hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            24.07.2002 - Il faut abolir l'État...

24.07.2002 - Il faut abolir l'État... la source de tous les maux !?!?!?

La période estivale n'est peut-être pas propice à ce genre de réflexion, trop lourd diront certaines personnes, mais l'actualité ne prend pas de vacances.  Et cette année, l'actualité regorge de sujets savoureux qui prendront au fil des mois une importance pour le devenir collectif.  Car même si le tout se passe chez nos voisins, il est évident que nous en ressentirons les conséquences.  Lorsque le centre commercial mondial est pris dans la tourmente, les boutiques spécialisées comme le Canada et le Québec subissent des effets négatifs.

Nortel, Enron, Arthur Andersen, Worldcom, Vivendi, Xerox, Merck ne représentent que la pointe de l'iceberg des résultats catastrophiques du catéchisme néo-libéral.  Sérénade néo-libérale que nos gourous financiers répètent sans cesse : vendre au monde entier l'idée selon laquelle la passion des marchés et de la déréglementation correspond à une révolution, à l'expression d'une créativité, à la liberté elle-même.  Les entreprises doivent être libres d'agir à la manière de dieux mythiques dans le monde entier afin que le bon peuple accède à la démocratie et au pouvoir.

À ce jeu des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans emploi et des milliards de leur fond de pension perdus dans la chute de ces empires du mensonges.  Durant ce temps, John Roth, pdg de Nortel, était proclamé l'homme de l'année au Canada et Jean-Marie Messier, pdg de Vivendi, l'homme de l'année au monde en 2001 par de prestigieux magazines.  Et le pdg des Etats-Unis, George W. Bush rajoutait ce commentaire angélique : "Tous ceux qui sont contre le libre-échange sont contre les pauvres".

Devant cet ouragan de privatisations, de déréglementations et de catastrophes financières que font nos commentateurs patentés de la presse mondiale et nationale ?  Ils continuent de claironner les dogmes du catéchisme néo-libéral : il y a trop d'État, l'État n'a pas assez déréglementé, il doit y avoir la liberté absolue des mouvements de capitaux, il faut abolir les services publics, il faut détruire les États-providence.  C'est simple, il ne s'agit que d'abolir les États et les entreprises capitalistes à la mode américaine auront la voie libre.  Il fallait y penser.

L'Angleterre a privatisé les chemins de fer à l'époque de la Dame de fer, ça rime.  Or depuis ce temps, il est plus dangereux d'y  le train que de se promener à Kaboul ou a Jérusalem.  La douce Californie a déréglementé l'électricité il y a quelques années, avez-vous encore en mémoire le délestage et les arrêts de courant durant les canicules à l,été 2001 ?  Et  Mike Harris en Ontario, l'idole de beaucoup de politiciens québécois, qui voulait privatiser Hydro-Ontario avant  de quitter la scène politique.  Et Ralph Klein en Alberta qui veut privatiser la santé.

Au Québec, certains partis politiques souhaitent instaurer un réseau de la santé à deux vitesses, émettre des bons scolaires pour laisser le libre choix aux parents; dégraisser la fonction publique pour qu'il y ait moins d'État, abolir la Régie du logement, déréglementer les coûts des loyers.  Ici aussi les dogmes de la privatisation et de la déréglementation ont trouvé des adeptes pour colporter la bonne nouvelle néo-libérale.  Il y a des lendemains dramatiques en préparation.

En soi il n'y a rien de nouveau.  Depuis le début des années 1980 au nom de la sacro-sainte efficacité comptable, il est bien vue de mener une offensive tout azimut contre les services publics et pour la réduction du pouvoir de l'État.  Comme le souligne René Passet, professeur émérite à l'Université de Paris : "O s'en prend à l'existence même de l'État, qu'il faudrait désinventer.  Et, comme a besoin de nobles objectifs, on accuse la centralisation bureaucratique et la faible efficacité des services publics, dont pâtirait, en dernier ressort, le bien-être des citoyens.  Libérons, libéralisons, privatisons : à bas le secteur public, refuge de tous les passéismes".

Laissons la place au libre marché comme le souhaite l'Organisation mondiale du commerce (OMC) :  tout service doit être fourni sur une base commerciale et en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de service.  Alors, c'est prendre les enfants du bon dieu pour des canards de bois et ainsi refouler le rôle de l'État à sa plus simple expression.

Le rôle de l'État

N'en déplaise à nos gourous du néo-libéralisme, l'État est par définition un ensemble de systèmes qui voit à la régulation des rapports humaines à l'intérieur d'une société et à la détermination de la qualité de la vie.  Le tout se réalise par le développement de ressources et la  distribution de droits et de statuts.  L'influence de l'État détermine le degré de bien-être de l'homme ainsi que la place qu'il occupe dans la société.

Et il y a deux façons de le faire :  l'État se charge des dégâts de la politique économique globale, en attendant une solution supposée venir automatiquement de la croissance constante de l'économie; ou l'État doit voir à la réduction et l,élimination éventuelle des inégalités sociales par le biais de la redistribution des ressources et des possibilités sociales, c'est l'État-providence.  Il est évident que la première façon à la cote présentement, les défenseurs de la deuxième façon sont catalogués passés date.

Mais cette deuxième façon de voir et de faire les choses demeure la seule et unique avenue, en l'adaptant au troisième millénaire, pour assurer un bien-être aux diverses populations.  Il est grand temps que les citoyens exigent de leurs représentants politiques un engagement sans ambiguïté que la santé, l'éducation, l'environnement, la culture et les services publics essentiels sont des domaines dans lesquels nos gourous financiers et leurs institutions ne sauront avoir la moindre compétence et donc où les États et les parlements doivent conserver les pleins pouvoirs.  Il s'agit donc au moins dans ces domaines de mettre l'OMC, entre autres, définitivement hors d'état de nuire,  Tout cela appelle une gestion mondiale.  Ce n'est pas de la privatisation que nous avons besoin, mais de la définition d'une authentique notion de patrimoine commun de l'humanité.  Avons-nous les femmes et les hommes politiques pour y arriver ?  C'est la toute la question.

P.S.  Pour les personnes intéressées, je vous propose de lire "La grande désillusion" de joseph E. Stiglitz, livre édité chez Fayard en 2002.  Ce monsieur est un prix Nobel d'économie, c'est un ancien conseiller auprès de Bill Clinton et un ancien économiste en chef de la Banque mondiale.  Il a vécu de l'intérieur le néo-libéralisme et il en est revenu.  Bonne Lecture.  (B.F. -  Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 24 juillet 2002)