus de notre système politique et économique.  NOTRE contestation étudiante a comme conséquence de réveiller une partie importante de la population qui nous oblige à revoir notre choix de société, n’en déplaise aux bien-pensants qui profitent pleinement du statu quo.

Si tous ces mouvements d’indignation ont vu le jour, ici et ailleurs, c’est que certaines personnes ou organisations, certains gouvernements ou plus globalement qu’un système quelconque ne répond plus aux besoins des populations. 

Ces “Mouvements des Indignés“  appuient leurs actions sur des provocations, des injustices, des excès créés par des personnes ou organisations indignes, des gouvernements indignes ou plus globalement par un système indigne : dont la moralité est à tout le moins douteuse. 

Inégalités sociales, corruption, délocalisation des entreprises, chômage, profits excessifs, subventions et prêts  à des entreprises milliardaires, évasion fiscale, parachutes dorés, blanchiment d’argent, fraude, salaires démentiels, et… et… font en sorte de donner des raisons additionnelles aux “Mouvements des Indignés“ de poursuivre leurs contestations. 

Les médias se font un plaisir à dénoncer les débordements de certaines manifestations où des casseurs professionnels s’infiltrent : possiblement de la même race que ceux que nous retrouvions à la belle époque des défilés de la Coupe Stanley gagnée par les Canadiens de Montréal.  Par contre, les gouvernements de ces époques n’ont pas légiféré pour limiter ces attroupements.

Ces mêmes médias osent à peine dénoncer les abus de NOS indignes de tantôt, ceux qui font en sorte que le “Mouvement des Indignés“ manifeste. Ils vont même trouver les arguments pour justifier tel ou tel abus et tenter de convaincre une population crédule qu’en bout de ligne c’est bon pour elle, qu’il en va du développement harmonieux de leur société : en avant la duperie.

Au début des années 1960, une jeune génération s’est levée pour contester un pouvoir basé sur l’ordre, la religion et une certaine ignorance.  Cette génération a semé l’espoir, tout en faisant quelques erreurs. Quelque cinquante ans plus tard, il est temps de passer la main et d’appuyer les enfants de nos enfants en souhaitant qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs et qu’ils poursuivent les travaux qui nous ont échappé.

N’oublions pas qu’Aristote se désespérait de la jeune génération de son temps; qu’il la trouvait frondeuse, fade, sans ambition et gâtée.  C’est vous dire que nous n’avons rien inventé… (B. F. – Le 25 juillet 2012/La Voix de l'Est - Le 1er août 2012)