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Analyse sociale et politique
   Accueil            24.05.2013 - La France, mère partie ?

La France, mère partie ?

En juillet 1534, Jacques Cartier a découvert ce que nous appelons aujourd’hui le Québec.  Depuis sa découverte, tant bien que mal cette colonie se transforme lentement en  pays.  La France a été notre mère patrie jusqu’en 1760.  Depuis plus de 250 ans, cet îlot francophone en terre d’Amérique lutte pour conserver sa langue et sa culture.  Pour survivre quoi.

De l’intendant Jean Talon dans les années 1660 à la Première ministre Pauline Marois, aujourd’hui, la Nouvelle–France, le Bas-Canada, “The Province of Quebec“,  l’État du Québec pour les uns et la province de Québec, pour les autres a su résister aux tentatives d’assimilation découlant de son statut de vaincu.  Ce petit groupe de 65 000 habitants, à l’époque de Talon, dépasse maintenant les 8 millions d’habitants. De ce nombre, 80% sont francophones entourés par plus de 300 millions d’anglophones.

Tous les gouvernements du Québec depuis la Révolution Tranquille ont tenté, en théorie pour quelques-uns et en pratique pour d’autres, de protéger cette langue et cette culture.  Nous ne pouvons crier victoire, les luttes pour survivre sont quotidiennes.  La plupart des orientations privilégiées par les gouvernements du Québec pour protéger notre langue provoquent une levée de boucliers du ROC (Rest of Canada) et des anglophones du Québec.  Il faut savoir que le Québec francophone représente une des plus grande communauté française de la planète derrière de ce qui fut jadis notre mère patrie, la France.

Par snobisme ou par un sentiment de supériorité historique, nos cousins de France naviguent aveuglement vers l’anglomanie.  Depuis trop longtemps, les termes et les expressions anglaises foisonnent dans tous leurs médias.  Ils ont fait une crise d’apoplexie, il y a quelques années, lorsque  l’Université de New-York à Albany a voulu éliminer le français de leurs programmes des langues étrangères.  Le Siècle des Lumières se retrouve seulement dans les livres d’histoire. Maintenant, c’est l’enlisement continu. Les députés français s’apprêtent à adopter une loi (note 1) qui permettra de dispenser des cours en anglais dans les universités de France : c’est la colonisation inversée.  Notre ancienne mère patrie déraille : “c’est la fin des haricots“.  

Lors du Forum de la Francophonie, tenu à Québec en juin 2012, Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie,  déclarait que la France est loin de faire tout ce qui est en son pouvoir pour la promotion de la langue française. Pour la France c’est maintenant “Business as usual“; pour nos cousins l’avenir de la langue française, c’était hier.  Les universitaires et les intellectuels s’en moquent, il faut dorénavant y ajouter les députés. C’est une nouvelle trahison de la mère patrie pourrions-nous conclure.

C’est maintenant une évidence que la France ne peut plus se vanter d’être le vaisseau-amiral de la langue française.  La sauvegarde de la langue française passe par les luttes que devront mener les Québécois, les Wallons et les Suisses Romands.  Ces groupes minoritaires semblent plus sensibles et “allumés“ pour sauvegarder leur héritage linguistique que notre ancienne mère patrie.  Nos amis Wallons, Romands, tout comme les Québécois ont peut-être des accents, ils n’ont peut-être pas “le parler pointu des parisiens“, ils ne sont  pas les dépositaires d’une illustre Académie, mais ils tentent mieux que mal de protéger leur héritage. Quoique….  Il se peut que cette nouvelle réalité choque nos cousins français qui se voient ainsi relégué à un rôle secondaire : leur prétention séculaire est mise à mal, ils boudent dans un coin ; eux qui ont l’habitude de donner des leçons.

Depuis la disparition du Grand Charles, la France a perdu de son influence et de son lustre sur la scène mondiale.  Elle est en panne d’inspiration tant dans sa cour intérieure qu’à l’échelle de la planète.

Pour les francophones du Québec, la France demeure leur mère patrie, on ne peut renier ses ancêtres.  Nous allons la visiter comme nous allons visiter un musée ; nous voulons retrouver nos racines et une partie de notre histoire  Ils souhaitent tout simplement ne pas être dans l’obligation de “pratiquer“ leur anglais lors d’une prochaine visite.  Notre anglais nous le mettons en pratique en visitant le Canada et nos voisins du Sud. 

Après avoir perdu sa colonie en 1760, la France, mère patrie est devenue une mère partie et de plus en plus absente.   Son passé glorieux, nous le retrouvons dans nos livres d’histoire. (B.F. – Le 24 mai 2013/Agora Vox - Le 27 mai 2013/La Voix de l'Est - Le 7 juin 2013)

Note 1

http://www.liberation.fr/societe/2013/05/23/les-deputes-votent-en-faveur-des-cours-en-anglais-a-l-universite_905100

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/05/23/97001-20130523FILWWW00436-anglais-a-l-universite-l-article-vote.php