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Analyse sociale et politique
   Accueil            24.06.2013 - On fait quoi docteur?

On fait quoi docteur?

La question n’est pas nouvelle. Invariablement, nous nous tournons vers le médecin  pour qu’il trouve la réponse à la question d’une fin de vie digne et sans souffrance pour un individu qui sait que ses jours sont comptés.

En 1994, j’étais membre d’un comité de travail ayant comme mandat d’établir une base de réflexion sur l’euthanasie, le suicide assisté : sur ce que nous appelons aujourd’hui l’aide médicale pour mourir.  Madame Thérèse Lavoie-Roux, alors sénatrice, portait ce dossier au niveau canadien.

Encore aujourd’hui ces mots soulèvent les passions et confrontent à nos croyances.  Des pays, quelques états chez nos voisins du Sud ont tenté d’apporter une réponse.  Mais la réponse proposée ne met pas un point final au débat.   La diversité des avis sur l’euthanasie, le suicide assisté, l’aide médicale pour mourir continuent de s’affronter. 

Le Québec en présentant son projet de loi sur le sujet s’inscrit dans un tel cheminement.  Les gestionnaires, les intervenants, les professionnels, les bénévoles, les familles, les bénéficiaires et tout compte fait, la population en général, doivent se sentir concernés par la question.

Nous n’avons pas  les mêmes croyances et les mêmes valeurs en ce qui concernent  la personne humaine, la vie, la mort et combien d’autres sujets.

Questions d’accompagnement de la personne mourante, de soulagement de la douleur, de soins de confort et de cessation de traitement, nous sommes ou nous serons  confrontées un de ces jours à ces situations. 

Tous s’entendent sur le fait qu’une priorité devrait être accordée au contrôle de la douleur physique et psychologique, au soulagement des personnes mourantes.  Il nous paraît inadmissible  que certains médecins hésitent encore à prescrire des doses suffisantes pour calmer des souffrances inutiles de peur d’accélérer le processus de la mort ou par crainte de rendre un malade en fin de vie dépendant d’une médication quelconque.  Tous s’entendent pour dire que l’acharnement thérapeutique doit être évité.  Tout devrait être mis en oeuvre dans le meilleur intérêt de la personne.  Les inconvénients d’un traitement ne devraient  jamais dépasser les avantages qu’en tire la personne malade.  Nous insistons par conséquent sur la nécessité que les professionnels travaillant auprès des personnes souffrantes, soient adéquatement formés en matière de soulagement de la douleur, de soins de confort.  Soulager la souffrance et éviter l’acharnement thérapeutique semble être une réalité faisant l’unanimité : tous font consensus sur un principe: la douleur doit être soulagée au maximum.

L’euthanasie passive, l’euthanasie active volontaire: où tracer la ligne de l’acceptable ? Mourir avec dignité  ?  Mourir en douceur ?  Où tracer la ligne de ce qui est acceptable ou non entre le respect d’un refus de traitement clairement exprimé pour une personne en grande souffrance psychologique et physique?

Quoi qu’on dise, l’euthanasie passive est une réalité en CHSLD. Certains intervenants de nos établissements ont déjà reçu des demandes d’euthanasie volontaire et des demandes aide au suicide assisté de la part de résidants  Je crois qu’il est inutile de vouloir conjurer la mort et de la repousser à tout prix si cela ne fait qu’ajouter une certaine quantité de jours à une expérience où la plénitude a déjà été atteinte.   Plusieurs intervenants sont actuellement en questionnement. Il appartient aux organisations de répondre à ces attentes.

Le respect de la volonté de la personne concernée  face à ce genre de situation est à mon avis la voie à retenir.  Cette personne se sachant atteinte d’une pathologie chronique irréversible et que sa mort est imminente, sa fin lui appartient.  Sa volonté doit être respectée : raccourcir une agonie qui s’annonce de quelques semaines ou même de quelques mois. Tous n’ont pas les moyens de se rendre à Zurich à Bruxelles ou même à Burlington. (B.F. – Le 24 juin 2013/La Voix de l'Est - Le 17 juillet 2013)