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Analyse sociale et politique
   Accueil            23.02.2010 - Triste, mais c'était prévisible

La présente chronique fait suite à l’article de Chantal Vallée (Ce n’est plus la joie à Villa Bonheur) publié à l’adresse suivante : http://www.cyberpresse.ca/la-voix-de-lest/actualites/201002/13/01-949335-ce-nest-pas-la-joie-a-villa-bonheur.php

23.02.2010 - Triste, mais c’était prévisible

Ce n’est pas la joie à Villa Bonheur, tel était le titre de l’article de Chantal Vallée du 12 février dernier.

Ce n’est pas la joie à Villa Bonheur, et sans accabler indûment un réseau en phase finale de démolition, on peut facilement affirmer que ce n’est plus la joie dans la plupart des centres d’accueil d’hébergement du Québec que beaucoup trop de personnes appellent faussement des centres hospitaliers de soins de longue durée.

La dernière réforme du “bon Dr Couillard“, ses fusions tous azimuts,  a saccagé ce qui avait été développé dans les années 1990 malgré les compressions budgétaires à répétition imposées au réseau d’hébergement.  Rappelons que le réseau des centres d’accueil d’hébergement a toujours été sacrifié pour revamper des hôpitaux en manque chronique de budgets : les urgences, c’est plus rentable sur le plan électoral qu’un centre de “p’tits vieux“. Ces derniers historiquement ont été des bénéficiaires, ils ont été des usagers, ils sont maintenant des patients alors qu’ils devraient être  des résidants, tout simplement.

S’étonner et crier au scandale aujourd’hui, c’est verser des larmes de crocodiles.  C’est décrire un scénario depuis trop longtemps prévisibles.  Confondre guérison et accompagnement, confondre milieu de soins et milieu de vie, confondre heures-soins et heures-vie, confondre vieillissement et perte d’autonomie à maladie, confondre prise en charge d’une personne et accueil d’une personne donne les résultats décrits par Chantal Vallée.  C’est vrai à Villa Bonheur et c’est vrai dans la plupart des centres d’accueil d’hébergement du Québec.

Aucune théorie, aucun modèle, aucune approche à caractère médico-hospitalier ne pourra répondre aux besoins des personnes âgées et des adultes en perte d’autonomie, c’est une évidence universelle.  C’est vrai en France, en Suisse, en Grande-Bretagne, dans les pays nordiques et même chez les papous de la Nouvelle-Guinée.  Mais au Québec, on s’acharne à vouloir guérir le vieillissement.  Comme le soulignait Nicolas Zay, le père de la gérontologie sociale au Québec, dans les mots vieux, vieillard, vieillissement, il y a le mot VIE.  Il s’agit tout simplement de planifier des milieux de vie, des heures-vie et des plans de vie quelque soit le handicap ou les pertes d’une personne.  Il y a toujours un potentiel qui ne demande qu’à être stimulé, il s’agit d’y croire.

Nous pouvons blâmer les personnels, la vétusté des établissements ou des équipements, les chambres doubles, triples ou quadruples, les méchants syndicats, les familles non-fonctionnelles, l’alourdissement des clientèles ou l’invention des boutons à quatre trous; ce ne sont que des faux-fuyants qui ne résistent à aucune analyse sérieuse et rigoureuse.

Tant et aussi longtemps qu’un milieu d’hébergement sera sous la responsabilité d’un hôpital et d’un conseil d’administration qui est obnubilé par les urgences et les techonologies médicales;  tant et aussi longtemps qu’un quelconque ministre sera atteint de la structurite aïgue; tant et aussi longtemps qu’un gouvernement ne portera pas attention aux besoins des personnes vieillissantes et des adultes en perte d’autonomie; tant et aussi longtemps que la population ne fera pas du vieillissement SA priorité, il n’y aura aucune joie dans aucun centre d’accueil d’hébergement du Québec.

Moins que de réels milieux de vie, une certaine génération n’aura de choix qu’entre les mouroirs  que sont devenus les centres d’hébergement du Québec ou de faire appel à l’euthanasie ou au suicide assisté.  Heureusement pour cette génération, ici ou ailleurs, il y aura peut-être un choix.  Nous en sommes rendus là.  (B.F. – Le 23 février 2010/La Voix de l’Est – Le 25 février 2010))