hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            23.08.2013 - Ça recommence ou ça continue ?

Ça recommence ou ça continue ?

Faut-il se surprendre que le fils rejette une éventuelle loi sur la laïcité que proposera le Gouvernement Marois dans les prochains mois ?  N’est-ce pas son paternel qui a décrété et imposé aux Canadiens un multiculturalisme hétéroclite qui provoque l’insatisfaction de TOUTE la population canadienne et québécoise.  La présente levée de boucliers concernant une loi et des règlements encadrant les signes religieux au Québec démontrent les limites des susceptibilités populaires.  Le Dieu des uns ou Allah, Bouddha, Yahvé des autres n’ont rien à faire dans la sphère publique.  Que l’on croie ou pas, n’a rien à faire avec le voisin : c’est du domaine privé et strictement personnel. 

Le Québec, dans un autre temps, a connu l’emprise et les dictats de la religion sur sa gouvernance.  “Le ciel est bleu, l’enfer est rouge“ a déjà dit un ancien Premier ministre.  Ce ne fut que l’un des nombreux clowns à vouloir définir le NOUS que nous sommes.

Les exactions provoquées par une religion sont universelles depuis la nuit des temps.  Sans remonter aux Croisades d’un autre millénaire,  faut-il nous rappeler l’Irlande où de bons chrétiens s’entretuaient à qui mieux, mieux ?  L’actualité nous livre toutes les dérives des intégrismes religieux qui gangrènent le quotidien de trop de populations.  Politique et religion ne fait pas bon ménage, la démonstration n’est plus à faire.

Au Québec, d’un accommodement raisonnable à un accommodement déraisonnable, les débats font rage dans les familles, dans les brasseries, dans les lignes ouvertes : c’est trop ou pas assez : le NOUS est inclusif, aux AUTRES de s’intégrer. Il y a bien eu une commission d’enquête, mais les suites tardent à se traduire dans le quotidien.  Le Gouvernement Marois semble vouloir y donner suite. Les Québécois souhaitent un État laïque indépendant de toute confession religieuse.

Le Québec se situe en Amérique, découvert, fondé et en développement depuis près de cinq cents ans.  Le Québec a sa langue, son histoire, ses valeurs, ses traditions, ses coutumes, ses institutions, ses qualités, ses défauts qui lui sont propres.  Le Québec adhère aux grandes valeurs universelles.  La Chambre des communes, il y a quelques années, a reconnu la nation québécoise. Cette motion du Gouvernement Harper s’ajoute à celle du Gouvernement Chrétien, en 1995, qui reconnaissait le Québec comme une société distincte.  Ces quelques percées ne change rien au statu quo, mais l’Histoire suit son cours.

En inscrivant le Québec comme État laïque, le Gouvernement Marois ne fait que reprendre des orientations du Gouvernement de Jean Lesage des années 1960 et les énoncés du Gouvernement d’Honoré Mercier qui prônait la séparation entre l’État et la religion à la fin des années 1880.  Pour Honoré Mercier, “La politique nationale du Québec recouvre l'intégralité des domaines relatifs à la nation québécoise. Plus particulièrement, elle établit les valeurs et fondements sur lesquels la société québécoise fonde sa cohésion et sa spécificité“.

Le Québec ne réécrit pas l’Histoire, il ne fait traduire dans la réalité d’aujourd’hui la volonté politique qui traîne depuis trop longtemps dans notre paysage. Les dictionnaires s’entendent pour dire qu’un accommodement raisonnable désigne l'assouplissement d'une norme afin de contrer la discrimination que peut créer cette norme et que subit une personne, dans le but de respecter le droit à l'égalité du citoyen.  

Plus ou moins 125 ans après Honoré Mercier, 50 ans après Jean Lesage, le Québec deviendra-t-il un État laïque ? Ça ne sera jamais assez pour les uns et trop pour les autres. Les changements souhaités par les Québécois se situent bien au-delà de toutes les tergiversations caquistes et libérales.  (B.F. – Le 23 août 2013/La Voix de l'Est - Le 27 août 2013)