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Analyse sociale et politique
   Accueil            2.04.2012 - Chef de tout, responsable de rien

Chef de tout, responsable de rien

C’est la réalité quotidienne de nos politiciens : l’imputabilité, ils ne connaissent pas pour eux.  C’est aussi, à quelques variantes près, la ritournelle qui nous est servie par des personnes déjantées de notre société : c’est l’autre, mais pas moi.  En donner des exemples serait accorder une importance à des comportements  asociaux.

Comme l’a souligné Jacques Grand’Maison, la plupart d’entre nous avons grandi avec trois promesses : “une croissance économique sans limites, un développement social sans limites, une libéralisation des mœurs sans limites“ (note 1). Ces limites semblent nous avoir rattrapé. La population québécoise, pour nous en tenir à nous-même,  exige que l’État intervienne, planifie, décrète et  qu’il construit une société bienveillante. Par contre, cette même population souhaite que l’État intervienne le moins possible dans sa vie quotidienne.  Comme l’a déjà souligné un ancien premier ministre, la population exige le meilleur système de santé, le meilleur système d’éducation, le  meilleur réseau routier, le meilleur système de justice, le meilleur système carcéral mais exige aussi en même temps les taxes et les impôts les plus bas, sans déficit et sans dettes.  Le tout en français  en respectant SA minorité et de préférence, sans une crise du verglas. Et, en prime,  que les Canadiens de Montréal gagnent la Coupe Stanley à toutes les années. La totale jouissance, quoi…

Le plus saugrenu de ces exigences, c’est que des partis politiques et des politiciens s’engagent à répondre à ces demandes irréalistes. Le Québec a connu, il n’y a pas si longtemps un tel parti qui est heureusement disparu des radars. Sur l’autre rive de la rivière des Outaouais, un parti tente de répondre, plutôt mal, à certaines de ces exigences en édifiant ce que nous pourrions appeler une “dictature populiste“, la Coupe Stanley en moins. 

Nous pouvons convenir que les citoyens soient protégés par un ensemble de droits qui sont bien définis par les chartres canadienne et québécoise. C’est un acquis.  Mais… car il y a un "mais", aucun personnage politique n'a eu le courage, ni la volonté d'établir, parallèlement à ces chartes des droits, "la Charte des responsabilités citoyennes et collectives".  À chaque droit se rattache un devoir.  Cette relation droit-devoir  est incontournable pour un savoir-vivre en société, pour le développement d’un sentiment d’appartenance et le bien-être général d’une collectivité. 

En lieu et place d’une construction collective, nous sombrons dans un individualisme où la réussite financière, la réussite professionnelle, la notoriété, le paraître sont les nouveaux dogmes.  C’est le “me, myself ans I“. C’est le rêve américain qui nous est présenté comme la réussite absolue de la vie : sauf que ce rêve prend l’eau depuis quelques années et qu’il s’est plutôt transformé en mirage.  Des pays, et surtout des populations crédules,  qui s’en sont inspirés sombrent dans le désespoir, l’actualité nous  présente cette désespérance quotidiennement. C’est sans oublier les pays qui investissent des centaines de milliards de dollars ou d’euros pour éviter de prochains naufrages annoncés : c’est le chien qui court après sa queue.

Sans retourner aux temps du fils de Henoch et d’Edna, nous pouvons facilement constaté que les quarante dernières années ont démontré l’incapacité de notre système à satisfaire les besoins élémentaires des  populations.  Dans les dernières années, cinq récipiendaires de Prix Nobel d’économie (note 2) ont expliqué les causes de ce désastre, mais le débat reste clos.  Nos politiciens patentés et nos gourous financiers nous répètent  ad nauseam qu’ils ont trouvé la méthode pour rafistoler leur système. C’est la fuite en avant…  Et nous les croyons… Et nous payons… Et nous réélisons nos chefs qui ne sont responsables de rien.

Vivre en société implique une participation et un engagement. Somme-nous si bien dans nos vieilles pantoufles pour être incapable de nous en défaire ?  (B.F. – Le 2 avril 2012/La Voix de l'Est - Le 18 avril 2012)

Note 1 : Jacques Grand’Maison dans Pourquoi sombrons-nous dans la démesure ? p.11 - Les grandes Conférences, Fides, 2002

Note 2 : Milton Friedman (1976), Maurice Allais (1988), Amartya Sen (1998), Joseph Stiglitz (2001), Paul Krugman (2008)