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Analyse sociale et politique
   Accueil            2.09.2012 - La force de l'inertie

La force de l’inertie

Pas que je sois un apôtre du développement à tout prix. Mais…  Par le passé, le Québec a démontré des audaces qui ont permis que nous nous inscrivions dans la modernité.  Que l’on pense, entre autres, à la nationalisation de l’électricité, au financement des partis politiques, à l’instauration de l’assurance automobile, au réseau des garderies, à l’assurance médicaments,…  Le Québec a innové dans plusieurs domaines,  c’était hier.  Certaines personnes prendront un malin plaisir à faire une démonstration quelconque qu’il y a des ratés dans les applications de ces réformes, c’est une évidence.  Mais globalement, ce sont des avancés pour le mieux être collectif.

Mais en même temps, nous devons constater que de nouveaux projets de développement sont mis sur la voie d’un moratoire ou tout simplement écartés par les contestations de groupuscules qui ont su mobiliser une partie plus ou moins importante de la population. 

Les Québécois sont parmi les plus gros consommateurs d’énergie de la planète, mais en même temps, ils mettent les freins sur le développement des éoliennes, des barrages hydro-électriques, l’exploration des gaz de schiste et pétrolière.  C’est toujours le principe du “pas dans ma cour“. En bout de ligne, nos dizaines de milliards de dollars s’envolent vers d’autres cieux.

Les Québécois décrient l’envahissement de la culture américaine, mais en même temps, ils sont de gros consommateurs d’émissions de télévision, de films, de musique  qu’ils importent de nos voisins du Sud.

Les Québécois rient de nos cousins Français qui utilisent de plus en plus la langue anglaise pour se distinguer, pour se donner un style. Mais en même, ils ne voient pas que le paysage de Montréal s’anglicise.  Deuxième ville française disions-nous à une époque !

Les Québécois s’indignent du virage ultra conservateur de leur gouvernement fédéral et de leurs concitoyens du reste du Canada. Mais en même temps ils hochent du bonnet devant les nouvelles rigueurs proposées par ce même gouvernement. 

Les Québécois se voient distincts en terre d’Amérique. Mais en même temps, ils ne voient aucunement l’urgence de se faire un pays bien distinct.

Les Québécois ont “flushé“  de grands pans de mur de leur croyance judéo-chrétienne , il y a plus de cinquante ans, mais il ne faut pas toucher à leur crucifix.

Les Québécois se disent ouverts sur le monde, mais les immigrants doivent rester chez eux. 

Les Québécois se plaisent à décrier la corruption de certains de leurs politiciens, mais en même temps, ils sont de gros trafiquants au noir.

Les Québécois déplorent qu‘ils sont les plus taxés et imposés en Amérique, mais en même temps, ils souhaitent une gratuité, mur à mur, pour l’ensemble des services publics.

Nous pourrions ajouter à cette liste des contradictions québécoises.  Ainsi sommes-nous faits.  Les Québécois sont pour des changements mais en autant que les coûts soient nuls et qu’ils ne mettent pas leur quiétude en jeu.  Les Québécois, un peuple d’irréductibles gaulois en terre d’Amérique plaisons-nous à nous dire. Par contre, nous avons hérité et surtout conservé de notre mère-patrie cet esprit contradictoire.

Les Québécois ont fait une Révolution tranquille, il faut maintenant constater qu’ils sont en train de vivre un Déclin tranquille. Déclin sournois, bien entretenu pas une  élite politique, médiatique, et même citoyenne, bien pensante qui est en train d’asphyxier une population bien repue et dodue. 

Le Québec dont la devise est Je me souviens se transforme en Pourquoi faire simple lorsque l’on peut tout compliquer.  Ainsi les Québécois cultivent l’inertie, s’anglicisent, s’américanisent tout doucement. Veni, vidi, vici disait notre ami Jules : quelques siècles plus tard, Lord Durham aura eu raison.  Comme d’autres, nous ferons partie de l’Histoire des peuples qui auront disparu.

Justin Trudeau déclarait dernièrement qu’il ne reconnaissait plus son Canada.  Bientôt nous ne reconnaîtrons plus notre Québec : les bâtisseurs, les découvreurs seront d’une autre époque.  Nous serons ailleurs au milieu de nulle part. (B.F. – Le 2 septembre 2012)