hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            24.01.2014 - Encore une fois !

Encore une fois !

Plus de 30 morts, une tragédie humaine.  LÀ, les “p’tits vieux“ du Québec, surtout ceux abandonnés dans les CHSLD ont droit aux manchettes et aux premières pages.  Ils ont même droit à des émissions spéciales à la télévision.  Ces drames sont vendeurs.  Comme le disait Yvon Deschamps “on veut pas le sawoir, on veut le vwoir“:  n’oublions pas, les Québécois sont des voyeurs.

Dans la foulée de la tragédie de l’Isle Verte, nous pouvons être assurés que toutes les directions générales des établissements du Québec ont reçu aux petites heures, une quelconque mise en demeure de revoir: leur plan d’évacuation, les mesures d’urgence et la sécurité de la batisse: la routine quoi.  C’est la façon de faire des grands bonzes à Québec ou à Longueuil jusqu’à une prochaine tragédie. 

Si nous sommes chanceux, peut être que dans la prochaine campagne électorale qui est à nos portes, entendrons-nous quelques apprentis candidats, tous partis confondus, promettent on ne sait trop quoi pour améliorer les milieux de vie ou de mort des personnes âgées hébergées dans les CHSLD: la routine quoi.  C’est comme ça que ça se passe,  jusqu’à une prochaine élection.

Un tel scénario a été décrit par Claude Castonguay à la fin des années 1960: les “p’tits vieux ce n’est pas glamour“.  Ils étaient parqués dans des mouroirs en attendant une fin de vie.

La tragédie de l’Isles Verte met en relief certaines lacunes dans les mesures de sécurité, mais elle met surtout en relief l’extrême pauvreté des ressources consacrées à cette population vulnérable et cette pauvreté a été provoquée par tous les ministres qui se sont succédés au Ministère de la Santé et des Services Sociaux. Ils se sont amusés à imposer coupures budgétaires par dessus coupures budgétaires. Tout en demandant aux directions, aux personnels de remplir leur mission: prendre en charge une clientèle de plus en plus en perte d’autonomie et d’instaurer des milieux de VIE. C’est ce que l’on peut appeler “parler des deux côtés de la bouche“.

La dernière Réforme, celle du bon Dr Couillard au début des années 2000, a mis fin aux quelques tentatives novatrices.  En fusionnant les CHSLD avec les hôpitaux, il a  dénaturé la mission des CHSLD.  Cette Réforme a fait que le vieillissement est devenu une maladie. 

L’actuel ministre, bien au fait que le vieillissement n’est pas une maladie, ne semble pas réussir à remédier aux néfastes orientations de son prédécesseur. Faut-il lui rappeler que dans les mots vieux et vieillisement, il y a le mot VIE.  Et que l’énergie des directions, des personnels devrait être de la développer, quelque que soit les pertes des personnes.  Guérir le vieillissement est une utopie.

Claude Castonguay dans son rapport à la fin des années 1960 souhaitait voir une quelconque politique sur le vieillissement: près de 60 ans plus tard, nous l’attendons toujours.

Le vieillissement est l’aboutissement ou une étape de la vie.  Il faut donner aux directions et aux personnels les moyens de mettre les personnes âgées en équilibre bio-psycho-social disait l’actuel ministre dans ses cours à l’Université de Sherbrooke.

Les CHSLD ne sont ni des  mouroirs, ni des Club Med; ce sont des milieux de VIE.  Encore faut-il que ces milieux en aient les moyens. Ces moyens reposent sur la quantité et la qualité des personnels.

Tant et aussi longtemps que nous nous obstinerons à vouloir guérir le vieillissement nous nous acheminons vers ce que Claude Castonguay dénonçait dans sa Commission d’enquête au siècle dernier.  René Lévesque, Denis Lazure, Pierre-Marc Johnson, Jean Rochon, Marc-Yvan Côté, Michel Clair disaient la même chose, en d’autres mots,  dans leur temps.  Les “p’tits vieux, c’est pas glamour“. Sauf durant une campagne électorale, alors que tous les votes sont importants indépendament de la perte d’autonomie.  (B.F. – Le 24 janvier 2014/La Voix de l'Est - Le 27 janvier 2014)