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Analyse sociale et politique
   Accueil            19.04.2014 - L'ignorance

L’ignorance

Nous nous en doutions, nous en avons maintenant la certitude, c’est un phénomène aussi répandu que les pissenlits au printemps.  Ce phénomène semble avoir frappé le Québec en plein front depuis quelques années.  On se souvient qu’un certain maire de Montréal ne voyait pas et n’entendait pas: le vide absolu.  Maintenant, c’est l’actuel Premier ministre qui sait rien et qui ne voit rien. Mais au moins, les Québécois sont plus chanceux que les Torontois qui sont aux prises avec un drôle de zigoto.  Et pour faire durer leurs plaisirs, nos concitoyens de Toronto s’apprêtent à le réélire.  Masochistes, vous dites…

Pour ce qui est de la réalité québécoise, nous pourrions parodier la citation d’Ionesco: Beaucoup de politiciens sont  ignorants,  notre Premier ministre est un politicien, donc notre Premier ministre est un ignorant. L’actualité tend à confirmer cette citation. Il ignorait, lui aussi n’a rien vu et n’a rien entendu. Ce manque de connaissances serait expliqué par le fait qu’il n’était pas au gouvernement à cette époque, essaie-t-il de nous convaincre. Il ne lisait pas les journaux et il n’écoutait les nouvelles télévisées. D’autres diront que c’est son manque d’expérience ou peut-être un manque de jugement. Pouvons-nous imaginer les conséquences sur notre devenir ?  Dans des termes plus populistes, nous pourrions affirmer qu’il fait montre d’une ignorance crasse et d’un aveuglement volontaire.  C’est le cas de dire que les borgnes sont rois dans le royaume des aveugles. Et il va diriger le Québec pour les quatre prochaines années.  Souhaitons-nous bonne chance.

C’est une mince consolation de penser et de se faire dire que ces façons de faire sont vieilles comme le monde. Un vieux sage, il y a longtemps,  alors qu’il descendait de sa montagne n’a-t-il pas dit haut et fort : "là où il y a de l'homme , il y de l'hommerie". C’est un mélange d’impuissance et de pouvoir ou de vertus et de vices.  C’est à se demander si nos politiciens du jour ne sont pas la réincarnation  du Docteur Jekyll et de Monsieur Hyde : le Bien et le Mal en même temps. 

Aujourd’hui, ici et ailleurs,  la perte de crédibilité envers la classe politique est inversement propotionnelle à la désillusion des citoyens : la crédibilité des politiciens se retrouvent dans les abîmes les plus profonds et la désillusion des citoyens  atteint des sommets vertigineux.  Les babines et les bottines ne sont pas en accord sur le plan de match politicien.  Les Québécois n’en sont pas à leur première contradiction.

Un chef politique et son parti qui accèdent au pouvoir peuvent bien nous promettre n’importe quoi ; les citoyen, connaissant le scénario, savent très bien que ça sera blanc bonnet, bonnet blanc : la foire d’empoigne sera rapidement à l’affiche aux grands plaisirs des commentateurs ou des analystes politiques et les citoyens continueront de voir fondre leurs dernières illusions.

À un René Lévesque qui voulait redonner de la noblesse à l’engagement politique, à combien d’apprentis sorciers avons-nous eu droit ?  L’action politique, c’est la réalisation d’intérêts communs, nous apprennent les livres de science politique.  Mais force est de reconnaître que l’intérêt commun, ici et ailleurs, est géométrie variable. Ici et ailleurs, nous nous enfonçons  un peu plus dans un faux confort et une vraie indifférence. Ces réalités sont à la fois psychologique et moral qui ont atteint leur paroxysme ces dernières années alors les scandales minent chaque jour un peu plus l'humeur du citoyen moyen envers la classe politicienne. Pour avoir suivi la plupart des campagnes électorales à Ottawa et à Québec depuis 1960, je ne suis plus surpris de voir comment la politique change les personnes.  Arrivés au pouvoir, les heureux élus se prennent pour d’autres. Et ils finissent par se croire et se voient plus grand que nature. Ils oublient surtout  pourquoi les électeurs les ont élus.

Au Québec, nous pensions avoir tout vu durant les périodes d’Alexandre Tascherau et de Maurice Duplessis Mais nous devons constater que ces périodes n’étaient que des avant premières, ce n’étaient que des répétitions avant la grande générale.  La Commissions Gomery à Ottawa  et la Commission Charbonneau à Québec ne font qu’ajouter au désenchantement de la population.  Nietzsche a déjà dit que la population cherchait de grands hommes, et qu’elle n’a trouvé que les  singes de  leur idéal.  Les zoos ne sont pas ceux que nous pensions. 

Pour le commun des mortels que nous sommes, il nous reste plus qu’à imaginer, rêver et espérer.  Et nous pouvons compter sur la classe politique pour nous faire atteindre le stade jubilatoire de la désillusion. (B.F. – Le 19 avril 2014)