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21.11.2007 - Développer un sentiment d'appartenance : difficile mais pas impossible

Il y a quelques semaines (31.10.2007), j'écrivais que nous l'avions échappé belle de ne pas nous retrouver dans une nouvelle structure régionale qui aurait pu s'appeler Montestrie.  Se donner une représentativité originale, se créer une structure novatrice et se définir comme unique ne se décrètent pas, ne s'imposent pas même en s'appuyant sur une consultation élargie.  Vouloir être original, novateur et unique s'inscrit dans un long processus de partage de l'information, de  production de la connaissance, de  définition d'un ou de projets communs et d'une culture de l'action.  De ces expériences réussies et de ces échecs se dégagera un sentiment d'appartenance territorial ou local qui pourra s'imposer de lui-même. 

Au Québec et ce à tous les niveaux, nous sommes atteints d'une maladie chronique : la "structurite aigue".   C'est une espèce de pensée magique qui laisse croire qu'en jouant avec les structures organisationnelles et administratives, qu'en fusionnant une telle avec une autre, qu'en multipliant les agences, les comités, les corporations, les commissions nous arriverons au bonheur absolu et à la résolution de tous nos problèmes.  Au Québec, notre nouvelle devise est "Pourquoi faire simple, lorsque l'on peut faire compliqué".  Nous aurions intérêt à dépoussiérer notre devise historique "Je me souviens".  La grande majorité des expériences des dernières décennies ne sont guère reluisantes: fusion-défusion des municipalités, cafouillages de LA dernière réforme de la santé, improvisation dans le secteur de l'environnement, dérapage sur les accommodements raisonnables, valse hésitation dans LES réformes de l'éducation sans oublier tous les dégâts provoqués par le nouveau credo capitaliste qui appauvrit de plus en plus de monde au profit d'une classe de bien nantis complètement déconnectée de la réalité.

Ceci étant dit, pour assurer son développement, ou à tout le moins sa survie, un État, un territoire, une localité, une communauté comme toutes organisations doit se construire une identité forte, un sentiment d'appartenance par lequel sa population saura se rallier.  Et qu'est-ce qui fait un réel sentiment d'appartenance ? C'est le lieu où j'ai été élevé, celui où j'habite, mon histoire et celle de ma famille, là où habitent mes proches, mes amis, mon lieu de travail, ma pratique de l'espace, mes repères, des couleurs, des odeurs, des goûts, des lumières, des paysages, des actes symboliques comme celui de voter...  Par contre, notre sentiment d'appartenance, notre environnement social et matériel sont aujourd'hui perturbés.  Entre le monde, sa ville et son quartier, l'individu  a des appartenances multiples.  Il appartient à des groupes multiples : sa famille, ses amis, ses collègues, ses partenaires de loisirs qui fonctionnent plus souvent en réseau que dans la proximité.  L'accroissement de notre mobilité professionnelle a fait sauter tous les repères traditionnels de notre quotidien.  Nous travaillons à un endroit, nous vivons à un autre endroit et nous dormons ailleurs.

Pour éviter une déprime irréversible  ou, à tout le moins,  le désintéressement généralisé qui semble poindre à l'horizon pour une grande partie de la population, il est urgent que les décideurs, toutes catégories confondues, prennent conscience de la réalité-plancher de leur environnement : les tours d'ivoire sont des miroirs déformants.  Il ne faut  pas craindre de relire notre Histoire pour éviter de répéter nos erreurs. Il faut diffuser et partager toutes les informations : l'information est la basse de toutes les connaissances.  Il faut mettre en place UN projet mobilisateur. Et finalement, il faut valoriser une culture de l'action. 

Nos décideurs ont la méchante tendance à s'investir uniquement dans la gestion, ils semblent oublier qu'ils sont avant tout des animateurs de milieux, des porte-étendards des aspirations de la collectivité et non des haut-parleurs de la pensée unique. (B.F. – Le 21 novembre 2007/La Voix de l'Est - Le 21 novembre 2007)