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Analyse sociale et politique
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19.03.2008 - 2 électeurs de Shefford=1 électeur de Gaspé

Telle est la réalité aujourd'hui et loin de moi de vouloir dénigrer les électeurs du comté de Gaspé.  J'aurais pu prendre de nombreux autres comtés où la population est sur-représentée.  Mais un électeur du comté de Gaspé (27,569 électeurs) a deux fois plus de poids que l'électeur  du comté de Shefford (55,221 électeurs) comme dans un passé pas si lointain où un électeur d'un comté rural  au Québec avait plus de poids qu'un électeur d'un comté urbain.  C'était à l'époque de Maurice Le Noblet Duplessis. 

Depuis ce temps, la carte électorale du Québec a vécu de nombreuses modifications afin d'assurer une plus juste représentation à tous les citoyens.   Cette plus juste représentation de la population est la responsabilité du président des élections du Québec, Monsieur Marcel Blanchet.  Il est mandaté par l'Assemblée nationale du Québec pour réévaluer, à tous les cinq ans, la carte électorale. Il vient de déposer ses  recommandations pour amoindrir les inégalités de représentation.

L'évolution démographique et les déplacements de la population, entre autres, font  que des régions se vident et d'autres se développent à une grande vitesse.   Sans tomber dans la quincaillerie mathématique qui guide la révision de la carte électorale, disons simplement qu'il y a 125 comtés au Québec  qui doivent se maintenir dans une moyenne de 45, 207  électeurs avec des écarts variant de plus ou de moins 25%.

En tenant compte des prévisions, le comté de Shefford que nous connaissons actuellement dépassera  à très court terme les balises fixées pour une juste représentation.  Le président des élections propose donc la dissolution du comté de Shefford et la création du comté de Granby qui comptera 47,088 électeurs.  Cette proposition envoie Waterloo, Warden et le Canton de Shefford dans le comté de Johnson.  La ville de Granby devient le comté de Granby, territoire largement urbain. 

Le président des élections propose ainsi le redécoupage de 86 des 125 comtés pour l'ensemble du Québec.  Ces propositions seront soumises à une vaste consultation dans les prochains mois.  Il faut s'attendre à des cris et une levée de boucliers de la part des députés qui perdront ou gagneront des électeurs et surtout des citoyens qui pourraient se sentir léser par ces propositions.  Il y aura toujours  une donnée quelconque à saveur géographique, historique  ou purement "esprit de clocher" pour rejeter une proposition.

Est-il nécessaire de se rappeler un des fondements de la démocratie et du jeu politique : un homme=un vote, le fondement s'accordant aussi au féminin. Les tenants du statu quo auront beaucoup de difficultés à nous convaincre qu'un vote pèse plus lourd en Gaspésie qu'à Granby.  Faut-il se rappeler que la grande région de Montréal représente plus de la moitié de la population du Québec, qu'elle ait la moitié des députés de l'Assemblée nationale est une évidence.  En augmentant le nombre de comtés dans la grande région de Montréal, les propositions relancent le débat émotif de la place prépondérante de la grande ville face aux régions éloignées, mais la solution se trouve ailleurs et c'est là que le gouvernement doit faire ses devoirs.

Déjà que notre mode de scrutin dénature le jeu politique en ignorant les choix d'une  partie de la population ne maintenons pas des inégalités que nous pouvons corriger.

Par la création du comté de Granby nous assurons aux citoyens dans son ensemble une meilleure cohésion dans la promotion et dans la défense de dossiers clairement identifiés aux besoins de la population; en bout de ligne, le député est  le messager des attentes de ses électeurs.  D'autres niveaux politiques continueront à harmoniser d'autres besoins spécifiques.  Et faut-il aussi se rappeler que nous sommes "choyés" par la multitude de paliers politiques et administratifs.  Mais ça, c'est un autre débat. (B.F. – Le 19 mars 2008/La Voix de l'Est - Le 19 mars 2008)