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02.03.2011 - Le patrimoine sélectif des Québécois

Les Québécois n’aiment pas la chicane.  Mais comme leurs ancêtres français, ils aiment la polémique et ne détestent pas débattre.  À preuve, depuis près de cent ans, ils tergiversent sur une possible séparation du Québec de l’ensemble canadien.  Joseph-Napoléon Francoeur, député de son état, en 1917 proposait que le Québec se sépare de la Confédération canadienne. La crise avait pris une telle ampleur que la Gendarmerie royale du Canada a faite appel à l’armée pour mater  les foules contestataires.  Résultat :  plusieurs manifestants tués et des dizaines d’arrestations : comme en….  Quelques décennies auparavant, en 1838, Robert Nelson proclamait l’indépendance du Bas-Canada : le Québec d’aujourd’hui. 

Toujours à propos de Robert Nelson, et toujours 1838,  il proposait la séparation de l’Église et de l’État.  Dans cette même année, Mgr Lartigue, évêque de Montréal,  dénonçait le Rapport Durham dont le but était d’angliciser les canadiens-français, que Jean Lesage dans les années 1960 transforma en québécois.   C’est sans oublier qu’en 1897, Mgr Bruchési, lui aussi évêque de Montréal,  rejetait la création d’un véritable ministère de l’éducation, loi pourtant adoptée par le gouvernement de l’époque. Il a fallu attendre en 1964 et le gouvernement Lesage pour la suite des choses.

L’indépendance, la place de l’Église, le rôle de l’État, entre autres,  sont des sujets qui traînent dans notre actualité depuis des lunes et des lunes.  Comme l’écrivait Yves Steinmetz, dans la première partie de son commentaire paru dans La Voix de l’Est du 2 mars dernier, les québécois ont un patrimoine sélectif.  Sans dénier le rôle joué par le clergé de la base dans la préservation de notre langue et de notre culture, nous devons réapprendre et nous souvenir que la hiérarchie de l’Église catholique du Québec a été un frein à notre développement. Historiquement, ce frein avait été mis par Mgr Briand qui prêcha, dès 1766, la soumission du peuple“canayen“ aux nouvelles autorités anglaises.

À Mgr Lartigue qui défenda notre langue, à Mgr Charbonneau et Mgr Desranleau de Sherbrooke, en 1949, qui défendirent les grévistes d’Asbestos nous pouvons  leur opposer les Mgr Bruchési, le Cardinal Villeneuve qui combattit le vote des femmes, les connivences de Mgr Cabana de Sherbrooke avec le régime Duplessis,  les lettres des évêques de cette époque déclarant que “le ciel est bleu et l’enfer est rouge“, les Mgr Bourget et Mgr Taché qui condamnèrent Louis Riel et toute la haute hiérarchie catholique qui durant des décennies valorisa à outrance la création de bébés et le rôle strictement domestique de la femme sous peine du feu éternel.  Ce sont ces croyances d’un certain patrimoine religieux que la Révolution tranquille tenta d’exorciser. 

Les Québécois, en histoire,  sont poches.  Une recherche parue dans le journal La Presse, il y a un certain temps, le démontra.  La saga de Jean-la-la Tremblay, maire de Saguenay en est une démonstration vivante.  Il folklorise l’histoire, qu’il a possiblement appris dans les livres d’histoire, qui a sévi au siècle dernier  nous apprenant que Jacques Cartier, pour le roi François 1er,  avait découvert la Nouvelle-France pour évangiliser “les méchants sauvages“. 

C’est ignorer que si Cartier était accosté à Gaspé en 1534, c’est qu’il était à la recherche de la route, la plus courte, pour aller en Chine et en Inde et que finalement la traite des fourrures allait devenir un commerce rentable  pour la mère-patrie : c’était un pis-aller aux épices et à la soie de l’Orient.

Ainsi la croix plantée à Gaspé est entrée dans notre patrimoine historique et  certaines personnes nostalgiques tentent de maintenir la notion du sabre et du goupillon.  C’est ce que nous pouvons appeler un intégrisme réactionnaire à la québécoise.  (B.F. – Le 2 mars 2011/La Voix de l’Est – Le 5 mars 2011)