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Analyse sociale et politique
   Accueil            21.05.2014 - D'un perroquet à l'autre

D’un perroquet à l’autre

Durant la campagne électorale au Québec du printemps 2014, certains  commentateurs et politiciens ont fait grand cas que Pierre-Karl Péladeau (PKP),  principal actionnaire de l’Empire Québecor, pouvait se servir de ses journaux et de son empire médiatique pour mousser la cause indépendantiste.  Ces mêmes commentateurs passèrent sous silence que l’autre grand empire de presse au Québec est sous l’emprise de fédéralistes notoires et acharnés qui ne se gênent pas pour s’afficher.

Il n’aura fallu que l’ineffable Maxime Bernier fasse une autre déclaration farfelue pour que le perroquet en chef du quotidien La Presse, locomotive de l’autre empire médiatique, monte au front pour appuyer les dires de son ami Max et mettre de l’avant l’option de ses propriétaires.

Aucune surprise de la part de monsieur André Pratte, perroquet en chef de ce quotidien.  Pour lui, son ami Maxime Bernier a raison.  D’un colonisé à l’autre, on ne pouvait espérer plus et mieux.  L’exemple supportant son argumentation est le Pont Champlain. 

Le fédéral, selon les Québécois souverainistes et fédéralistes, devrait défrayer la totale reconstruction de ce pont.   Pour notre perroquet en chef, ça ne fait que confirmer le côté “quêteux“ du Québec.  Mais ce qui le “défrise“  encore plus, c’est que le nouveau ministre des Finances d’un gouvernement fédéraliste à Québec, Carlos Leitao, endosse le discours du gouvernement péquiste précédant.

Depuis toujours, le Pont Champlain est une propriété d’Ottawa.  Pourquoi le gouvernement du Québec devrait-il maintenant  prendre en charge un tel cadeau de Grec ?  Si je suis le propriétaire d’une maison, ce n’est pas à mon voisin de défrayer les rénovations qu’elle nécessite.   Pour un éventuel péage,  autre question d’actualité, ça sera pour plus tard et ça donnera à ce monsieur une autre occasion d’étaler toutes ses accointances fédéralistes: porteurs d’eau selon un écrivain d’un autre siècle.

Que tous les élus souverainistes et fédéralistes de la grande région de Montréal, que l’Assemblée nationale  soient unanimes, c’est une quantité négligeable.  C’est Ottawa qui a toujours raison.

Faut-il se rappeler que la construction du pont reliant l’Île-du-Prince-Édouard au Nouveau-Brunswick fut assuré par le Gouvernement du Canada.  Ce pont dessert une population de moins de 200 000 personnes. Le projet d’un deuxième pont reliant Windsor et Détroit est sur la table de travail, sa construction serait assurée par les gouvernements américain et canadien. Par contre, la construction d’un nouveau  Pont Champlain desservant une population de plusieurs millions de citoyens de la grande région de Montréal fait toujours l’objet de tergiversations politiciennes en provenance d’Ottawa : où, quand, comment, pourquoi ?

Ce dossier, somme tout accessoire, relance indirectement ce qu’est le Canada : une fédération ou une confédération ?

Il faut reconnaître que le Canada n’est pas une confédération qui serait par définition une union d'États indépendants qui ont, par un ou plusieurs traités, délégué l'exercice de certaines compétences à des organes communs destinés à coordonner leur politique dans un certain nombre de domaines“.  Au départ, le Québec n’est pas un État indépendant.  À l’époque, The province of Quebec était une colonie britannique conquise par les armes en 1760.

Le Canada serait-il une fédération qui “est un système de gouvernement où, conformément à la constitution, le pouvoir d'élaborer des lois est réparti entre un pouvoir central et les assemblées des territoires de cette fédération ? Dans une fédération, c'est la constitution qui établit les gouvernements territoriaux et leur accorde une pleine compétence dans certains domaines“. Il faut savoir que le gouvernement fédéral ne se prive pas d’envahir les champs de compétence des provinces. À l’aube de son 150e anniversaire, le Canada est toujours une abstraction et les Québécois s’y retrouvent de moins en moins dans cet ensemble.

Ce cher Max et le perroquet en chef demandent que le Québec participe à la gestion de leur pays, le Canada.   Les Québécois doivent réinvestir les instances nationales canadiennes et les partis fédéraux canadiens pour exiger un fédéralisme le plus décentralisé possible, disent-ils

À ces voeux pieux, nous ne pouvons que reprendre les paroles de Robert Bourassa, en 1990, qui déclarait après l’échec retentissant des négociations du Lac Meech qui portaient justement sur un renouvellement potentiel de la constitution du Canada : “….depuis 1985, la question est : What does Canada want ?  Et on attend encore la réponse du Canada à cet égard.  Le Canada anglais doit comprendre d’une façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement“.

Faut-il rappeler que Robert Bourrassa n’était ni péquiste et ni indépendantiste, mais un fervent défenseur du Canada, un libéral fédéraliste.  Alors ce cher Max et le perroquet en chef du quotidien La Presse peuvent aller se faire voir….

Et le pont Champlain dans tout ça ? Un jour peut-être…..  (B.F. – Le 21 mai 2014)

Notes complémentaires :

http://www.ledevoir.com/politique/canada/408681/l-anglais-fait-partie-de-l-identite-quebecoise-dit-maxime-bernier

http://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/andre-pratte/201405/20/01-4768320-m-bernier-a-raison.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_de_la_Confédération