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Analyse sociale et politique
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19.05.2009 - Des larmes de crocodile

Les “p’tits vieux“ font encore les manchettes.  Le journal La Presse et l’émission Maisonneuve en direct à la radio de Radio-Canada du 19 mai en ont fait leurs choux gras.  Une journaliste de La Presse a été engagée comme préposée aux bénéficiaires dans un centre d’accueil privé.  Sans formation de base, elle a été retenue par sept établissements, et après quelques heures d’orientation, elle a été parachutée comme préposée de nuit avec une autre personne sans beaucoup plus de formation pour s’occuper de 63 “p’tits vieux“.

Et c’est le signal de départ, on crie au scandale.  De la ministre déléguée à la santé et aux services sociaux, à la présidente de l’Association des centres privés du Québec en passant par “Monsieur et Madame Tout l‘monde“, cette situation est jugée intolérable, inacceptable, inconvenante et ajoutez-y tous les qualificatifs qui sont synonymes. En soi, il n’y a rien de nouveau sous le soleil du Québec.  Depuis belle lurette, TOUS les gouvernements du Québec, je dis bien TOUS les gouvernements du Québec se fichent éperdument du mieux-être des personnes âgées et autres adultes en perte d’autonomie hébergés dans les centres d’accueil d’hébergement privés et publics de la Belle Province.  À période fixe, comme l’apparition des pissenlits, pour faire taire les critiques, nous aurons droit à une commission d’enquête, à un comité d’étude, à des recommandations du Conseil des aînés qui aboutiront indubitablement sur une quelconque tablette dans les archives du Ministère de la santé et des services sociaux : c’est le scénario habituel. Les “p’tits vieux“, surtout en perte d’autonomie, ce n’est pas glamour. 

On exige dans les centres de la petite enfance, dans les centres de réadaptation, dans les zoos, dans les jardins botaniques, dans le réseau scolaire du personnel qualifié et spécialisé.  Mais pour les centres d’accueil d’hébergement qui reçoivent une clientèle en perte d’autonomie, quelques heures ou quelques jours d’orientation suffisent pour faire face à la réalité bio-psycho-sociale des personnes hébergées.  C’est sans compter le salaire ridicule versé à ces personnes.  Les préposées aux bénéficiaires qui représentent plus ou moins 65% des personnels, et qui sont les premières à vivre les états d’âme des personnes hébergées et de leurs familles, sont les moins bien payées de ces établissements.  Ça ne prend pas un doctorat pour changer des couches et faire manger des personnes, vous me direz, c’est une évidence. 

Mais à tout le moins, en plus d’une formation appropriée, ça requiert un sens du cœur, une compassion pour autrui, une acceptation inconditionnelle de l’autre et une capacité à subir le stress du travail précipité, le peu d’encadrement, une reconnaissance quasi inexistante, des ressources en voie de disparition. Bien peu de personnes acceptent d’y travailler.  La preuve, c’est que l’on engage une journaliste sans expérience pour combler les vides.  C’est vrai dans le réseau privé et c’est aussi vrai dans le réseau public. 

Et ce n’est pas dans le labyrinthe administratif médico-hospitalier que nous trouverons les réponses, la preuve est faite deux fois plutôt qu’une.  On ne guérit pas la vieillesse et la perte d’autonomie, on la fait vivre et on l’accompagne.

Un ministre déclarait dernièrement : “C’est au niveau de la communauté locale que peuvent le plus efficacement s’identifier, s’initier et se coordonner, les moyens de résoudre les problèmes communs à l’ensemble des personnes âgées qui y vivent“.  Pour ce ministre, c’était avec, pour et dans la communauté locale que les réponses se trouvent.  Ce ministre, c’était René Lévesque, en 1964, alors Ministre de la Famille et du Bien-Être social et non ministre de la santé.

Vivement la “MRCisation“ des services aux personnes âgées.  Nous n’en sommes pas à un débat près. (B.F. – Le 19 mai 2009/La Voix de l’Est – Le 20 mai 2009)