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Analyse sociale et politique
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25.05.2011 - Les belles-mères 

Lucien Bouchard, Jean Chrétien, Bernard Landry, Paul Martin, Jacques Parizeau, pour ne nommer que ceux-là, ont en commun d’avoir été chef d’un parti politique et premier ministre du Canada ou du Québec. Ils ont été à l’avant-scène des débats, ils ont été des instigateurs de débats, ils les ont alimentés.  Et maintenant, avec les résidus de leur notoriété passée, ils s’arrogent le pouvoir  de jouer “les belles-mères“.

Ils ont quitté, ils ont  démissionné, ils ont abandonné ou ils se sont fait indiquer la sortie. Alors ils se sont retirés de la vie politique dite active.  Ils sont redevenus des citoyens.  À ce titre, ils ont un droit inaliénable d’émettre leurs opinions, ils ont un droit de parole.  Mais  de leur hauteur passée peuvent-ils se transformer en “donneurs de leçons“ à leurs successeurs ? Sans qu’on leur demande, la plupart du temps, Ils s’invitent  et  s’illustrent en émettant des critiques ou des propos qui plus souvent qu’autrement embarrassent les actuels chefs et leurs anciens partis sur la manière de faire.  Ils font ce qu’ils déploraient, de la part de leurs prédécesseurs, du temps où ils occupaient le poste de commandement. 

Il faut savoir partir et laisser la place au suivant.  C’est vrai dans tous les domaines, dans toutes les sphères d’activités.  Le successeur établit ses priorités, sa vision de l’avenir et ses manières de faire qui ne s’inscrivent jamais ou rarement,  dans celles du précédent dirigeant.  Ainsi va la vie. 

Savoir quitter et s’imposer un devoir de réserve demande une certaine abnégation qu’ils ne sont pas capable d’assumer.  Ils aiment être sous les feux de la rampe.  Ils ont de la difficulté à s’imposer une certaine retenue dans l’expression de leurs opinions.  Cette obligation de réserve a comme objectif premier de ne pas nuire et de ne pas interférer dans les actions de leur successeur en émettant des commentaires qui sapent l’autorité du nouveau dirigeant.

La frontière est mince, c’est une évidence, mais à tout le moins ils doivent s’imposer une limite de temps avant de revenir  jouer au fantôme.  La tentation est forte à venir dire quand, comment, pourquoi telle action, telle avenue, telle orientation, telle décision devrait être prise.  En soi, nous pourrions nous demander, NOUS de la base, pourquoi une telle avenue ne fut pas retenue au temps où ils pouvaient imposer une telle prise de position ? Pourquoi n’ont-ils pas agi lorsqu’ils avaient le pouvoir de le faire.

Déçus ou déchus, ils aiment bien causer, faire jasette au grand plaisir du public et surtout des journalistes, ils fournissent de la bonne copie ou plus simplement des potins.  Ce recours aux belles-mères laisse sous-entendre la faiblesse d’une relève qui tarde à s’affirmer.

Il est bon de se rappeler que tant au Canada qu’au Québec, nous avons été dirigé par un groupe limité de personnes dans les cinquante dernières années. Au Québec à tout le moins, nous  pouvons identifier plus ou moins 25 personnes qui se sont partagées le pouvoir tous partis confondus.  Les mandarins d’hier sont devenus les dirigeants d’aujourd’hui.  Ce sont des politiciens de carrière.  C’est la continuité dans l’immobilisme.

Limiter le nombre de mandats ferait en sorte de nous prémunir contre  le phénomène des belles-mères tout en nous faisant connaître des dynamiques différentes.  Vivement une relève éclairée. (B.F. – Le 25 mai 2011/La Voix de l’Est – Le  1er juin 2011)