hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            2.10.2002 - L'A.D.Q. un“remake“ ...

2.10.2002 - L'A.D.Q. "un remake" de l'U.N. ?

L'Union nationale (U.N.) est un parti politique qui a vu le jour en 1935.  C'est la fusion de l'Action libérale nationale de Paul Gouin et du Parti conservateur de Maurice Duplessis qui créa ce parti, nouveau parti qui alla diriger le Québec durant plus ou moins 25 ans.  Après des luttes intestines pas toujours propres, Maurice Le Noblet Duplessis en devint le chef incontesté.

L'Action démocratique du Québec (A.D.Q.) a vu le jour suite à une scission du Parti libéral du Québec (P.L.Q.), parti alors dirigé par Robert Bourassa.  Ceci se passait dans les années 1990.  Vous vous souvenez du Rapport Allaire.  C'était dans la crise qui secoua le Parti libéral suite à l,échec du Lac Meech, des négociations de Charlottetown, d'Elijah Harper, de Clyde Wells, de Pierre Elliot-Trudeau et de Jean Chrétien qui déchirèrent leurs chemises parce qu'ils ne voulaient pas reconnaître le Québec comme une société distincte.  Ça fait pas un siècle, un peu plus de dix ans.

Alors, Jean Allaire et Mario Dumont créèrent l'A.D.Q. en rupture de ban avec leurs amis du Parti libéral.  L'A.D.Q. devint une cération réactionnaire au statu quo que prônait le reste du Canada et "l'établishement" du Parti libéral du Québec.  Rapidement, Mario Dumont en devint le chef incontesté.

Le Petit Robert, le dictionnaire français et non Le Petit Jean de Jean Cournoyer, dira que la scission est une forme de fusion.  Presque 60 ans séparent l'apparition de ces deux partis politiques.

En plus d'avoir des chefs qui ont les mêmes initiales M.D., ces partis présentent des similitudes étonnantes.  Nationaliste dans le discours, le butin à Maurice Duplessis; les "vingt-quelques" conditions de Mario Dumont; le virage à droite de Maurice Duplessis, l'Église dirige la société québécoise; le virage à droite de Mario Dumont, moins d'État et le privé sont les réponses aux maux du Québec moderne, on a la religion de son temps; la prestance de Maurice Duplessis à jouer dans les émotions du peuple; l'image de Mario Dumont qui projette un changement.  Mais quel changement ?  Ces deux personnages jouent sur les cordes sensibles des québécois et des québécoises : pour Maurice Duplessis, c'était d'abattre le régime corrompu d'Alexandre Taschereau en promettant plus d'honnêteté et de transparence;   pour Mario Dumont, c'est d'annoncer des lendemains glorieux en promettant des réductions d'impôt et de la transparence.  L'analogie est troublante.  Se peut-il que le peuple québécois se fasse prendre une deuxième fois en 60 ans ?  Se peut-il que le peuple québécois prenne des vessies pour des lanternes ?  L'excuse des années 1930 était que le régime Taschereau était corrompu et c'était vrai; mais l'excuse aujourd'hui est que le peuple veut un changement; pas très convaincant comme raison.  Alors pourquoi pas Jojo Savard ?  Ou encore, nous pourrions recycler Jean Chrétien en premier ministre du Québec, il va être offert au repêchage dans quelques mois.  Nous n'en sommes pas à un repêchage près.

Que nous offre le parti de Mario Dumont aujourd'hui ?  Il se présente bien, il est du style de gendre que toutes les belles-mères souhaitent avoir; il passe bien l,écran de télévision, il a bien présenté l'émission "Bunker" au spectacle de la rentrée de la Société Radio-Canada et au "boute du boute", il joue sur la fibre nationaliste des québécois.  Mais après... Quelques slogans tonitruants; des idées empruntées à notre ami George W. des Etats-Unis comme la privatisation de la santé et du scolaire, la réduction de la taille de l'État, c'est le credo néo-libéral à la mode universelle, et une baisse de l'impôt; alors l'électeur est séduit par l'image.

En soi, c'est le programme de l'Union nationale de Maurice Duplessis dans les années 1930.  Lui aussi était un spécialiste du slogan choc, lui aussi a privatisé la santé et le scolaire en les laissant sous le joug de l'Église, lui aussi a réduit la taille de l'État en jouant le patronage à fond de train et en bout de ligne, lui aussi a fait une très bonne place au secteur privé, il adonné nos richesses naturelles aux américains.  Le Québec a vécu la grande noirceur.

Il se peut que l'analogie soit loufoque, si peu, mais l'absence d'une vision dynamique de l'avenir laisse la porte ouverte à toutes les spéculations.  Il est facile d'écrire un livre de recettes.  Il est facile de prendre des engagements.  Seront-ils tenus ?  Mais il est très difficile d'établir le pourquoi, le comment, le quand et le combien cela va coûter.  Alors tant et aussi longtemps que l'A.D.Q. ne pourra nous présenter un scénario crédible de gouvernance de l'État québécois, les portes du doute et du scepticisme restent  ouvertes.  Et l'avenir du peuple ne peut pas se construire que sur l'image d'un chef aussi "glamour" soit-il.

Je veux bien croire que le gouvernement actuel vient d'autoriser le virage à droite sur nos routes pour le printemps 2003 comme cela existe à peu près partout dans le monde, mais de là  que le Québec vire à droite comme société, ça c'est une autre histoire.  Nous ne sommes pas obligés de faire comme la France, l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis, etc... et de prendre le virage à droite, nous tournant ainsi le dos à ce qui a été l'essentiel de la Révolution tranquille.  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 2 octobre 2002)