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Analyse sociale et politique
   Accueil            20.03.2014 - Un bon “sideline“

Un bon “sideline“ ?

De la Commision Batshaw en 1976 à la Commission Charbonneau créée à l’automne 2011, le Québec, en l’espace de moins de 40 ans, est le champion  toutes catégories des commission d’enquête.  Le Canada n’est pas en reste.

Tous les rapports de toutes les commissions d’enquête aboutissent invariablement dans la filière 13 où sont classés  les idées auxquels on ne donnera pas suite. Ce n’est pas un secret de polichinelle : l'avenir d'un rapport d’une commission et ses recommandations, c’est de ne plus en entendre  parler  une fois déposé.

Les sujets de prédilections sont le système de santé et la corruption, au Québec.  À Ottawa, c’est le bilinguisme qui est remis régulièrement à la mode où la commission d’enquête est affublée du titre pompeux de royale.  C’est le gouverneur général qui émet les lettres  patentes.  Au Québec, les commissions d’enquête sont créées par le gouvernement.

En plus de garnir nos rayons de bibliothèque, les commissions d’enquête sont une source de revenus d’appoint pour un grand nombre de spécialistes: c’est un un bon “sideline“ pourrions-nous dire et les participants sont assurés d’être dans les manchettes à tous les jours.  Il y en a même qui sont invités à la télévision et qui sont accueillis comme des “rock star“.

Les sujets sont variés disions-nous: système de santé, corruption, programme de commandites, processus électoral, bilinguisme, enfance, personnes âgées, Premières Nations, charité publique, la constitution, pour ne nommer que ceux là,  ils ont fait l’objet d’une quelconque commission d’enquête.  À long terme ce que le citoyen en retient, c’est que plus ça change, plus c’est pareil: les acteurs changent et adaptent leurs façons de faire jusqu’à une prochaine commission d’enquête.

Au Québec, le gouvernement de Jean Lesage a institué en 1960, la Commission royale d'enquête sur la moralité dans les dépenses publiques, aussi connue comme la commission royale d'enquête sur l'administration de l'Union nationale ou la commission Salvas, du nom de son président. La commission a été instituée afin de déterminer si des allégations de corruption et de favoritisme s'étaient effectivement produites sous le gouvernement de Maurice Duplessis, au pouvoir entre 1944 et 1960.  En 2014, nous avons droit à la Commission Charbonneau qui enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.  C’est bonnet blanc, blanc bonnet. 

Dans dix ans, une nouvelle commission sera créée  pour faire la lumière et faire des recommandations sur le même thème tout en sachant très bien le chemin que prendra les conclusions : “business as usual“.

Entre les faits décrits dans les pièces de Molière au 17e siècle et la réalité du 20e ou 21e siècle nous pouvons conclure que les situations sont semblables.  Jean de la Fontaine, à la même époque, a dépeint dans ses fables sensiblement la même réalité que Molière.  400 ans plus tard, nous retrouvons un même ménagerie et de nouvelles crapules. Les noms ont changé, certes, mais le scénario est le même. 

Jean-Jacques Grandville ne disait-il pas au 19e siècle : “Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois : avec une aptitude ou un savoir médocre, on brille au milieu des inaptes ou des ignorants“.

Sans insulter personne, nous pouvons nous dire que les écrits de Molière, La Fontaine ou Grandville reflètent toujours l’actualité. Que le spectacle continue : les benêts sont toujours les mêmes : vous, moi et la population en général.

Les recommadations de la commission Castongay sur les services de santé et les services sociaux au Québec n’ont eu de cesse de se faire charcuter pour tous les ministres qui ont été en charge de ce secteur.

À Ottawa, La Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, aussi appelée Commission Laurendeau-Dunton recommanda que le français et l'anglais soient déclarés langues officielles au niveau fédéral pour tout le Canada.  C’était la théorie.  Depuis ce temps, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont bilingues et dans les autres provinces, c’est l’assimilation à la vitesse grand V et une grande majorité des ministres fédéraux peinent à baragouiner quelques mots dans la langue de Molière. Tout au plus, ça paraît bien sur les dépliants touristiques. Le bilinguisme progresse au Québec et l’unilinguisme progresse au Canada.

Le Canada bilingue est la fiction la mieux entretenue sur la planète.  Ainsi soit-il.  (B. F. – Le 20 mars 2014/La Voix de l'Est - Le 28 mars 2014)